Le triomphe d’un kangourou

Tour de France Cadel Evans signe la première victoire australienne à Paris

Cadel Evans, le regard noyé par l’émotion, tient enfin sa victoire au Tour de France. © Christophe Ena/AP.

PARIS

De notre envoyé spécial

La première victoire d’un Australien à l’issue du Tour, la première fois que deux frères s’installent sur le podium final pour les médailles d’argent et de bronze : la Grande Boucle 2011 aura été celle de toutes les originalités, une belle cuvée en tout cas, en dépit d’un passage à vide dans les Pyrénées snobées par les compétiteurs. Le sacre de Cadel Evans est celui de l’obstination, d’un long travail de sape, d’un professionnalisme indiscutable, d’une équipe qui lui a donné toutes les garanties de conclure enfin son rêve d’enfant, à 34 ans, faisant de lui le plus vieux vainqueur de l’après-guerre devant Bartali.

Aucune erreur. Pour réussir à porter le maillot jaune un seul jour, mais le bon, Evans a maîtrisé son sujet à la perfection. Bien sûr, faut-il un peu de réussite pour ne pas chuter comme Contador, et bien sûr Van den Broeck ou Wiggins, mais n’avait-il déjà pas payé un lourd tribut aux chutes par le passé ? Pour s’affranchir sur un parcours qui ne l’avantageait pourtant pas avec un seul contre-la-montre de 42 kilomètres (imaginez s’il y avait eu deux chronos comme c’est souvent le cas), Evans s’est immédiatement impliqué dans le Tour, en accrochant des secondes dès le Mont-des-Alouettes derrière Philippe Gilbert, en surprenant les autres favoris à Mûr-de-Bretagne avec une victoire d’étape à la clé. Il s’est ensuite calé dans la roue de ceux qui avaient du retard.

La fantastique montée du Galibier. Lorsque le « petit » Schleck s’est élevé dans l’Izoard pour signer deux heures plus tard ce qui restera quoi qu’il advienne comme l’exploit du Tour, Evans s’est arraché pour grimper le Galibier plus vite que tous les autres, seul, sans bénéficier du moindre relais malgré la présence dans sa roue du maillot jaune Thomas Voeckler et de son équipier Pierre Rolland. C’est là qu’il a gagné le Tour en limitant la casse sur Andy Schleck à qui il avait repris, l’avant-veille vers Gap, 66 secondes en poussant le cadet de Mondorf dans une descente à couper le souffle sous la pluie.

Le contre-la-montre de sa vie. 57 secondes à reprendre sur Andy dans un chrono de 42,5 kilomètres, c’était dans ses cordes, encore fallait-il le faire. Connaissant la motivation qui animait le maillot jaune, connaissant surtout le circuit comme sa poche, Evans a poussé sur les pédales comme il ne l’a jamais fait dans un contre-la-montre. Ses trajectoires étaient limpides, sa régularité impressionnante et, à mi-course, l’affaire était déjà pliée. 6e lors du chrono du Dauphiné, Evans s’est hissé à quelques secondes du nouveau phénomène de la spécialité, Tony Martin. C’est dire si sa performance était énorme.

Les erreurs des Schleck. Débarrassé de Contador qu’il avait d’emblée mis sous pression avant la défaillance du Madrilène dans le Galibier, Evans a magistralement desserré l’étau des Schleck un peu comme Gilbert à Liège-Bastogne-Liège. Vendredi, quand Contador puisa dans son orgueil l’envie d’attaquer dès le Télégraphe, Evans eut la sagesse de ne pas réagir à l’inverse d’Andy Schleck qui perdit dans sa poursuite l’énergie dont il aurait eu besoin dans l’alpe d’Huez et surtout dans le chrono de Grenoble. Emmené par sa garde au pied de l’alpe, Evans put maîtriser les opérations en toute quiétude.

L’autre erreur des frères de Mondorf fut sans aucun doute d’avoir choisi le Tour de Suisse en guise de préparation. Quand on a le privilège de disputer, 6 semaines plus tôt, un chrono exactement identique en compétition, on ne s’aventure pas en Helvétie. A fortiori en connaissant ses carences dans cette spécialité, Andy devait être au Dauphiné. Erreur de jeunesse ? Nul ne pourra l’accabler car, sans lui, le Tour aurait frisé l’ennui. Evans aussi, a dû patienter pour le gagner. Tout vient à point à qui sait attendre.

THIRION,STEPHANE
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