Les USA unis dans l’émotion

États-Unis : Le « son du silence » retentit à Manhattan

Une émotion palpable régnait ce dimanche au lieu-dit « Ground Zero » à New York, où les attentats du 11 septembre 2001 contre les « Twin Towers » étaient commémorés en présence de Barack Obama et de son prédécesseur George W. Bush, en poste au moment des faits. © EPA

NEW YORK

DE NOTRE ENVOYÉ PERMANENT

Pouvoir fixer des yeux une marque concrète. Passer les doigts sur les cavités où est inscrit le nom de l’être aimé. Se recueillir et pleurer. Il a fallu attendre dix ans aux proches des victimes des attentats du 11 Septembre pour pouvoir effectuer ces simples gestes de deuil. Pour la première fois, les commémorations des attaques contre les tours jumelles de New York se sont déroulées dans un mémorial tout juste achevé, que les ouvriers venaient de quitter à peine quelques heures plus tôt. Il y a une décennie, le 11 septembre 2001 marquait l’ouverture d’une nouvelle ère. Ce jour-là, quelque 3.000 personnes s’étaient littéralement évanouies en poussière. Depuis ce dimanche, c’est comme si elles retrouvaient une certaine présence.

Munies chacune d’un plan du mémorial, les familles des victimes ont entouré les deux bassins tracés sur la base des anciennes tours, et sur les rebords desquels l’eau s’écoule avant de s’engouffrer dans un puits qui semble sans fond. Voulant symboliser tout à la fois la détresse et l’espoir, le mémorial a grandement contribué dimanche à ajouter encore à la gravité de cette cérémonie qui s’est déroulée pour la première fois ailleurs que sur un chantier.

Pour la première fois également, ce sont 334 proches des victimes qui, deux par deux, ont lu la liste des personnes décédées par ordre alphabétique, terminant par un court message personnel envers leur père, leur fils, leur frère ou leur sœur disparu ce jour-là. Dans une volonté supplémentaire d’unité, les noms des victimes des autres avions détournés le 11 septembre 2001 ont aussi été aussi mentionnés, ainsi que ceux du premier attentat contre le World Trade Center, en 1993.

Allusion politique prohibée

Jouant le maître de cérémonies, le maire de New York Michael Bloomberg avait expressément interdit aux orateurs toute allusion politique dans leur discours. Barack Obama et son prédécesseur George W. Bush ont obéi aux consignes, le premier lisant un passage de la Bible tandis que le second évoquait une lettre adressée par Abraham Lincoln à une femme qui avait perdu cinq fils dans la guerre civile américaine. Les deux présidents ne s’étaient pas parlé depuis le jour où Barack Obama a informé Bush de la mort d’Oussama ben Laden, en mai dernier.

Les responsables de l’époque, dont le maire Rudolph Giuliani qui s’était transformé ce jour-là en « maire de l’Amérique », ainsi que les autorités actuelles, étaient tous présents. « Dix ans ont passé depuis qu’un ciel parfaitement bleu s’est converti en la plus noire des nuits », commentait pour sa part Michael Bloomberg, qui a inlassablement œuvré ces derniers mois pour que les intérêts politiques et financiers divergents n’empêchent pas les travaux d’être terminés à temps. « Depuis lors, poursuivait-il, nous avons vécu dans la lumière du soleil et dans l’ombre. »

Comme s’il s’agissait de rappeler que cette ombre n’est pas définitivement levée, toute la ville de New York a été transformée en camp retranché autour de Ground Zero. Répondant à des menaces d’attentat qui ont été jugées crédibles et qui faisaient état de la possible présence d’un camion piégé, les forces de sécurité s’étaient postées un peu partout, renouant un peu avec l’atmosphère de guerre qui avait régné à la suite des attentats. Entre-temps, la menace terroriste a pris d’autres formes. C’est en se préparant à une éventuelle série d’attaques sur le mode de celles qui avaient ensanglanté il y a deux ans la ville de Bombay que des unités mobiles d’intervention ont quadrillé New York tout le week-end, tandis que des contrôles très sévères s’effectuaient à l’entrée des tunnels et des ponts en direction de la ville.

Devenu pour une journée le lieu le plus sûr des Etats-Unis, le nouveau mémorial du World Trade Center s’est figé six fois dans une minute de silence pour remémorer l’instant précis de l’impact des quatre avions ainsi que l’écroulement de chacune des deux tours jumelles. Chanté par Paul Simon, son Sounds of silence aura rarement résonné de manière si poignante.

Pour être censées signifier l’unité de toute une nation, les cérémonies de dimanche n’en ont pas moins suscité d’intenses polémiques. Alors que le Mémorial du 11 Septembre devrait être ouvert au public à partir de ce lundi, les entrées ont été implacablement limitées aux proches des victimes le jour de la commémoration. Une manière, sans doute, d’éviter que la scène puisse perdre de sa gravité en cas d’afflux populaire trop massif, mais aussi un élément qui rappelle combien les associations représentant les victimes des attentats disposent aujourd’hui d’un droit de regard incontesté sur tout ce qui a trait à ce type de cérémonies. Même les membres des équipes de sauvetage n’ont pu accéder dimanche au périmètre verrouillé. Il y a dix ans, ils avaient été les premiers à accourir sur place, passant parfois des semaines à chercher dans les décombres les corps des victimes ou d’éventuels survivants.

pendant ce temps…

Attentat-suicide en Afghanistan

Au moins deux civils afghans, dont une fillette de trois ans, ont été tués et 77 soldats américains ont été blessés samedi soir dans un attentat-suicide commis contre la base de Sayed Abad dans la province de Wardak (est de l’Afghanistan). Cet attentat, revendiqué par les talibans en cette veille du 10e anniversaire du 11 Septembre, a vu un camion piégé chargé de bois exploser à l’entrée du poste avancé. (ap)

Arrestation à Stockholm

Quatre personnes soupçonnées de préparer un attentat terroriste ont été arrêtées samedi soir à Göteborg (sud-ouest) peu avant l’évacuation par la police d’un bâtiment où se déroulait l’inauguration de la Biennale des arts contemporains de cette ville. Aucun détail n’a été fourni par la police, ni sur l’identité des quatre personnes arrêtées, ni sur l’attentat projeté, ni sur les circonstances des arrestations. Selon les organisateurs de la Biennale, quelque 300 à 400 personnes ont été évacuées samedi vers minuit du bâtiment, une vieille bâtisse en brique rouge, couverte de tags, dans un secteur isolé de la ville, à proximité du pont d’Älvsborg, à l’entrée du port de Göteborg. (afp)

Hommage à l’Otan

Une brève cérémonie commémorative à la mémoire des victimes des attentats du 11 Septembre 2001 a eu lieu dimanche après-midi au siège bruxellois de l’Otan. Le secrétaire général, le Danois Anders Fogh Rasmussen, a rendu hommage aux familles des victimes et a clairement dissocié les actes de terrorisme et la religion. Les attaques meurtrières d’il y a dix ans ont eu des conséquences sur l’Otan : elle avait, pour la première fois de son histoire, invoqué l’article 5 de son traité fondateur, qui stipule qu’une attaque contre un membre doit être considérée comme une attaque contre tous les alliés. L’Alliance atlantique est également présente en Afghanistan depuis 2006, aux commandes de la force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf), engagée dans une lutte contre les talibans qui a démarré après les attentats de New York et Washington. (b)

Célébration à Bruxelles

Une célébration pour la paix multiconfessionnelle a rassemblé dimanche en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles un millier de personnes (dont le prince Philippe et la princesse Mathilde) à l’initiative de l’ambassade US.

LEMA,LUIS
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