Tripoli tombe, mais Kadhafi reste introuvable

Des habitants de Tripoli célèbrent la défaite de Kadhafi. Des proches de la résistance empêchaient lundi la proclamation de la victoire par les rebelles. © EPA.

La situation restait indécise ce lundi soir, au lendemain de l’entrée des rebelles à Tripoli. Si le succès militaire de ces derniers ne semble plus faire aucun doute dans la capitale – en attestent notamment l’arrestation de plusieurs fils de Kadhafi dont Seif al-Islam, le plus influent – le fait marquant de la journée n’est autre que la disparition de Mouammar Kadhafi, introuvable. Or la chute de son régime ne pourra être officialisée tant que le mystère le plus absolu continue à planer sur le sort du « guide ».

Selon la Maison-Blanche, ce lundi « aucune preuve n’indiquait que l’homme traqué avait quitté la capitale libyenne ». Les rebelles, qui ont pris le contrôle de la télévision d’Etat, n’en disaient pas davantage. La ville offrait un visage contrasté selon les quartiers, d’après les comptes rendus des journalistes sur place. Alors que les rebelles avaient fait leur entrée dans Tripoli dimanche sans pratiquement rencontrer de résistance et en suscitant la liesse de nombreux habitants, et bien qu’ils disent contrôler une majeure partie de la ville (au moins « 80 % »), ils ont dû observer la plus grande prudence, en attendant des renforts, dans certains secteurs, comme le fief de Kadhafi, Bab al-Aziziya.

Comme l’observait un envoyé de l’AFP, « les points de contrôle des rebelles sont encore rares dans les rues défoncées de la capitale libyenne, témoignant du fait que les insurgés n’ont pas encore pris le contrôle total de la ville ». La peur des snipers, visiblement, règne encore sur la ville. Et la coupure de l’électricité, de l’eau et de l’internet nourrissaient les inquiétudes.

Le chef du Conseil national de transition, l’organe dirigeant des rebelles, s’est longuement exprimé lundi en conférence de presse à Benghazi. « Bab al-Aziziya et certaines zones alentour ne sont toujours pas sous notre contrôle et par conséquent nous ne savons pas si Kadhafi se trouve là-bas, a-t-il dit. Mais l’époque de Kadhafi est révolue, même si la bataille pour Tripoli n’est pas encore terminée. Nous espérons que Mouammar Kadhafi sera capturé vivant pour qu’il puisse avoir un procès équitable. »

Abdeljalil a confirmé que deux fils du colonel libyen, Mohamed et Seif al-Islam, étaient « entre de bonnes mains, et sous contrôle de nos révolutionnaires ». Le sort de Seif al-Islam fera l’objet d’« un vote au sein du CNT », a-t-il ajouté. Seif, son père et le chef des renseignements libyens, Abdallah Senoussi, font tous trois l’objet objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes contre l’humanité commis depuis le début de la révolte.

Le même président du CNT a eu un geste peu banal qui souligne bien le danger que beaucoup appréhendent : les exécutions extra-judiciaires. « Ma crainte concerne aujourd’hui certaines actions hors la loi, perpétrées en dehors du cadre et des ordres des leaders des révolutionnaires, en particulier les actes de vengeance, a-t-il souligné, mettant même son sort dans la balance : Ce pourrait être la raison ou la cause de ma démission ».

Parallèlement, l’après-Kadhafi commence à être évoqué. Une source française au ministère de la Défense a expliqué à l’AFP que le groupe de contact sur la Libye (la coalition internationale contre Kadhafi) se réunirait la semaine prochaine à Paris avec un agenda chargé : « Rassembler les autorités internationales, mieux connaître le plan du CNT pour la transition (voir ci-dessous) qui devrait inclure tous ceux qui le souhaitent et n’ont pas de sang sur les mains, et réfléchir sur la nature de l’aide que la communauté internationale peut apporter à la Libye. Que ce soit à l’ONU, à l’Otan ou au sein de l’UE, on travaille déjà pour le jour d’après »

De son côté, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a annoncé lundi qu’il convoquait un sommet cette semaine sur la situation en Libye, en présence des dirigeants de l’Union africaine et de la Ligue arabe ainsi que d’autres organisations régionales. « Nous vivons un moment chargé d’espoir mais il y a aussi des risques en vue », confirmant l’ambivalence des impressions qui prévalent un peu partout, entre soulagement voire joie après la chute du régime de Kadhafi, et la crainte que celle-ci ne se solde par un bain de sang et le chaos.

LOOS,BAUDOUIN,AFP

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C’est le peuple tunisien qui a initié le mouvement de contestation/révolution, qu’on a appelé le « printemps arabe ». Président de la Tunisie depuis 1987, Zine Ben Ali a donc été le premier despote arabe à se faire renverser par son peuple. Il a quitté le pays le 14 janvier 2011, un mois après l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi. Le pays est dirigé depuis par un gouvernement transitoire, qui a prévu des élections libres qui doivent se tenir le 23 octobre. © EPA

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