Les banquiers discrédités

Les titres des banques et assureurs

font chuter les Bourses

Les rumeurs d'un abaissement du rating de la France ont fait paniquer les investisseurs. © Paul Miller/EPA

La journée avait pourtant bien commencé, mercredi, sur les places boursières européennes, la plupart des indices s’inscrivant en hausse dans la foulée du fort rebond de Wall Street mardi. Mais tout a déparé en milieu d’après-midi. Des rumeurs ont couru, selon lesquelles la France allait perdre son rating « triple A », mais aussi, sur le marché parisien, que la banque Société Générale allait avoir besoin d’un plan d’aide ou était à deux doigts de la faillite.

Il n’en fallait pas plus, sur des Bourses particulièrement volatiles, pour faire plonger les valeurs bancaires et financières. A Paris, le titre Société Générale, le plus touché, perdait ainsi jusqu’à 20 %. BNP Paribas, Crédit agricole et Axa chutaient également. Idem à Bruxelles, où Dexia, KBC et Ageas s’effondraient ; mais aussi à Francfort, Amsterdam, Milan ou Madrid, et, dans une mesure à peine moindre, à Londres.

Et les démentis – qui sont pourtant intervenus très rapidement – n’ont guère permis de contenir l’espèce de panique qui avait saisi les investisseurs et qui faisait plonger la toute grande majorité des actions en Europe, mais également à Wall Street (lire ci-dessous). De sorte qu’en clôture, tous les indices s’inscrivaient, souvent lourdement, dans le rouge.

Ainsi, le CAC 40 parisien perdait 5,45 % ; le Dax francfortois, 5,13 % ; et le Footsie londonien, 3,05 %. A Bruxelles, le repli du Bel 20, l’indice des vingt valeurs vedettes, était à peine moins prononcé : – 2,92 %.

Ni le démenti catégorique de la Société Générale et du gouvernement français, ni la confirmation par l’agence de notation Fitch du maintien du rating français ne parvenaient à calmer le jeu.

« Il n’y a rien du tout du côté de Fitch. Il n’y a rien de nouveau, la note de la France n’a pas changé, il n’y a pas d’histoire, elle est aujourd’hui de “triple AAA”, et stable », affirmait pourtant une porte-parole de l’agence à l’Agence France Presse, qui répercutait immédiatement l’information. Mais celle-ci ne semblait trouver aucun écho sur les marchés.

Il faut dire qu’en tout début d’après-midi, sur une radio grecque, le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, avait quelque peu inquiété les investisseurs, en laissant entendre que la Grèce souhaitait inclure dans le programme d’échange d’obligations des titres arrivant à échéance au-delà de 2020, faisant craindre de nouvelles pertes pour les banques et les compagnies d’assurances.

Pour mémoire, le second plan de soutien à la Grèce, annoncé le 21 juillet, prévoit l’échange des seuls titres arrivant à échéance d’ici le 31 décembre 2020, avec à la clef une perte estimée à 21 %, que les banques et compagnies d’assurances ont généralement déjà comptabilisée dans leurs résultats du deuxième trimestre – à hauteur de 534 millions d’euros pour BNP Paribas, de 338 millions pour Dexia ou de 139 millions pour KBC.

Etonnamment, les marchés obligataires donnaient l’impression d’être sur une autre planète. Les taux d’intérêt espagnols et italiens, qui, à échéance de dix ans, avaient dépassé les 6 % la semaine passée, continuaient à baisser, s’approchant de 5 %, confirmant que le rachat de titres souverains des pays en difficulté par la Banque centrale européenne a permis (au moins temporairement) d’arrêter la contagion de la « crise grecque ».

Le taux belge à dix ans refluait également, à 4,12 %, tandis que le « spread », l’écart avec le taux allemand, qui mesure la prime de risque exigée par les investisseurs, passait sous les 200 points de base.

Et les marchés accueillaient dans une relative indifférence la dégradation, par Fitch, de la note de Chypre (déjà abaissée fin juillet par Standard & Poor’s et Moody’s) et l’avis de l’agence de notation selon laquelle l’île aurait besoin d’un plan de sauvetage européen.

Mais il est vrai que Chypre ne pèse (presque) rien, alors que la France est le quatrième plus grand débiteur souverain, après les Etats-Unis, l’Italie et le Japon.

effet collatéral

Dur, dur pour le Holding communal

Au début du moins de janvier, l’action Dexia valait encore 2,67 euros. Mercredi soir, elle a clôturé à 1,49 euro. Soit un repli de 44 %. Et une douche froide pour ses actionnaires, surtout le Holding communal, qui porte la participation de 14,1 % des communes et provinces dans le groupe bancaire franco-belge. Or, Dexia, c’est 80 % du portefeuille du Holding, qui, lorsqu’il s’est agi de recapitaliser la banque, s’est endetté, en gageant ses emprunts sur… ses titres Dexia. Avec la chute du cours, plusieurs de ses créanciers lui ont récemment demandé – pratique normale – d’apporter plus de gages, révélait mercredi L’Echo, citant BNPP Fortis et ING. Du côté du Holding, on refusait hier de commenter l’information, tout en soulignant que la situation « difficile » était néanmoins « sous contrôle », en concertation avec l’Etat et les Régions. D. B.

BERNS,DOMINIQUE
Cette entrée a été publiée dans Economie. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.