Niqab et burqa désormais hors la loi

Société Réactions mesurées face à l’entrée en vigueur de la loi, ce samedi

Une adepte du niqab à Bruxelles. Tenue prohibée, dès ce samedi, en Belgique. © JULIEN WARNAND/Belga.

La France a interdit le port du voile intégral dans les lieux publics, le 11 avril dernier. La Belgique lui emboîte le pas, ce samedi. Même si, comme Le Soir le révélait, vendredi, la nouvelle loi fait d’emblée l’objet d’un recours en annulation et en suspension, devant la Cour constitutionnelle.

Sur le terrain, guère d’agitation, à la veille de l’entrée en vigueur de l’interdit, si ce n’est l’interpellation, à Anvers, d’une journaliste du Standaard qui jouait la provocation en se promenant sur le Meir, vêtue d’une burqa.

Peu de réactions, car le phénomène reste marginal : sur quelque 400.000 à 600.000 musulmans recensés en Belgique, à peine 200 à 300 femmes porteraient le niqab (qui laisse apparaître les yeux, contrairement à la burqa afghane, pratiquement absente). En 2009, la police avait rédigé 29 procès-verbaux, en région bruxelloise, pour port du voile intégral, principalement à Molenbeek et à Bruxelles-Ville. Ce ne sont plus, cette fois, des règlements communaux qui interdisent la dissimulation du visage sur la voie publique, mais une loi, votée à une écrasante majorité, le 28 avril dernier.

Le texte prévoit, pour rappel, que toute personne portant un vêtement cachant totalement ou principalement le visage, dans l’espace public, est passible, dès ce samedi 23 juillet, d’une peine allant jusqu’à 7 jours de prison et/ou 137,50 euros d’amende.

Les deux citoyennes musulmanes, adeptes du niqab, qui ont saisi, ce samedi, la Cour constitutionnelle sont les seules à s’être manifestées… Pas la moindre réaction du monde associatif musulman, des représentants officiels de l’islam, ni des autorités diplomatiques des Etats islamiques.

20 % de la clientèle, au Conrad

Dans les grands hôtels bruxellois fréquentés par les clients des pays du Golfe, on relativise l’impact de la loi… « Nous n’avons entrepris aucune démarche envers ces clients, commente Marc de Beer, directeur général du Conrad. En juillet, 20 % de notre taux d’occupation était assuré par la clientèle du Moyen-Orient, mais la plupart repartent dès cette semaine dans leur pays pour y célébrer le ramadan, qui commence le 1er août. »

Même constat pour Willem van der Zee, directeur pour le Benelux et la France des hôtels Radisson : « Nous enregistrons moins d’affluence de clients issus de pays musulmans, cet été. Et ce sera encore plus le cas l’année prochaine, le ramadan commençant en juillet ».

Au Plaza, moins fréquenté par les ressortissants des pays du Golfe, la question n’a même pas été abordée : « Ces six dernières années, je ne me souviens pas avoir vu chez nous la moindre cliente portant un voile intégral », précise Vicent Bariteau, directeur commercial.

« Rien d’étonnant, nous confie un consultant spécialisé : Ce type de clientèle sait qu’il y a des lois et qu’il faut les respecter. On n’imagine pas, en Belgique, comme cela peut exister ailleurs, des plages horaires réservées aux femmes, dans les piscines d’hôtels, ou des établissements où serait banni l’alcool… Croyez-moi, les fidèles de l’islam savent parfaitement adapter leurs pratiques aux usages. »

Une enquête récente menée auprès de 32 musulmanes portant le voile intégral, en France (lire ci-contre), montre que l’interdit légal les a parfois incitées à renoncer au niqab… « Sur le long terme, la majorité (…) aimerait dans l’idéal s’installer dans un pays musulman, particulièrement en Arabie Saoudite, ou dans le pays de naissance de leurs parents. Deux ou trois femmes ont également cité le Royaume-Uni comme pays plus tolérant… Quelques femmes pensent rester plus souvent à la maison. D’autres avancent des solutions plus originales, comme le port de masques chirurgicaux ou de casques ».

Pourquoi porter le niqab ?

L’organisation Open Society Foundations, financée par le milliardaire américain George Soros, vient de publier une enquête sur le quotidien de 32 musulmanes de France qui portent le niqab…

Qui sont-elles ? Plus de 90 % sont Françaises (60 % ont des parents arabes, principalement issus du Maghreb). Elles sont jeunes : 65 % ont moins de 30 ans.

Quelle pratique ? Pour la plupart, le port du niqab n’est pas permanent. Et il n’est pas synonyme de refus de socialisation : la majorité affichent une vie sociale active (restaurant avec des amies, lèche-vitrines, travail)… Pour 56 %, la fréquentation d’une mosquée est rare ; elles méprisent les officiels musulmans.

Quelle motivation ? La plupart évoquent une démarche spirituelle, l’approfondissement de leur relation avec dieu. L’étude avance l’hypothèse d’un effet incitatif lié à l’interdiction : 31 % ont commencé à porter le niqab après les controverses d’avril 2009.

Quelles pressions ? Toutes, sauf une (encouragée par son mari, imam), parlent de choix personnel : 94 % étaient les premières à porter le niqab dans la famille, heurtant leurs parents. Beaucoup ont dû faire face aux « sérieuses réserves » de leurs maris. Plus de 63 % disent être insultées « fréquemment », notamment par des musulmans. Insultes courantes : « Fantômas », « Batman », « Dark Vador », voire « salope » ou « pute ».

GUTIERREZ,RICARDO
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