Le feu embrase le débat nucléaire

France Un mort et quatre blessés lors d’une explosion sur un site de retraitement

L'incident survenu à la centrale de Marcoule risque fort de ramener le débat sur le nucléaire parmi les grands sujets de la campagne électorale à venir © EPA/GUILLAUME HORCAJUELO

PARIS

De notre envoyée permanente

Officiellement, il ne s’agit pas d’une catastrophe nucléaire, plutôt d’un regrettable mais banal accident industriel. L’explosion qui s’est produite lundi midi dans une usine de retraitement de déchets nucléaires faiblement radioactifs près de Marcoule, dans le Gard, s’est soldée par un lourd bilan humain : un mort et quatre blessés, dont un grièvement atteint. Mais si le gouvernement se dit touché par la gravité de l’accident, il n’y aurait pas pour autant de quoi raviver le débat, déjà très vif en France, sur l’avenir du nucléaire. « La délectation jubilatoire de certains est malsaine », s’est emporté le ministre de l’Industrie Eric Besson sur son compte Twitter. Avis à ceux qui voudraient exploiter l’événement à des fins politiques…

Accident électrique ? Chimique ? Mystère. En fin de matinée, toujours est-il que le four d’une infrastructure servant notamment à incinérer des gants, des bottes et des déchets métalliques, a brutalement explosé. Une heure plus tard, l’incendie était maîtrisé et, à 16 heures, toutes les mesures de sécurité étaient levées. Tout l’après-midi, la communication s’est voulue rassurante. Aucune émanation radioactive ne s’est dégagée de l’enceinte, il n’y a eu aucun rejet dans l’environnement, personne n’a été évacué et aucune mesure de confinement n’a été imposée même si certaines écoles ont pris les devants, de leur propre initiative, répétaient à l’envi les officiels. « Les balises n’ont rien détecté d’anormal et le monitoring est rassurant », a même résumé la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’est tout de même rendue sur place.

C’est que six mois après la catastrophe de Fukushima, le sujet est ultrasensible en France, où plus des trois quarts de l’électricité du pays provient des 58 réacteurs. La transparence est-elle vraiment de mise ? Le soupçon n’est jamais loin. Coïncidence : il y a quelques jours à peine, l’hypothèse d’un procès visant les éventuelles conséquences françaises du passage du nuage de Tchernobyl et les mensonges proférés à l’époque par les autorités a été écartée par la justice…

Dès l’annonce de l’accident, les associations écologistes se sont activées sur la toile pour dénoncer une nouvelle fois les dangers de l’atome. Mais c’est surtout sur le plan politique que l’accident, fût-il « dramatiquement banal », risque d’avoir des conséquences.

Pour le gouvernement, pas question de renoncer à la filière atomique. Seule l’amélioration de la sécurité des installations fait partie des priorités. Mais à gauche, le sujet divise. Et pas seulement chez les Verts, où l’éviction brutale de Nicolas Hulot n’est pas totalement étrangère à la « mollesse » que les plus orthodoxes lui reprochaient sur ce dossier. Eva Joly campe désormais en antinucléaire farouche. « L’heure est venue d’en sortir », a d’ailleurs immédiatement réagi hier la candidate à la présidentielle en répétant que des « alternatives existent ».

C’est au parti socialiste que l’atome provoque plus de fission que de fusion… Il y a quelques mois encore, François Hollande jugeait que « la sortie du nucléaire ne serait ni économiquement sérieuse, ni écologiquement protectrice, ni socialement rassurante ». Le favori de la primaire a légèrement évolué. « La sortie du nucléaire est nécessaire à long terme, mais elle doit se faire dans le respect de notre appareil industriel », a-t-il concédé lundi après l’accident, tout en demandant surtout que toutes les infrastructures nucléaires – et pas seulement les centrales – fassent l’objet d’un audit de sûreté.

Martine Aubry, en revanche, avait déjà surpris en se prononçant pour une sortie à terme du « tout au nucléaire ». Certes, pas question pour la maire de Lille d’aller aussi loin que la chancelière allemande Angela Merkel qui, dès la catastrophe de Fukushima, s’était prononcée pour l’arrêt de l’atome. Mais Martine Aubry envisage un désengagement progressif d’ici une trentaine d’années. Un positionnement qui lui permet de se rapprocher de ses alliés Verts. Et de marquer des points dans la primaire ? Toujours distancée dans les sondages, Martine Aubry espère bien inverser la tendance lors du vote des sympathisants les 9 et 16 octobre.

EN BELGIQUE

L’AFCN suit la situation « de très près »

L’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) continue de suivre la situation en France « de très près » à la suite de l’explosion, lundi matin, d’un four sur le site nucléaire de Marcoule, dans un centre de traitement de déchets d’une filiale d’EDF. Dans les heures qui ont suivi l’incident, l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN) a confirmé à l’AFCN qu’une explosion s’était produite dans « un four servant à recycler des déchets faiblement radioactifs » sur le site nucléaire de Marcoule. « Il n’est pas question de fuite radioactive et il n’y a dès lors aucun risque pour la santé publique », a rapidement précisé Karina De Beule, de l’AFCN. (b)

MESKENS,JOELLE,BELGA
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