On croit rêver… Un compromis sur BHV !

BHV scindé ?

© BELGA /BENOIT DOPPAGNE

Récit

La Belgique se réveille, mercredi, au bord du chaos. Dramatique. Et elle s’endort sous le signe d’un compromis sur BHV… Historique. Même s’il faut se garder de toute euphorie car : « Tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien. » Or, il faudra s’entendre aussi, dans les prochains jours, sur la loi de financement (des milliards en jeu, et la solidarité Nord-Sud à l’épreuve) ainsi que sur les transferts de compétences avant de pouvoir prétendre tenir un vrai grand accord sur la réforme de l’Etat. Et de pouvoir entamer la seconde phase des négociations, celle visant à former un gouvernement de plein exercice – un an et demi après le scrutin du 13 juin 2010 !

Le chemin est long, mais quel bond en 24 heures ! On revient de nulle part. Mercredi matin, on ne donnait plus cher des chances du formateur, ni du pays. « Y a-t-il encore assez de monde attaché à la Belgique ? », s’interroge, au micro de Matin Première, Olivier Deleuze. Le vert francophone évoque le désamour national. Juste. Il touche. Et, toujours sur les ondes, le constitutionnaliste Christian Behrendt disserte, lui, sur le risque de filer vers des élections anticipées qui pourraient être « les dernières pour le pays » ! Le citoyen réveillé apprend, dans le même temps, que le Premier en affaires courantes, Yves Leterme, quittera le pays pour l’OCDE. Il est désarçonné.

Ça va mal, en effet. Quelques heures plus tôt, au cœur de la nuit, Elio Di Rupo n’était pas loin de s’avouer vaincu. « Malgré tous les efforts entrepris et une série d’avancées observées, le formateur a l’obligation de constater le blocage profond des négociations » : le SMS, envoyé à 1h 30 par la porte-parole du formateur, ponctue une journée calamiteuse. Toute l’après-midi, mardi, Elio Di Rupo avait discuté « bourgmestres de la périphérie » avec les partis flamands. Pour emporter la décision. Mais ça coince. La plupart montrent du doigt Wouter Beke, le président du CD&V, revenu sur des acquis. Ulcéré, Elio Di Rupo s’énerve : « Il ne faut pas humilier les francophones ! » Caroline Gennez (SP.A) et Alexander De Croo (VLD) tentent de ramener Wouter Beke à de meilleurs sentiments. En vain. Lorsqu’Elio Di Rupo revient devant les présidents francophones, porteur de mauvaises nouvelles, ceux-ci haussent le ton à leur tour. Charles Michel ne pipe mot, « mais – confie-t-on – tout le monde était conscient que ce que les Flamands demandaient, c’était inacceptable pour lui ; et qu’il ne faut pas lui demander la lune ! »

Quelques bilatérales plus tard, Elio Di Rupo réunit les huit pour leur dire son ras-le-bol. L’on rapporte qu’excédé, le formateur claquera la porte sur un « Bande d’irresponsables ! » bien senti.

Suivront, on l’a dit, le SMS alarmiste et le communiqué qui l’est tout autant. Le chef de cabinet du Roi est alerté. A plusieurs reprises durant les travaux, Elio Di Rupo aurait lancé : « Je vais aller présenter ma démission au Roi ! » Une phrase lâchée sous le coup de la nervosité, car Albert II – le formateur le sait – n’est pas au pays. Un souverain qui, informé de la gravité de la situation, fera savoir qu’il rentrera de Nice mercredi matin.

Quand son avion se pose à Melsbroek, après 13 heures, la dramatisation est extrême. Les télévisions font des « directs » alarmistes. Bye, bye Belgium ?

Là, tout va basculer. Les partis flamands qui négocient (CD&V, VLD, SP.A, Groen) se retrouvent au siège des chrétiens-démocrates. Ils se concertent avant de se rendre à la réunion de la « dernière chance » convoquée par le formateur, pour 14 heures. Attention, danger, front flamand ? Le contraire ! Wouter Beke, Alexander De Croo, Caroline Gennez et Wouter Van Besien rédigent une note de travail sur BHV complémentaire à celle du formateur, où ils reconsidèrent une série de points sur lesquels ils (le CD&V, en tout cas) avaient calé la veille, dont, dit-on : l’idée que l’assemblée générale du Conseil d’Etat puisse régler à l’avenir les litiges en périphérie bruxelloise ; les mécanismes de cooptation de députés à la Chambre ; certaines garanties pour les francophones dans la réforme de BHV judiciaire ; ou encore le projet de mutation du Sénat.

C’est nouveau, ça vient de sortir : un front des partis flamands formule une offre de compromis acceptable pour les francophones. Elio Di Rupo est en contact permanent avec Wouter Beke. Le vent tourne. Quand les présidents flamands reviennent, ensemble, à la Chambre pour y reprendre les discussions et soumettre leurs propositions, leurs collègues francophones sont tout ouïes. Le dialogue est relancé.

La lueur se propage au-dehors. Très vite, l’on croit savoir que l’incroyable peut advenir. Derniers arbitrages l’après-midi. Les négociateurs corrigent le texte ; le compromis est ficelé. Même si, rappel : rien n’est acquis tant qu’il n’y aura pas d’accord sur tout. A ce propos : tous ont rendez-vous ce jeudi à 14 heures : loi de financement, etc.

Peu avant minuit, Elio Di Rupo se rend chez le Roi. Il lui expose l’accord sur la scission atténuée de BHV. Les médias flamands, hier soir, parlaient, eux, de scission « pure ». Ah !, les mots.

DAVID COPPI, VÉRONIQUE LAMQUIN

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