La pomme la plus chère du monde

Apple a dépassé Exxon Mobil et est devenue

la 1re capitalisation

L'état de santé de Steve Jobs est l'un des grands facteurs d'incertitude autour d'Apple. © John G. Mabanglo/EPA

Cela fait huit ans qu’une valeur technologique n’avait plus occupé cette place. Apple a terminé la séance boursière de Wall Street mercredi avec en poche le titre de « plus grosse capitalisation boursière mondiale ». Sa valeur a dépassé celle d’Exxon Mobil, le géant du pétrole qui détenait cette place de façon quasi interrompue depuis 2006. Avant lui, c’était le conglomérat industriel General Electric. Il faut remonter à 2003 pour trouver trace à cette place d’une ociété d’électronique. C’était Microsoft.

Cette première place est tout un symbole quand on pense qu’il y a 14 ans, Apple était quasiment en faillite. Aujourd’hui, la firme à la pomme pèse 343 milliards de dollars. C’est dix fois plus qu’il y a 6 ans. En guise de comparaison, la valeur d’Apple est supérieure à la valeur cumulée de Microsoft et d’Intel. Elle est plus grande que celle de Coca-cola, PepsiCo et Mac Donald’s réunis ou que celle du duo Wal-Mart – Procter&Gamble. Si Apple était un pays, la firme serait le 26e plus riche au monde, au coude à coude avec l’Autriche, l’Afrique du Sud ou l’Argentine.

Encore un chiffre. Il y a plus d’argent dans les caisses d’Apple (76 milliards de dollars) que dans celles des autorités américaines (73 milliards) !

Le signe d’un basculement ?

Faut-il voir dans le « switch » entre Exxon Mobil et Apple à la 1re place des entreprises les plus chères au monde le signal d’une modification profonde de notre tissu économique, un basculement vers un monde où les nouvelles technologies et l’électronique donnent le « la » et non plus les matières premières ? Ce serait aller vite en besogne. D’abord parce que la première place d’Apple s’explique aussi par la baisse du cours d’Exxon Mobil, elle-même provoquée par la chute du prix du baril consécutive à la crise boursière. Or on sait que cette chute n’est peut-être que passagère et que le baril est condamné à rester cher. Ce jeudi, Exxon Mobil reprenait d’ailleurs sa première place en cours de séance. Ensuite, parce qu’Apple est l’une des rares sociétés technologiques à bien se comporter en Bourse. A l’exception d’IBM, elles ont toutes vu leur valeur reculer ces derniers mois : Microsoft, Yahoo, AOL, Google. Les marchés sanctionnent des résultats décevants et un manque de visibilité.

Une valorisation exagérée ?

Avant l’effondrement récent des Bourses, on parlait beaucoup d’une nouvelle bulle en création autour des valeurs internet. La hauteur des valorisations d’entreprises comme Zynga, Facebook ou Linkedin alimentait les craintes de voir se répéter le scénario de la fin des années 90, quand les cours n’avaient plus aucun rapport avec le monde réel et les bénéfices réalisés. Dans le cas d’Apple pourtant, rien n’indique que la société est surévaluée. A l’issue de l’exercice 2011, elle devrait, selon les analystes, afficher un chiffre d’affaires supérieur à 100 milliards de dollars et un bénéfice deux fois supérieur à celui de l’année dernière, à 26 milliards. Actuellement, la société est valorisée à 12 fois le montant de ses bénéfices estimés pour l’an prochain. C’est un multiple tout à fait normal pour l’industrie électronique. C’est même un ratio assez faible compte tenu du taux de croissance que la firme à la pomme offre. La valorisation d’Apple pourrait être supérieure, estiment certains analystes.

Quelles perspectives pour Apple ?
La hausse du cours d’Apple (+ 12 % depuis janvier) est le reflet de la croissance des revenus et du bénéfice qui a continué à s’accélérer au cours du dernier trimestre. Et les perspectives sont bonnes pour la société qui voit maintenant s’ouvrir grand les portes de l’Asie. Les ventes en Chine, Taïwan et Hong-Kong ont été multipliées par six en un an. Des questions néanmoins se posent. Apple a enchaîné ces dernières années une série impressionnante de lancements à succès : iPod, iPhone, iPad… Un sans-faute. Va-t-elle réussir à conserver cette vista ? La question se pose d’autant plus qu’il y a beaucoup de craintes autour de la santé de son emblématique patron, Steve Jobs, qui souffre d’un cancer. Cet inventeur génial qui a un sens inné du produit qui fait mouche est à la base du renouveau d’Apple. Son éventuel départ angoisse les marchés. Autre menace non négligeable : la concurrence grandissante des produits fonctionnant sous système Android.
MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
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