Dexia accuse une perte de plus de 4 milliards d’euros

La Grèce aura coûté 338 millions au groupe franco-belge

Stefaan Decraene, le patron de Dexia Banque Belgique. © Le Soir/Alain Dewez

Un peu plus de quatre milliards d’euros de perte. La pilule est amère, mais Dexia en connaissait déjà le goût. Le groupe franco-belge avait présenté le 27 mai son plan de restructuration accéléré : vente de ses actifs toxiques américains et réduction de la taille de son trop gros portefeuille obligataire. Et elle avait estimé que ces mesures allaient lui coûter 3,6 milliards d’euros. Ce qu’elle n’avait pas pu prévoir alors, toutefois, c’était l’aggravation de la crise grecque et le coût lié au sauvetage « volontaire » des finances d’Athènes par les banques européennes. Pour Dexia, cela représente une perte de 338 millions, qui correspond, note Pierre Mariani, le patron du groupe, « à une dépréciation de 21 % sur les obligations grecques arrivant a échéance entre aujourd’hui et 2020 ».

En outre, dans ses comptes du deuxième trimestre, Dexia a également inscrit 143 millions d’euros de dépréciations liées, pour partie, à sa filiale israélienne. Le groupe est sur le point de la céder, mais à un prix inférieur à celui inscrit dans ses livres. Et pour une autre part à Crediop, sa filiale italienne qui a subi une cure d’amaigrissement.

Dexia termine donc ce deuxième trimestre sur une perte de 4,03 milliards d’euros, après avoir engrangé un bénéfice de 69 millions d’euros au premier trimestre.

Solide ratio

Mais malgré tout, Pierre Mariani a souligné ce jeudi les points positifs des trois mois écoulés.

D’abord, ces pertes n’ébranlent pas la solidité financière du groupe, qui présente encore un confortable ratio de fonds propre « tier one » de 11,4 %. Ensuite, Dexia a réalisé au deuxième trimestre de très bonnes performances opérationnelles : sur le terrain, les « métiers du groupe » ont rapporté 404 millions d’euros, soit 25 % de plus qu’au deuxième trimestre 2010.

Et puis, le plan de restructuration annoncé fin mai s’est déroulé comme prévu : aujourd’hui, Dexia a cédé 8,8 milliards de dollars, soit 94 % de ses actifs toxiques américains. Et le groupe a dégraissé son portefeuille obligataire de 15 milliards d’euros.

« En un an, le bilan s’est réduit de 91 milliards et notre besoin de financement à court terme de 47 milliards », souligne Pierre Mariani.

Cette cure d’amaigrissement douloureuse devrait désormais commencer à porter ses fruits : « nous redeviendrons profitables au troisième trimestre », assure le patron de Dexia.

Dexia en chiffres

Total de bilan : 518 milliards fin juin (608 milliards un an plus tôt.

Résultat après six mois : -3,96 milliards (contre un bénéfice de 464 millions en juin 2010)

Employés : 35.200

« Pas question de licencier, nous engageons »

Entretien

Au premier trimestre, Dexia Banque Belgique (DBB) avait réalisé un résultat opérationnel de 150 millions d’euros. Si l’on exclut des éléments exceptionnels, comme la part des dépréciations sur les titres grecs ou les pertes résultant du plan de restructuration accéléré annoncé fin mai, ce bénéfice serait même légèrement supérieur au deuxième trimestre. De l’ordre de 155 millions d’euros, précise Stefaan Decraene, le patron de la DBB, qui observe que, malgré tout, les clients sortent de leur coquille.

Il y a davantage de confiance ?

Je ne sais si cela va se poursuivre, mais oui, au cours des premiers mois de l’année, nous avons perçu un retour de la confiance des consommateurs, et cela s’est marqué dans notre production de crédits. Au cours du premier semestre 2011, nous avons octroyé 35 % de plus de crédits hypothécaires qu’en 2010. La hausse est de 15 % pour les crédits à la consommation et 14 % pour les PME. Pour les crédits aux entreprises, elle atteint même 50 %. Puisque les Belges ont davantage confiance, le taux d’épargne a diminué (il est de 15 %, alors que l’on a atteint les 19 % au plus fort de la crise, NDLR). Ces derniers mois, les clients se sont moins orientés vers les livrets d’épargne pour rechercher des placements à plus longue échéance.

De grands groupes annoncent des réductions d’effectifs. Pas vous ?

Non. Nous avons présenté un plan de réduction de nos coûts à la Commission européenne en 2009. Aujourd’hui, nous n’avons pas de « nouvelles idées » pour diminuer les effectifs. Au contraire, nous engageons des commerciaux en Turquie, en France, au Luxembourg… et en Belgique.

Le nombre d’agences devrait lui aussi rester stable ?

Oui. Vous le savez, nous mettons en place dans 500 agences un nouveau concept d’agence « ouverte » (impliquant davantage de proximité entre le client et le banquier, NDLR) et 367 agences ont déjà effectué le passage. Il reste un autre groupe d’environ 250 agences pour lesquelles nous examinons les possibilités qui s’offrent à nous. Mais il n’est pas question de réduire le nombre d’agences.

THOMAS,PIERRE-HENRI
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