Récession et crise de l’euro : les Bourses en noir

Krach boursier ?

A New York, la Bourse a chuté lundi à son plus bas niveau depuis dix mois : le Dow Jones a perdu 5,5 %. © EPA

La question hantait les gouvernements et les investisseurs ce week-end, après l’annonce, vendredi soir, de l’abaissement de la note de solvabilité des Etats-Unis par Standard & Poor’s. Lundi ne fut pourtant pas aussi noir que d’aucuns l’avaient annoncé. Mais les Bourses ont lourdement chuté, toujours anxieuses face au ralentissement marqué de l’activité économique aux Etats-Unis, en Europe et au Japon.

A Bruxelles, le Bel 20, l’indice des 20 valeurs vedettes, a clôturé en recul de 3,76 %, à 2.096,4 points – signant, comme les autres marchés boursiers européens, sa onzième séance baissière consécutive. Francfort a fini la séance sur un plongeon de 5,02 % ; et Paris, sur – 4,68 %.

En matinée, les Bourses d’Europe avaient pourtant fait mine de résister, malgré le repli des places asiatiques. Mais rapidement, les indices se sont inscrits nettement dans le rouge, avant d’accentuer leurs pertes après l’ouverture, en nette baisse, de Wall Street, où le Dow Jones perdait, à la fin de la séance, quelque 5,5 %.

Avant l’ouverture des Bourses d’Asie, les sept pays les plus riches, réunis au sein du G7, avaient tenté de rassurer les investisseurs, affirmant être « déterminés à agir de manière coordonnée chaque fois que cela est nécessaire, à assurer la liquidité et soutenir le bon fonctionnement des marchés, la stabilité financière et la croissance économique ». Ils ajoutaient : « Aucun changement dans les fondamentaux ne justifie les tensions financières subies récemment par l’Italie et l’Espagne » – à l’attention des marchés qui ont placé ces deux pays dans leur collimateur.

La Banque centrale européenne, elle, mettait ses actes en conformité avec sa parole, reprenant, comme elle l’avait annoncé, ses achats de titres souverains des pays en difficultés de la zone euro. La BCE aurait acheté des titres grecs, irlandais et portugais, mais aussi italiens. Avec un succès certain (dont on ne sait s’il sera durable) : les taux d’intérêt à dix ans italiens et espagnols qui, il y a quelques jours, dépassaient les 6 %, ont sensiblement baissé à, respectivement, 5,15 % et 5,29 %.

Les taux belges se détendaient également : le « dix ans », qui frôlait les 4,5 % vendredi, retombait à 4,3 %.

Mais les Bourses, un moment ragaillardies, n’ont pas tardé à plier après que Berlin eut à nouveau répété qu’elle ne jugeait pas opportun une augmentation des moyens du Fonds de secours européen (Fonds européen de stabilité financière) mis en place en mai 2010, à qui la BCE vaudrait voir confier les achats de titres publics qu’elle n’effectue qu’avec réticence.

Les autorités européennes ont encore répété que le second plan de soutien de la Grèce, décidé le 21 juillet, sera mis en œuvre au plus tôt, mais les investisseurs ne voient qu’une chose : l’absence de consensus entre les pays européens (et en particulier, entre Berlin et Paris) ; et aussi l’insuffisance des moyens effectifs du Fonds de secours, de 440 milliards d’euros, si d’aventure l’Italie devait être, à son tour, secourue.

Or l’hypothèse est loin d’être théorique. Non en raison de la situation objective de l’Italie : le gouvernement s’attend à dégager, cette année, un surplus budgétaire primaire (hors charge d’intérêt) qui devrait rassurer les investisseurs sur sa capacité à assurer le service de la dette publique, même si celle-ci atteint 120 % du PIB. A condition que les taux d’intérêt restent modérés. Mais, même injustifiées, les craintes des investisseurs ont pour effet de faire monter les taux d’intérêt. Et de nombreux observateurs estiment que la BCE est, seule, capable de stopper ce phénomène autoréalisateur. A condition d’être prête à engager des montants élevés.

Aux Etats-Unis, l’évolution des marchés financiers, lundi, avait de quoi rendre les observateurs perplexes. La baisse du rating américain, de « triple A » à « AA+ », aurait dû, en théorie, se traduire par une augmentation des taux d’intérêt sur les Treasuries, les titres de la dette publique. Ceux-ci ont, au contraire, sensiblement baissé, le taux à dix ans se repliant à 2,35 % (contre plus de 2,5 % vendredi).

