16 heures d’orages secouent la Belgique

23 août 2011 : 16 heures d'orages, environ 12.000 impacts de foudre au sol, et quelque 75.000 décharges intra-nuages ont frappé la Belgique entre lundi 20 h et mardi 12 h Dès le début de la soirée de lundi, toute la nuit et dans la matinée de mardi, des orages, venus de France, ont traversé le pays, causant de nombreuses inondations, tandis que la foudre frappait des habitations, causant beaucoup de dégâts. Caves et routes inondées, aéroport de Bruxelles-National devant interrompre momentanément ses activités, trains entravés ou stoppés, transports en commun perturbés, notamment quand la foudre a frappé les installations électriques ou fait chuter des arbres sur les voies. Les intempéries ont principalement frappé le Hainaut, Bruxelles et l’Est du Brabant wallon. Dans certaines communes, comme à Orp-Jauche, c’est la troisième fois en deux semaines que les habitants font face à d’importantes coulées de boue sans précédent.

Selon les estimations de l’Institut royal météorologique belge, environ 12.000 impacts de foudre au sol, et quelque 75.000 décharges intra-nuages ont frappé la Belgique entre lundi 20 h et mardi 12 h. Un chiffre « relativement banal » selon l’institut, qui souligne que plusieurs cellules orageuses se sont succédé durant un grand laps de temps. Un pluviomètre installé à l’IRM, à Uccle, à 8 h du matin, a collecté des chutes de 42,3 litres d’eau par m2, une quantité exceptionnelle, mais il est trop tôt pour déterminer des zones de calamité, selon l’Institut.

Est-ce exceptionnel ?

Pour le climatologue Marc Vandiepenbeeck, de l’Institut royal météorologique, « cette activité des orages n’est anormale ni en intensité ni en quantité. Cette activité orageuse n’est vraiment pas exceptionnelle. Ceux qui croient que cet événement est très différent de ce que nous connaissons parfois sous nos latitudes durant l’été se trompent ou ont oublié les 168 litres d’eau tombés en 24 h à Brasschaat en 1998. Ou l’orage de mai 2009 qui a duré toute la nuit. Depuis le deuxième tiers du mois d’août, nous sommes sous l’influence de courants maritimes circulant entre un anticyclone situé au sud de notre pays, qui donne notamment la canicule en France, et d’une dépression située à l’ouest des îles britanniques. Ce sont des conditions propices à l’apparition d’orages dits de “front froid”, où les masses d’air chaud venues du sud-ouest ont rencontré de l’air plus frais sous nos latitudes. On risque de revoir le même type d’orage si la même situation se représente. »

Ce phénomène est-il plus grave que par le passé ? « Il est impossible de le dire sur base de quelques semaines, les évolutions du climat s’observent sur des périodes de dix ou quinze ans minimum. Mais ce type d’activités orageuses fait partie de notre climat. Dans notre pays, les pluies estivales sont souvent plus fortes que les précipitations hivernales. Et les orages délivrent énormément d’eau en peu de temps. »

Pourquoi certains endroits sont-ils frappés plusieurs fois de suite et est-ce prévisible ? « C’est le hasard. Les nuages formés suivent un axe selon le vent, mais ensuite, la foudre peut se déclencher partout. Il est impossible de dire si elle tombera à Gand ou Namur. Quand les prévisionnistes émettent un avis d’alerte, ils constatent les conditions nécessaires pour que ce type d’événement se produise, mais ils ne peuvent rien prédire. »

Orp-Jauche Quatrièmes coulées de boue de l’été : entre fatalité et psychose

© René Breny (Le Soir)

Tout s’est déroulé vers 2 h du matin, je crois. Il y a eu un orage. Je me suis levé et suis sorti pour relever les taques d’égout. Quand j’ai levé les yeux, j’ai vu les eaux descendre la rue. Elles étaient boueuses et charriaient des pommes de terre… Aujourd’hui, ma chaudière ne fonctionne plus ; j’attends le chauffagiste. Je suis désespéré. Je n’en peux plus… »

L’état d’esprit d’Ernest Libin est quasi généralisé, mardi matin, dans les rues Cyrille Dewael, de Fontigny et Achille Motte. Ce quartier d’Orp-le-Grand (Orp-Jauche, Brabant wallon) a en effet une nouvelle fois subi les conséquences de fortes pluies. Après le 28 juin, le 21 juillet et le 18 août, la nuit du 22 au 23 août ne risque pas d’être oubliée de sitôt.

