Guet-apens inouï, quatorze morts

Israël L’attentat le plus grave depuis la fin de la deuxième intifada

Un instantané des secours prodigués à un blessé israélien jeudi non loin de la frontière du Sinaï égyptien. En tout, les assaillants ont frappé à trois reprises. © AP.

REPORTAGE

BEER SHEVA

De notre envoyé spécial

Sept Israéliens – dont plusieurs soldats – et sept terroristes ont été tués jeudi durant le double attentat le plus grave qu’ait connu l’Etat hébreu depuis la fin de la deuxième intifada. Tout a commencé vers midi lorsque plusieurs voitures privées, ainsi que l’autobus nº392 effectuant la liaison régulière entre Beer Sheva et Eilat (désert du Neguev), ont été mitraillés par un groupe de terroristes circulant en voiture. Ces derniers ont rapidement été interceptés par les unités spéciales de l’armée (Tsahal) et de la police mais ils avaient, entre-temps, attaqué un deuxième autobus ainsi que plusieurs voitures privées avec des roquettes antichars.

Le premier autobus transportait de nombreux soldats en permission, le deuxième était quasiment vide. Les voitures privées transportaient des vacanciers.

L’attaque combinée s’est produite le long de la route nº12 longeant la frontière égyptienne ; elle s’est poursuivie jusque dans la nuit. Lorsque les unités israéliennes sont arrivées sur place, les attaquants ont fait exploser leur voiture préalablement piégée. Certains portaient une ceinture explosive qu’ils n’avaient pas réussi à actionner. D’autres, à partir de l’Egypte, bombardaient la zone avec des mortiers.

Selon l’Aman (les renseignements militaires israéliens) cette opération inédite aurait été menée par une vingtaine de personnes. Elle a en tout cas surpris l’état-major de Tsahal et la classe politique de l’Etat hébreu. Ce qui explique pourquoi cette dernière a tardé à réagir.

En fait, il a fallu attendre huit heures pour que Binyamin Netanyahou, manifestement fatigué, proclame que son pays « répondra immédiatement et avec amplitude » aux événements en cours. « Israël exigera un prix et il sera élevé », a-t-il poursuivi.

A Jérusalem, le porte-parole de Tsahal a démenti que l’armée égyptienne soit impliquée dans l’attaque autobus. Quant aux responsables égyptiens, ils ont également nié toute implication de leurs soldats. Pourtant, plusieurs Israéliens sortis sains et saufs du mitraillage affirment avoir clairement vu des soldats égyptiens leur tirer dessus à partir d’une position de leur armée.

« Nous ne laisserons pas passer une telle attaque combinée sans riposter. Ce n’est tout simplement pas envisageable et ces représailles seront de grande ampleur », a en tout cas proclamé le chroniqueur militaire Roby Daniel, l’un des porte-parole officieux de l’establishment militaire israélien. Qui viseront-elles ? A en croire l’Aman et le Shabak (la Sûreté générale), les terroristes seraient venus de la bande de Gaza et auraient séjourné plusieurs semaines dans le désert du Sinaï (Egypte) avant de s’infiltrer en Israël avec l’aide de tribus bédouines « travaillées » par des islamistes. La thèse est séduisante mais rien ne permet de la confirmer pour le moment.

Perspectives sombres

Quoi qu’il en soit, peu après que le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak eut estimé que « la source de l’attentat se trouve à Gaza », le Hamas, qui dément toute implication dans ce regain de violence, a évacué toutes ses bases dans l’attente d’une riposte. Le chef et cinq responsables du Comité de résistance populaire (une dissidence du Hamas) ont en tout cas été tués à la suite d’un bombardement israélien sur la ville de Rafah (sud de la bande de Gaza). Pour sa part, les comités ont proclamé la fin de la trêve avec Israël et annoncé la reprise de leurs tirs de roquettes sur l’Etat hébreu. Quant à l’Egypte, elle a fermé le point de passage la reliant au territoire palestinien.

A tort ou à raison, les analystes israéliens estiment qu’à l’avenir, le calme qui prévalait le long de la frontière israélo-égyptienne depuis les accords de paix de Camp David (1978) va s’estomper.

DUMONT,SERGE
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