Scènes de guerre à Tottenham

Des émeutes ont éclaté dans un quartier multiethnique

Un policier impuissant face au feu qui a ravagé plusieurs bâtiments, à Tottenham. © Lewis Whyld/AP

La presse britannique a publié dimanche des photos à couper le souffle. Comme si Tottenham s’était embrasée sous l’explosion de V1, ces fusées explosives que l’Allemagne nazie lançait sur Londres au cours de la Seconde Guerre mondiale. Immeubles et impériale en feu, forces de l’ordre chargeant dans un décor d’enfer, policiers et manifestants cloués au bitume…

La mort d’un homme de 29 ans, Mark Duggan, père de quatre enfants, serait à l’origine des émeutes qui ont mis à sac Tottenham, un quartier multiethnique du nord de Londres, dans la nuit de samedi à dimanche.

Le décès de Duggan est intervenu le 4 août, au terme de circonstances qui restent floues. Selon le Daily Mail, un échange de coups de feu a eu lieu près de la Tottenham Hale Station. Mark Duggan aurait tiré sur un policier qui tentait de l’arrêter. Celui-ci aurait riposté par deux fois, tuant son agresseur.

La raison de l’arrestation n’a été précisée. Il semble toutefois qu’elle ait été au programme d’une opération nommée Trident, menée par une unité de la police enquêtant sur un trafic de stupéfiants au sein de la communauté noire de Londres.

Samedi 6 août, soit deux jours après le décès de Mark Duggan, une marche de protestation a conduit ses amis et ses parents devant le poste de police de Tottenham. Ils réclamaient justice. Très vite, la situation a dégénéré. 300 manifestants s’en sont pris à des voitures de police, à un bus à impériale, à des commerces et à des habitations. Des pillages ont suivi, alors que des affrontements violents opposaient manifestants et policiers. Des cocktails Molotov ont été lancés contre les forces de l’ordre et dans des immeubles qui se sont embrasés. Dimanche matin, les émeutes s’étaient déplacées à trois kilomètres de là, les pillages s’étendant aux boutiques de Wood Green. La police n’a repris le contrôle de la rue que quelques heures plus tard.

Ces émeutes ont fait des dizaines de blessés, dont 26 policiers. 42 personnes ont été arrêtées. Les dégâts devraient s’élever à plusieurs millions d’euros, selon les commerçants des rues dévastées.

Mais ce qui apparaît comme une opération de police ayant dégénéré pourrait prendre des allures politiques en raison du contexte multiethnique des quartiers visés. Un député travailliste, David Lammy, a ainsi insisté sur le fait que les manifestants n’étaient pas représentatifs de la communauté locale. Pour le député maire de Londres Kit Malthouse, des « éléments criminels sont à l’origine des troubles ». Lourde insistance alors que l’enquête débute seulement…

« Totalement inacceptables »

Les violences ont été jugées « totalement inacceptables » par le 10, Downing Street. « Il n’y a aucune justification pour les agressions auxquelles la police et le public ont été confrontés », a affirmé le bureau du Premier ministre conservateur David Cameron.

L’enquête dira peut-être pourquoi une manifestation a versé dans la violence et le pillage. La crise et le chômage qui étranglent les banlieues britanniques sont une hypothèse parmi d’autres.

En février, David Cameron avait dénoncé l’échec de la politique de multiculturalisme du Royaume-Uni, appelant à mieux intégrer les jeunes musulmans pour lutter contre l’extrémisme. Une déclaration qui laissait entendre un changement important dans la politique britannique à l’égard des minorités ethniques et religieuses.

UN PRÉCÉDENT

En 1985 déjà

Tottenham, quartier multiculturel du nord de Londres, avait déjà été le théâtre de très violentes émeutes en 1985. Le 6 octobre, des heurts y avaient éclaté suite à la mort d’une noire afro-caribéenne nommée Cynthia Jarrett. Elle était décédée d’un arrêt cardiaque lors d’une fouille policière à son domicile.

S’en suivirent de violents affrontements entre émeutiers noirs et policiers majoritairement blancs. Les violences firent un second mort, le policier Keith Blakelock, premier policier à mourir lors d’une émeute en Grande-Bretagne depuis 1833. Il avait été poignardé au cou.

Les émeutes de Tottenham étaient survenues une semaine après les violences de Brixton, dans le sud de Londres. Une mère de famille nombreuse avait été grièvement blessée durant une opération policière qui visait son fils. Cet incident avait lui-même conduit à des émeutes.

MARTIN,PASCAL
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