« Dès que l’orage est arrivé, j’ai regardé en rue et n’ai vu qu’un peu d’eau le long du trottoir, se souvient Fernand Pirsoul, la raclette à la main. Je me suis donc remis au lit. Une heure plus tard, toute l’eau arrivait en masse, d’un seul coup : 35 cm dans mon garage (heureusement que ma voiture était partie à l’entretien) contre 63 cm jeudi dernier. Inutile de se fâcher pour ça. Quand le ciel se déchaîne, il n’y a rien à faire. C’est arrivé. C’est triste. Il faut faire avec. »

Le point positif, c’est la présence des voisins, des amis, de la famille… qui n’attendent pas qu’on les appelle pour rappliquer. La solidarité est un maître-mot en ce jour de grand nettoyage et se trouve renforcée par l’action combinée des pompiers de Jodoigne, des ouvriers communaux et même de la province. Mais c’est chaque fois pour réparer les dégâts. Les efforts pour éviter le pire sont insuffisants, qu’il s’agisse des sacs de sable, des panneaux de bois devant les portes…

« Avec de grandes surfaces agricoles vierges, l’eau ne peut que ruisseler beaucoup plus rapidement », constate Jean-Pierre Delande, un riverain de la rue Ferdinand Smeers (Noduwez), lui aussi touché par les événements de la nuit. « Cela ajouté au fait que les ruisseaux et les égouts sont vite remplis à la moindre forte pluie… L’unique solution, à mon sens, serait de freiner les écoulements à l’aide de végétation et ne plus tolérer des “déserts” de 30 hectares. Donc, oui, il faut contraindre les agriculteurs, même si certains font déjà des efforts remarquables, fixer des règles afin que tout le monde s’y retrouve. »

En attendant l’étude

A quelques mètres, un fermier a sorti son bull pour racler la boue. Les habitants apprécient le geste à sa juste valeur tout en restant fatalistes. « A part nettoyer après coup, nous ne pouvons rien faire, note Valérie Marteau. Juste regarder et attendre que ça passe. Ce qui est inquiétant, c’est que la drache n’a pas été exceptionnelle… Le bourgmestre nous a bien parlé d’une étude mais il fallait la commander plus tôt. »

Hugues Ghenne, le mayeur en question, est de fait descendu sur le terrain, mardi. Il rappelle que le collège communal a décidé de lancer une étude globale sur la problématique des inondations, histoire de pouvoir les prévenir et les gérer. L’ensemble des aspects y seront pris en compte par des experts : curage des rivières, bassins d’orage, coulants d’eau, perméabilité des sols, gestion agricole, construction de maisons en hauteur, lotissements équipés, plantation de haies ou d’arbres, égouttage, chemin de remembrement…

En attendant, Hugues Ghenne a réagi à l’urgence : « Je vais prendre des arrêtés de police pour contraindre Région wallonne et Province à curer les cours d’eau dont elles ont la charge. Idem avec les agriculteurs qui devront accepter de suivre quelques bonnes pratiques. »

Reste à voir si cela permettra aux personnes sinistrées de retrouver un peu de quiétude. A l’heure actuelle, le stress et l’angoisse sont plutôt de mise. Nombreux sont ceux qui ne dorment plus tranquilles. Sans parler des vacances postposées aux calendes grecques. « Nous comptions partir quinze jours à la mer, fin de cette semaine, raconte Jean Troonen, un Noduwézien. Mais nous n’osons plus. C’est la psychose. »

