Paul Louka, le bateleur debout

Chanson Le chantre est mort

Paul Louka était un infatigable amoureux des musiques et défenseurs de leurs auteurs et de leurs interprètes. © HERWIG VERGULT/Belga.

Il avait la voix chaude, claire et puissante des tribuns. Celle qui harangue. Celle qui s’engage. Il avait la grande gueule des audacieux. Les pommettes hautes et les yeux bridés des tziganes libertaires, qui devaient lui venir de lointains ancêtres du Turkestan. Il avait de belles chansons et de beaux combats.

Paul Louka est mort dans la nuit de vendredi à samedi, dans son lit, d’un arrêt cardiaque. Il travaillait depuis plusieurs semaines à un nouvel album. Son confrère chanteur Johan Verminnen en avait écouté quelques extraits, il y a deux semaines : « Des morceaux d’une qualité extraordinaire. J’espère qu’on les sortira après sa mort. »

Paul Louka est né le 17 août 1936. Il s’appelait en fait Vital-Paul Delporte. Il était le frère du peintre Charles Delporte et du poète Jacques Viesvil. Et le cousin germain d’Yvan Delporte, qui fut le rédacteur en chef de Spirou. Il avait lui aussi fait de la peinture d’abord, et même de la BD. Mais dès les années 50, c’est la chanson qui l’emporte. Et, sur les conseils de Jacques Brel, il « monte » à Paris en 1959, courant les cabarets, sa guitare à la main.

« Si Brel a battu le record des auditions (57 !), raconte Thierry Coljon dans son livre La belle gigue (éd. Luc Pire), Louka n’est pas loin avec ses 52 tentatives. Mais il y arrivera avec l’aide de Jacques Canetti et le soutien des Brel, Brassens, Barbara, Aznavour, Gréco… qui n’hésiteront jamais à rendre publique l’estime que ses chansons lui inspiraient. »

Le combat de la Sabam

C’est « Marcinelle » qui le fait connaître : « Fleur de grisou et fleur de brume / Tu nous reviens chaque saison / Mais quand j’ai le cœur qui s’embrume / Je crie ton nom dans mes chansons / J’ai fait la belle / A Marcinelle. »

Il en a fait beaucoup d’autres. L’article qui le concerne sur Wikipédia en recense 145. Mais il est difficile aujourd’hui de retrouver un « best of » ou un de ses albums.

C’est peut-être pour cela, pour ce relatif insuccès, que Paul Louka s’est engagé dans un autre combat : celui des auteurs, des interprètes, des musiciens. Aux Octaves de la musique, qu’il présida pendant cinq ans, jusqu’en 2010. Et à la Sabam, dont il fut administrateur dès 1985 et administrateur délégué de janvier 1996 à fin décembre 2009.

« C’était un infatigable amoureux des musiques », explique Jean-Jacques Deleeuw, l’actuel président des Octaves. « Je l’ai encore vu à l’assemblée générale en juin dernier, ajoute Thierry Dachelet, de la Sabam. Il était physiquement affaibli, mais égal à lui-même : ça l’intéressait formidablement. »

« Là-bas dans un lopin de terre / Mouillé par un triste canal / Je vais souvent prendre un peu d’air / Quand le reste m’est égal. » Louka pourra maintenant prendre cet air avec Brel, Brassens et les autres…

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
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