Obama accepte les « big cuts »

Etats-Unis L’accord sur la dette est essentiellement

favorable aux républicains

Barack Obama a du souci à se faire. Les négociations sur le relèvement du plafond de la dette l'ont mis à la merci des populistes du Tea Party. © Carolyn Kaster/AP

La classe politique américaine a fini par s’entendre : mettant fin au cirque qu’ils avaient eux-mêmes créé, le Congrès et la Maison-Blanche ont annoncé dimanche soir la conclusion d’un accord visant à fixer un nouveau plafond à la dette des Etats-Unis et éloignant ainsi la perspective d’un défaut de paiement.

A dire vrai, l’atmosphère de crise qui règne à Washington depuis plusieurs semaines n’est pas entièrement dissipée, puisque l’accord devait encore être formellement approuvé par les deux chambres avant la date fatidique de ce 2 août minuit, à partir de laquelle le Trésor américain a indiqué qu’il ne serait plus à même de remplir ses obligations. Mais le temps pressait. Les chefs des deux chambres, suivis par le président Barack Obama, se sont empressés d’annoncer la nouvelle avant l’ouverture des marchés asiatiques, afin de limiter au plus vite les dégâts.

La solution trouvée est aussi complexe que les calculs qui ont amené le pays au bord du précipice financier. Conformément à l’exigence des républicains, le problème du relèvement du plafond de la dette devrait être réglé en deux étapes. Dans un premier temps, ce plafond pourra être relevé de 1000 milliards de dollars, à condition que le gouvernement entreprenne des réductions budgétaires à peu près comparables (917 milliards), étalées sur dix ans. Dans un deuxième temps, le plafond de la dette sera porté à 2400 milliards de dollars de plus que la situation actuelle, ce qui devrait permettre de passer l’année 2013.

Toutefois, un « supercomité » parlementaire de douze membres (6 démocrates et 6 républicains) sera chargé dans le même temps de trouver 1200 milliards de réduction budgétaire supplémentaire. Les élus seront condamnés à s’entendre, faute de quoi, une réduction de 1500 milliards sera exercée de manière automatique, pour une bonne partie dans le domaine militaire et des dépenses liées à l’assurance santé.

Du point de vue technique, le gain obtenu par les démocrates consiste en ce que le deuxième relèvement de la dette puisse s’effectuer sans rouvrir la boîte de Pandore : il faudra une majorité des deux tiers des parlementaires pour s’y opposer. Ce n’est pas négligeable : en pleine campagne électorale, les hommes politiques « dépensiers » ont toujours le mauvais rôle, et la polémique aurait pu coûter cher aux démocrates en termes électoraux.

Sur tous les autres plans, pourtant, l’accord conclu est plutôt à l’avantage des républicains. La question de l’établissement du plafond de la dette n’avait été jusqu’ici qu’une formalité. En liant cette question à des coupes budgétaires drastiques, les républicains ont ainsi imposé les termes du débat. Alors que le président Obama avait déjà reculé une première fois sur la hausse des impôts pour les Américains les plus riches, rien ne garantit aujourd’hui de plus grandes rentrées financières pour l’Etat. Les membres du « supercomité » trancheront sur la question d’une éventuelle hausse d’impôts. Et le Congrès aura toujours le dernier mot en avalisant, ou non, les solutions qu’ils préconiseront.

Dans ces conditions, la volonté exprimée par le président de trouver une solution « équilibrée », c’est-à-dire qui fasse la part entre réductions budgétaires et une hausse d’impôts pour les plus riches, sonne aujourd’hui comme un vœu pieux.

Alors que la croissance américaine est toujours anémique, de nombreux économistes ont mis en garde devant des coupes budgétaires trop prononcées qui tueraient dans l’œuf toute reprise. Le fonds de relance approuvé en son temps par les démocrates est aujourd’hui pratiquement épuisé, et les Etats et communautés locales ont elles aussi réduit les dépenses de manière drastique. S’ils voient s’éloigner le risque d’un défaut de paiement, les Américains risquent de payer cher les réductions budgétaires arrachées principalement par les nouveaux parlementaires issus du Tea Party.

P. 2 l’éDITO

Le pire évité, le problème économique reste entier

N’était-il pas entendu que la conclusion d’un accord sur le relèvement du plafond d’endettement américain devait rassurer les marchés financiers ? C’eût été logique. Le scénario alternatif – la poursuite du blocage politique au-delà du 2 août – se serait traduit, nous avait-on répété, par des conséquences dévastatrices pour l’économie américaine et pour la planète Finance.