Tournai La foudre frappe un home

Devant les ruines encore fumantes du home pour personnes handicapées de Bruyelle, les voisins sont médusés. « Là, on n’est pas passé loin de la catastrophe », confie Monique, son caniche encore tremblant dans les bras. Ce mardi matin, la boule de feu qui s’est abattue sur l’établissement « Au détour du possible », qui héberge habituellement 35 personnes handicapées physiques et mentales, a immédiatement embrasé les 200 m2 de bâtiment de plain-pied. À voir les dégâts – le home devra être rasé – on peut aisément imaginer la catastrophe humaine si les pensionnaires se trouvaient à l’intérieur. « Il n’y avait personne, rassure le bourgmestre d’Antoing, Bernard Bauwens. Tous les pensionnaires étaient en camp de vacances et devaient rentrer ce mardi matin. C’est une chance inouïe car l’importance du sinistre couplée à la difficulté pour beaucoup d’entre eux à se déplacer auraient causé des pertes humaines. » La foudre et l’incendie qui s’en est suivi ont causé beaucoup de soucis aux pompiers d’Antoing qui étaient une trentaine sur les lieux. La ministre de l’Action sociale, Eliane Tillieux, a précisé que les pensionnaires seraient pris en charge par « Le Saulchoir », un autre centre d’accueil situé à Kain. Une aide administrative sera proposée aux gestionnaires.

Mons Le feu ravage le toit des Ursulines

Un énorme coup de tonnerre, à 00 h 58… et la foudre s’est abattue sur le clocheton de l’institut libre des Ursulines, boulevard Kennedy à Mons, dans la périphérie immédiate du centre historique du chef-lieu.

La toiture de l’école, côté droit du clocheton qui surplombe une rotonde, s’est immédiatement embrasée. Les pompiers de Mons n’ont rien pu faire pour sauver ce qui se trouvait sous les combles : un ancien labo de photo, un local de technologie et un local d’expression. Les hommes du feu ont fait appel à leurs collègues de Quiévrain et de St-Ghislain, pour contenir des flammes avant qu’elles ne dévorent la toiture à gauche du clocheton. De ce côté, le grenier a toutefois subi quelques dégâts, mais le reste de cette aile gauche semble intact.

Les deux directrices étaient sur place d’emblée, rassurant dans le parc, des élèves informés la plupart du temps par Facebook, et venus contempler le sinistre, souvent choqués.

Dégâts des eaux

Outre la toiture de l’aile de droite, un local abritant des archives d’examens d’années scolaires précédentes a été détruit. Sous ce qui était le cinquième niveau de la construction, tous les étages ont subi d’importants dégâts des eaux. Des experts évalueront au plus vite la stabilité de cette aile. Objectif des directrices : permettre l’organisation des examens de passage, puis de la rentrée des classes, le 5 septembre.

Dans la région de Mons, ce sont des trombes d’eau rarement vues qui se sont abattues dans la nuit de lundi à mardi, quelques jours après le coup de vent qui avait emporté la toiture du théâtre royal.

Bruxelles Des voiries noyées en un éclair

Mardi noir pour la capitale. Au propre comme au figuré puisque c’est un ciel de plomb qui a chapeauté Bruxelles en début de matinée avant que des trombes d’eau ne s’abattent sur la ville. Déjà frappées jeudi dernier par les orages, de nombreuses communes ont à nouveau été transformées en pataugeoires. Ce fut le cas notamment à Uccle où, de l’avenue De Fré à Brugmann en passant par la plaine du Bourdon, des torrents d’eau ont englouti voiries et autres rez-de-chaussée d’habitations, les flots montant par endroits à plus de 1 m 50. Au total, les pompiers ont enregistré un millier d’appels à l’aide.

Sur les routes, de nombreux tunnels ont été fermés à la circulation, les trois quarts de la Petite ceinture ont été inaccessibles en matinée. Les bassins d’orage ont, eux, tourné à plein régime, avec un taux de remplissage exceptionnel du côté de Flagey (100 %), à Ixelles. Le musée Magritte a été fermé mardi pour la journée, de l’eau s’étant infiltrée dans le bâtiment de la place Royale. Aucune œuvre n’a été endommagée.

Du côté des transports en commun, le bilan est moins lourd que la semaine dernière, pour le réseau souterrain en tout cas. Il a fallu racler dans nombre de stations mais le trafic n’a pas été perturbé. Les lignes de tram ont été ralenties mais toutes desservies, à l’exception du 44, entre les Quatre-Bras et Tervuren, et le 94 entre Marie-José et le Musée du tram. En cause, des chutes d’arbres ou de branches sur le réseau.