Mais, à la Bourse, les cours des actions ont continué à baisser, comme ils le font depuis une quinzaine de jours, alors que les investisseurs se rendent compte que la reprise économique, déjà poussive, s’essouffle – au point où certains, comme le célèbre analyste Nouriel Roubini, Dr. Doom (Dr Catastrophe), assurent que la première puissance économique mondiale aura bien du mal à éviter une rechute en récession.

Polémique en italie

Une « lettre secrète » de la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) a dicté ses conditions à sa politique d’achat de titres de la dette publique italienne dans une « lettre secrète » à Silvio Berlusconi, révélée lundi par le Corriere della Sera : libéralisation, privatisation des sociétés municipales gérant le transport ou la distribution d’électricité, réforme du marché du travail…

Selon le Corriere, le courrier suggère même au gouvernement italien d’utiliser des décrets gouvernementaux plutôt que des projets de loi dont le vote est plus long.

« Que nous demandent vraiment la BCE et les institutions internationales ? Un gouvernement impuissant totalement discrédité et désormais sous tutelle doit au moins dire quelle est la situation réelle », a déclaré le chef du Parti démocrate (gauche), Pierluigi Bersani.

« Il n’y a aucune mise sous tutelle de l’Italie », rétorquait Fabrizio Cicchitto, chef de file des députés du PDL, le parti de M. Berlusconi.

Et Umberto Bossi, chef de la Ligue du Nord et allié clé de M. Berlusconi, jugeait « positif » que l’Italie soit « conditionnée par l’Europe et la BCE » car « pendant trop longtemps, le pays a vécu au-dessus de ses moyens ». (afp.)

Quelles conséquences pour les Belges ?

Les consommateurs

Le plus dur est peut-être passé. L’inflation (3,75 % en rythme annuel en juillet) devrait commencer à se stabiliser, pour revenir, selon les spécialistes, à 3 % d’ici à la fin de l’année et passer sous la barre des 3 % en 2012. Ce qui n’est pas nécessairement une bonne chose, car ce retour à la normale est dû bien plus à une diminution de la demande (des particuliers ou des entreprises) qu’à un accroissement de l’offre. Quoi qu’il en soit, puisque la hausse des prix était surtout due chez nous à une hausse du coût de l’énergie, on se réjouira de la baisse des cours du pétrole brut. Lundi, le prix du « Light Sweet Crude » à New York tombait de 3,75 % à New York, pour finir à – 8,50 % plus bas que le niveau enregistré au début de l’année. Mais l’énergie, ce n’est pas que le carburant ou le mazout, c’est aussi le gaz et l’électricité et, de ce côté-là, rien ne dit qu’une baisse des prix s’amorce. Il va en va de même pour les autres matières premières, qu’elles soient minérales ou agricoles. Autre élément d’incertitude : la manière dont les entreprises vont répercuter sur leurs prix de vente l’indexation des salaires à laquelle elles sont confrontées.

Les emprunteurs

La période faste est bien derrière nous. Les financiers ont bel et bien répercuté la hausse des taux. Pour les emprunts hypothécaires par exemple, il faut compter une moyenne de 3,45 % pour un prêt à taux révisable annuellement et 4,56 % pour un prêt à taux fixe remboursable en 20 ans. Au début de l’année, ces taux étaient de, respectivement, 2,75 et 4,40 %. La hausse est donc nettement plus marquée pour les prêts à taux révisables, et ce n’est donc pas la catastrophe, du moins pour l’instant. Mais oubliez les taux fixes en dessous des 4 %.

Pour les crédits à la consommation, la tendance est aussi à la hausse. Moins pour les prêts à objet déterminé, comme le crédit-auto ou le crédit-rénovation, où l’on trouve des taux compris entre 4,50 et 7 % (à peine 0,50 % de plus que depuis janvier), mais de manière plus sensible pour les prêts personnels, il est vrai plus risqués pour le prêteur. Ici, on frôle ou on atteint carrément les maxima légaux. Aucun assouplissement n’est à attendre d’ici à la fin décembre.

