Une nouvelle tuerie à Hama

Une centaine de tués dans la ville martyre

Saisie sur écran d'une vidéo qui témoigne des événements qui se seraient déroulés ce 31 juillet. © AFP/Youtube

Que se passe-t-il à Hama ? La grande ville du centre de la Syrie, théâtre d’une insurrection islamiste en 1982 que Hafez el-Assad, père de l’actuel président, Bachar, avait réprimée dans le sang (entre 10.000 et 30.000 tués, selon les sources) revivrait-elle de semblables tourments ? A nouveau l’un des foyers principaux de la contestation, celle qui a débuté à la mi-mars, la ville aurait échappé pendant de longs jours au contrôle des autorités syriennes. Plusieurs gigantesques manifestations s’y seraient produites ces dernières semaines, réunissant parfois au moins un demi-million de personnes. Mais le régime syrien a lancé ses troupes pour reconquérir le bastion. Selon diverses sources dans les milieux des droits humains – que la presse internationale ne peut recouper puisqu’elle reste interdite dans le pays – il y aurait eu des dizaines de morts ce week-end.

« Ils tirent à l’aveugle, il y a beaucoup de victimes »

« L’armée et les forces de sécurité ont lancé une attaque sur Hama et ouvert le feu sur des civils, faisant 95 morts », a notamment déclaré à l’AFP Ammar Qourabi, le président de l’Organisation nationale des droits de l’homme. Les témoignages d’habitants recueillis par téléphone sont éloquents. « C’est un massacre, ils veulent briser Hama avant le début du mois de Ramadan » (qui débute ce lundi, NDLR), disait ainsi un témoin cité dimanche par l’Associated Press. « Les troupes sont entrées à Hama à l’aube aujourd’hui, précisait un autre habitant à la même agence. On s’est réveillé avec cette nouvelle. Ils tirent à la mitrailleuse à l’aveugle et il y a beaucoup de victimes. »

Les autorités imputent les troubles à des « bandes armées » qui ont, selon elles, « incendié des postes de police, s’en sont prises à des biens publics et privés, ont brûlé des pneus et dressé des barrages dans les rues ». L’agence officielle, Sana, citait dimanche un habitant non identifié : « Des dizaines d’hommes organisés en bandes armées sont actuellement postés sur les toits des principaux bâtiments de la ville, ils ont des fusils mitrailleurs et ils effraient la population en tirant sans arrêt ».

Une réaction inhabituelle

de l’ambassade américaine

Mais les troubles ne se sont pas concentrés à Hama. Selon diverses organisations de défense des droits de l’homme, des dizaines de victimes sont tombées ce week-end à Deir Ezzor, dans l’Est du pays, et plusieurs personnes ont été abattues dans de plus petites villes comme Harak, Boukamal ou Sourane.

Ce déchaînement de violences a provoqué des réactions verbales très vives en Occident. Une voix inhabituelle s’est d’ailleurs prononcée, celle de l’ambassade des États-Unis à Damas, d’ordinaire muette comme il sied à son travail. L’attaché de presse de l’ambassade a en effet estimé dimanche sur la BBC que l’assaut lancé contre la ville de Hama par les forces gouvernementales syriennes était un acte « désespéré » de la part du régime, engagé dans une « guerre totale » : « Ils tuent leur propre peuple, ils envoient leurs chars dans leurs propres villes. C’est absurde, a lancé J.J. Harder. Je pense qu’on peut dire sans se tromper que le gouvernement syrien est engagé dans une guerre totale contre son propre peuple. D’un côté, vous avez un prétendu mouvement de réformes, et de l’autre côté, la guerre, des attaques sans merci sur Hama et Deir Ezzor, ça n’a aucun sens ».

De leur côté, les ministres français, britannique et italien des Affaires étrangères ont émis des protestations plus convenues mais fermes. « Le président Assad se trompe s’il croit que l’oppression et la force armée mettront un terme à la crise dans son pays. Il doit cesser cette agression contre son propre peuple maintenant », a déclaré Willima Hague à Londres, tandis qu’Alain Juppé, à Paris, a condamné « avec la plus extrême fermeté la poursuite de la répression, menée par les autorités syriennes, qui s’aggrave encore. Les responsables politiques, militaires et sécuritaires syriens doivent savoir, maintenant plus que jamais, qu’ils devront rendre compte de leurs actes ». Pour sa part, l’Italien Franco Frattini a évoqué « le dernier acte horrible de répression violente contre les contestataires qui se rassemblent d’une manière pacifique depuis des jours ».

LOOS,BAUDOUIN,ASSOCIATED PRESS,AFP
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