La liberté retrouvée de DSK

Affaire DSK Le Procureur a abandonné toutes les charges

Accompagné par son épouse, Anne Sinclair, Dominique Strauss-Kahn a quitté libre le tribunal de New York. © AP.

New York

de notre correspondant

Le retour à la raison et le triomphe de la justice ? Ou son échec le plus patent et, au-delà, une débâcle de la promesse américaine d’une égalité de traitement pour tous ? A quelques minutes d’intervalle, les deux thèses ont été défendues avec la même vigueur, et la même conviction apparente, sur un trottoir de Manhattan, transformé encore une fois en agora planétaire. Au terme de plus de trois mois de quasi-hystérie, les charges retenues contre Dominique Strauss-Kahn ont été levées, du moins dans le volet pénal. C’était conforme aux attentes. Mais cela donne à cette affaire un goût d’inachevé.

Comment le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, est-il arrivé à la décision sans précédent de renoncer à poursuivre l’inculpation contre l’ancien patron du FMI ? Cette décision, il l’avait développée dans un document de 25 pages remis au tribunal pénal de New York. Mardi, il n’a fallu que quelques minutes au juge Michael Obus pour accepter son argumentation. Il pouvait difficilement faire autrement. Mais l’essentiel n’était pas là : écrit dans un langage dénué de tout jargon juridique, entrant dans les détails les plus crus, le document visait surtout à prouver la bonne foi du procureur devant l’opinion publique. « L’objectif du procureur n’est pas de gagner une cause mais de rendre la justice », rappelle-t-il. Alors que Nafissatou Diallo n’a cessé de multiplier les versions contradictoires sur son propre passé et sur le déroulement des faits, le bureau du procureur avait perdu la foi. Il n’aurait pas défendu « la cause de la justice » en continuant à soutenir malgré tout la plaignante.

Cette décision, qui libère DSK de toute charge, a aussi un peu libéré sa parole, retenue depuis plus de trois mois : de retour devant la luxueuse maison qu’il a louée à Manhattan, le socialiste français évoquait « la fin d’une épreuve terrible et injuste ».

A la sortie du tribunal, les avocats de DSK s’étaient eux aussi montrés plus diserts qu’à l’accoutumée. Saluant « la classe extraordinaire » de leur client, évoquant « l’horrible cauchemar » qu’il avait traversé, les avocats ont surtout rendu un hommage appuyé à un procureur Vance qu’ils ont qualifié de « courageux ». Reprenant un terme qui fait florès aux Etats-Unis lors de tout aveu de relation extra-conjugale, ils ont suggéré que leur client avait bien eu « un comportement inapproprié » avec la femme de ménage. Mais cela « n’en fait pas un crime », estimaient-ils en se félicitant du fait que la justice ait pu mettre fin à « l’emballement collectif » qui avait déjà proclamé leur client coupable.

Ce « triomphe de la justice » a conduit pourtant Kenneth Thompson, l’avocat de la plaignante à s’étrangler d’indignation. « Que ce serait-il passé si l’accusé venait du sud du Bronx ? Ou s’il était un plombier de Brooklyn ? Vous pensez que le procureur aurait agi de la même manière ? Qu’il aurait écarté ainsi des preuves irréfutables ? », interrogeait-il. Le procureur « a abandonné une femme innocente et nié son droit à la justice dans un cas de viol », tempêtait-il.

De fait, le bureau du procureur reconnaît bien que les traces de sperme de DSK ont été trouvées sur les habits de la victime, confirmant pour la première fois officiellement l’existence d’un rapport sexuel. Le document détaille aussi les minutes de la rencontre. Le comportement « inapproprié » de l’ex-chef du FMI a duré, en tout, « entre 7 et 9 minutes », reconnaît le procureur. « Vous croyez vraiment que (Nafissatou Diallo) a pu avoir un rapport sexuel consenti en une question de minutes, avec un homme qu’elle n’avait jamais vu auparavant et alors qu’elle était entrée dans la chambre en pensant qu’elle était vide ? », a tonné l’avocat.

Les inconsistances consignées dans le dossier du procureur ont pourtant réduit à néant cette question. La femme de ménage a donné pas moins de trois versions différentes des événements qui se sont déroulés dans la chambre du Sofitel et sur ses suites immédiates. Bien plus : à chaque fois, elle niait avoir prononcé la version précédente, enregistrée et effectuée devant témoins. Surtout, avant d’admettre que c’était un mensonge, la femme avait raconté comment elle avait été victime d’un viol collectif en Guinée. Avec un tel luxe de détails, notent les procureurs, que rien ne pouvait garantir qu’elle n’était pas en train de mentir à nouveau.

« Nous allons rester à ses côtés jusqu’à la toute fin », s’emportait l’avocat Kenneth Thompson. Sa tentative de faire nommer un autre procureur à la place de Cyrus Vance et de recommencer tout le processus dès le début a été rejetée d’un revers de main par le juge puis, aussitôt après, par l’organe de recours. DSK récupérera donc son passeport ce mercredi, le séisme sur la côte Est ayant entraîné la fermeture des services judiciaires mardi à New York. Ne reste pour la plaignante que la perspective de la procédure civile. Les jurés du Bronx où se jugera l’affaire se montreront sans doute moins regardants sur ces questions que le procureur de Manhattan.

LEMA,LUIS
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