Thalys : dix heures pour faire Paris-Bruxelles

Parti à 6 h 01 de Paris-Nord, Roger Tedman devait rejoindre la gare de Bruxelles-Midi à 7 h 23. Après moult péripéties, il est arrivé à 16 heures à Bruxelles. Dix heures de voyage ! Un comble pour cet homme d’affaires habitant dans le sud de la France qui est consultant à la SNCB.Premier incident près de Lille : une rupture de caténaire en raison d’un violent orage. « Le train a dû prendre une déviation par Arras sur une ligne classique, raconte Roger Tedman (photo), et a rejoint la gare de Lille Flandres. Il a ensuite reculé pour prendre la ligne à grande vitesse Lille-Bruxelles-Midi. »

Mais les voyageurs de ce TGV devenu tortillard ne sont pas au bout de leurs peines. Vers 10 h, on annonce une panne d’électricité sur la ligne. « Nous sommes restés 4 h 30 à l’arrêt. On a vu deux locomotives qui passaient, elles devaient remorquer notre train. Vers 13 h 50, on a commencé à bouger, et puis stop, et puis ça bouge… et ça s’arrête. Ensuite, on recule et on change de voie. Vingt-cinq minutes plus tard, nous étions à Bruxelles. »

Et l’ambiance ? Des passagers au bord de la crise de nerfs ? « Non. Je voyage en première classe, là, on ne parle pas ! J’ai lu, travaillé sur l’ordinateur… après 2 h, la batterie était plate. On a reçu un petit-déjeuner et à midi, des sandwichs qui restaient. » Le plus râlant : « J’ai perdu un jour de salaire. »

PLIC PLOC

Des dégâts dans tout le pays

Trains. la circulation a été perturbée sur l’ensemble du réseau ferroviaire et dans plusieurs gares comme celles d’Ath, Namur, Gand et Anvers.

Aéroport. L’ensemble des activités de l’aéroport de Bruxelles-National ont été suspendues pendant une trentaine de minutes mardi matin. Plus aucun avion n’a pu décoller ou atterrir en raison des risques liés à la foudre et à l’aquaplanage.

Charleroi. L’orage a eu raison du serveur électronique du Forem à Charleroi. Son site internet est resté inaccessible toute la journée. Toute la téléphonie des bureaux de Charleroi a aussi été mise hors service.

Anvers. La foudre a creusé un cratère sur une ancienne plate-forme d’hélicoptère à l’aéroport d’Anvers. L’éclairage des pistes a été coupé un moment tout comme le système d’atterrissage aux instruments. Par chance, aucun avion n’atterrissait ou ne décollait à ce moment.

Herent. Une crèche a dû être évacuée parce que les eaux avaient envahi le bâtiment entraînant une panne d’électricité. Les parents ont dû venir rechercher leurs enfants.

Thuin. Les pompiers ont dû intervenir pour un dancing frappé par la foudre. Toute la toiture est partie en fumée.

Magritte. Le musée Magritte à Bruxelles a été fermé toute la journée. De l’eau s’était infiltrée mais aucune œuvre n’a été endommagée.

Les pratiques agricoles en cause. Pour Inter-Environnement Wallonie, la répétition des coulées de boue trouve son origine dans l’évolution des pratiques agricoles. L’abandon de l’élevage a eu pour conséquences le labour des prairies qui formaient une ceinture verte autour des villages, affirme l’IEW qui plaide pour l’interdiction de la culture sur des parcelles à risque.

La fédération wallonne de l’agriculture réplique en pointant d’autres causes comme les voiries et les constructions en zone inondable. La Fédération reconnaît que le labour des champs a pu contribuer à l’érosion des sols. (b)

DE SCHRIJVER,MARIE,DERMINE,MELODY,MARECHAL,GISELE,DURIEUX, SANDRA,HERENS,GEOFFROY,SOUMOIS,FREDERIC,BELGA,LEPRINCE,PATRICE
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