Les épargnants

Le futur proche n’est pas aussi favorable qu’on aurait pu l’espérer. La remontée des taux belges à court, moyen et long terme (en 12 mois, l’Olo belge a passé de 0,6 à 1,20 % pour les emprunts à 1 an et de 3,10 à 4,30 % pour les emprunts à 10 ans) ne s’est guère traduite dans la rémunération des comptes d’épargne et n’espérez pas grand-chose pour les semaines et les mois à venir. Nos banquiers, en position difficile, ne sont pas enclins à faire le moindre cadeau. Nos assureurs non plus d’ailleurs : pour les produits de la « branche 21 », à capital et rendement garantis, le taux de base (autour de 2,5/2,75 %) sera sans doute la seule rémunération de l’année. Quant aux « investisseurs », qu’ils sachent que limiter les dégâts est déjà un objectif honorable. A titre d’exemple, la Dexia Fullinvest Medium, une sicav mixte de type neutre, a perdu 4,15 % depuis le début de l’année. 2011 se clôturera vraisemblablement dans le rouge. Depuis le début de l’année, l’indice des Bourses d’actions de la zone euro, l’Euro Stoxx 50 a chuté de 8,50 % et il serait surprenant qu’il regagne le terrain perdu d’ici au 31 décembre.

Le contribuable

Ne tournons pas autour du pot : le contribuable paye déjà la crise. Depuis 2008, les agences de notation, puis les autorités européennes ont mis la pression sur les Etats pour qu’ils réduisent leur déficit et assainissent leurs finances. A ce jour, les hausses d’impôt sont restées extrêmement limitées, mais les discussions budgétaires qui vont commencer comprendront, à n’en pas douter, une hausse des recettes fiscales, donc une augmentation des impôts. Il est question d’une augmentation du précompte mobilier, une idée à laquelle on a échappé en 2010. Dans le cas d’une dégradation de la note de la Belgique, en raison de la crise boursière ou de nos problèmes institutionnels, la facture pourrait être beaucoup plus salée. Un cabinet ministériel parle de 700 millions d’euros. Jean Deboutte, de l’Agence de la dette, nuance. « Il en coûterait 40 millions d’euros l’année même, et le même montant chaque année, pendant une dizaine d’années. » On parlerait donc de 400 millions sur 10 ans, dont une partie serait, à n’en pas douter, à charge du contribuable.

+4 %

C’est la hausse du prix d’un litre d’essence super 98 depuis le début de l’année. Il s’établit ce mardi à 1,633 euro (contre, 1,568 le 1er janvier).

- 6,9 %

C’est la baisse, enregistrée entre 2000 et 2011, du taux d’imposition légal maximal sur les revenus des contribuables belges (contre – 5,3 % en moyenne pour les pays de la zone euro).

Quand peut-on parler de krach ?

Il n’y a pas de définition économique précise d’un krach mais, dans la pratique, cette expression s’applique à une baisse des cours de plus de 20 % en quelques jours. Elle résulte généralement de l’éclatement d’une bulle spéculative, financière ou immobilière. Autre caractéristique : un mouvement de panique qui pousse les investisseurs à vendre, amplifiant le phénomène. L’histoire retient deux krachs : en 1929 et 1987. Mais ces deux événements étaient très différents. L’activité a ainsi rapidement repris après le krach d’octobre 1987, alors que la « Grande Dépression » de 1929 s’est traduite par plusieurs années de récession économique, de chômage et de misère débouchant sur la Deuxième Guerre mondiale. (B.Dy, avec afp)

1.700 dollars, record pour l’once d’or

Le prix de l’or s’est installé lundi autour du seuil de 1.700 dollars pour la première fois de son histoire, porté toujours plus haut par une ruée des investisseurs vers la sécurité. Selon les estimations des analystes de JP Morgan, « avant l’abaissement de la note de la dette des Etats-Unis, l’once d’or était partie pour s’installer autour de 1.800 dollars l’once d’ici la fin de l’année ». Mais les analystes s’attendent

désormais à ce que ce niveau soit largement dépassé, pour atteindre « 2.500 dollars l’once ou plus ». (afp)

La France pourrait aussi être touchée

L’un des principaux instituts de conjoncture allemands, le DIW, a mis en garde contre un abaissement de la note de la dette française qui pourrait provoquer une désintégration de la zone euro. La France est parfois citée parmi les pays les plus menacés de perdre son « AAA », la meilleure note possible pour un émetteur de dette, à l’instar des Etats-Unis. (afp)

Vacances écourtées

Départs retardés, interruptions, appels téléphoniques incessants : cet été, pas de farniente pour les dirigeants européens. Un faux départ pour M. Zapatero vers la réserve naturelle de Doñana le 2 août, dont il est revenu le lendemain pour enchaîner les réunions, et où il est retourné seulement vendredi. David Cameron est dans une villa en Toscane, mais s’est entretenu au téléphone avec Angela Merkel (qui était en randonnée dans le Tyrol) et Nicolas Sarkozy, en vacances au Cap Nègre. Le ministre français de l’Economie François Baroin a interrompu ses vacances et Berlusconi a promis de travailler tout le mois d’août. (afp)

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