Mais la reprise attendue sur les marchés, après l’accord annoncé dimanche soir, ne s’est pas matérialisée ce lundi. Que du contraire ! En Europe, après une ouverture en hausse dans la foulée du redressement des marchés asiatiques, les Bourses ont replongé, parfois lourdement. A Bruxelles, le Bel 20, l’indice des 20 principales valeurs, cédait, en clôture, 2,08 %. Les autres marchés européens affichaient des reculs plus prononcés. A Wall Street, le Dow Jones perdait un peu moins d’un pour cent à la mi-journée. A première vue, c’est à y perdre son latin.

Car il ne fait aucun doute qu’un gouvernement fédéral américain en défaut (technique) de paiement aurait été forcé de contracter brutalement ses dépenses – des salaires des fonctionnaires aux dépenses militaires, en passant par les allocations sociales –, ce qui aurait provoqué un « choc violent sur l’économie américaine, extrêmement fragile », explique Anton Brender. Pour le chief economist de Dexia, « l’économie serait entrée en récession ».

Car la reprise, déjà la plus molle depuis la Seconde Guerre mondiale, s’est encore affaiblie au premier semestre. Ainsi, au deuxième trimestre, la croissance n’a atteint que 1,3 % en rythme annuel ; et – pire – de janvier à mars, elle n’a pas été de 1,9 %, comme le département américain du Commerce l’avait estimé, mais de 0,4 % seulement. Et selon un indicateur publié ce lundi, l’activité manufacturière était, en juillet, à son plus bas niveau depuis 2009.

Mais l’argument, avancé notamment par la Maison-Blanche, selon lequel l’accord sur la promesse de réduction (à terme) du déficit public va rendre confiance aux agents économiques, ménages ou entreprises, et les inciter à consommer et à investir ne convainc pas. « C’est une notion toute théorique », confie Paul De Grauwe, professeur d’économie à la KU Leuven, qui cite les contre-exemples grec et britannique. « Cet accord ne va pas stimuler l’économie. »

Besoin de relance…

Certes, l’accord n’oblige pas le gouvernement américain à mettre en œuvre une politique d’austérité budgétaire dès cette année ou l’année prochaine. Et l’administration Obama s’en gardera bien. A raison. « L’économie est trop fragile. Ce n’est pas le moment. »

Car les agents économiques – et, en particulier, les ménages, dont la consommation à crédit avait tiré l’économie américaine dans les années précédant la crise de 2008 – ont une priorité : réduire leurs dettes. Logique. Vu leur niveau d’endettement, la stagnation de leurs revenus et un taux de chômage très élevé (il dépasse les 9 %). Ce serait donc à l’État de jouer le rôle du consommateur en dernier ressort.

« Ce dont l’économie américaine a besoin aujourd’hui, confirme Anton Brender, c’est d’une relance budgétaire. Mais dans le climat politique actuel, dont on imagine sans doute pas, en Europe, à quel point il est dégradé, on voit mal comment l’administration et le Congrès pourraient s’entendre ».

repères

Les points clés de l’accord

Plafond de la dette fédérale. Il serait relevé de 2.400 milliards de dollars en deux temps. 1.000 milliards de dollars d’abord. L’octroi du solde sera conditionné par les travaux d’une nouvelle commission parlementaire. Celle-ci aura jusqu’à la fin novembre pour recommander 1.200 milliards de dollars de réduction des déficits. La seconde augmentation de la limite d’endettement est nécessaire avant le début de l’année prochaine. En cas d’échec, des réductions de dépenses automatiques d’un montant de 1.500 milliards de dollars entreront en vigueur et le plafond de la dette sera remonté du même montant.

Réductions des dépenses. Un plan drastique de 917 milliards de dollars est mis en place pour dix ans. Des milliers de programmes fédéraux (National Park Service, l’agence des parcs naturels, l’Internal Revenue Service, etc.) pourraient subir des coupes budgétaires les ramenant à des niveaux jamais vus depuis sept ans.

Social. Aucune réduction de pension n’est envisagée pour le système de retraites de la Social Security ou Medicare, le programme fédéral qui fournit une assurance santé aux personnes âgées. Mais d’autres programmes risquent d’être passés au crible pour faire des économies. Les versements aux médecins, maisons de retraite et autres fournisseurs de Medicare pourraient être réduits, ainsi que les subventions pour les compagnies d’assurances qui offrent une alternative à l’assurance-santé Medicare gérée par le gouvernement. (ap)

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