Ces Pirates qui ont pris Berlin

Allemagne Une mouvance internationale née du numérique

Des supporters des Pirates fêtent leur score prometteur, dimanche à Berlin. © STEPHANIE PILICK/EPA.

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Ils sont potaches, rigolards, libertaires. Depuis quelques années, on les croise dans les campagnes électorales allemandes. Mais qui aurait pu penser que les Pirates emporteraient 8,9 % des voix à Berlin ? S’il faisait jusqu’ici figure de poil à gratter, ce petit parti a réussi dimanche la gageure de ramener dans les isoloirs une jeunesse fâchée avec la démocratie. 15 % des électeurs de moins de 30 ans ont voté pour lui.

Pour Jurgen Rateau, qui copréside le Parti Pirate belge, « l’exploit de nos collègues berlinois a consisté à capter un public jeune, âgé de moins de 40 ans, et habituellement abstentionniste ». Mais, « il faudra œuvrer pour concrétiser » sur le terrain le résultat du scrutin. « Nous en sommes tous conscients ».

Des partis pirates ont été lancés dans 33 pays, dont la Belgique. Le Piratenpartei Deutschland fait figure de précurseur puisqu’il est le second du genre. Il a été créé en 2006 en s’inspirant des Pirates suédois devenus depuis la troisième formation politique de leur pays. La condamnation par la justice suédoise d’un site d’échange de fichiers entre internautes – The Pirate Bay – est à l’origine de ce mouvement qui rejette tout contrôle ou censure de l’internet, prône une démocratie électronique directe, le respect de la vie privée dans la sphère professionnelle ou exige la neutralité du net.

En Allemagne, la naissance du Parti Pirate coïncide avec l’arrivée d’une législation destinée à combattre la pornographie enfantine sur le web. Le ministre de l’Intérieur Wolfgang Schäuble devient alors la tête de turc de milliers d’internautes qui lui reprochent de mettre le web sous surveillance. La ministre de la Famille de l’époque, Ursula von der Leyen, est rebaptisée « Zensorsula ». Les Pirates estiment que les politiciens traditionnels sont inadaptés à l’ère du numérique et à ses réalités. D’où leur saut vers la politique et les élections régionales, fédérales et européennes. En 2009, ils récoltent 2 % des suffrages aux élections législatives fédérales.

Il est trop tôt pour affirmer que la politique traditionnelle a du souci à se faire. Berlin est un microcosme où affluent des jeunes de toute l’Allemagne. Un terreau idéal pour les Pirates. Mais il est difficile de dissocier leur score de ce dimanche de la dégringolade accusée par les post-communistes de Die Linke et surtout de la moindre performance des Verts accusés de s’être embourgeoisés.

Difficile aussi de ne pas mettre l’exploit des Pirates allemands en regard de la nouvelle gifle encaissée à Berlin par les libéraux (FDP, 2 %), les partenaires des chrétiens-démocrates au sein de la coalition emmenée par la chancelière Angela Merkel au fédéral.

Un univers de différence

D’un côté, des idées d’apparence généreuse, susceptibles de rassembler des millions de jeunes embusqués derrière leur écran. De l’autre, un vieux parti qui a aligné ces dernières semaines des positions hostiles aux plans d’aide à la Grèce pour tenter en vain de se refaire, en un vieux réflexe électoralo-populiste. Même les néo-nazis du NPD ont fait mieux que lui avec 2,1 % des voix.

Mais les Pirates vont-ils pour autant réussir à s’ancrer durablement dans le paysage politique allemand ? La comparaison avec les Grünen (Verts) est volontiers avancée par la presse qui rappelle la success story du petit parti environnementaliste né en 1980, entré au gouvernement avec les sociaux-démocrates de Gerhard Schröder en 1998.

Les Pirates n’ont cependant aucune expérience politique. Et Berlin n’est pas l’Allemagne. Le moment est pourtant favorable, alors que la chancelière Angela Merkel est déforcée par la faiblesse de ses partenaires libéraux et qu’une recomposition du paysage politique est en cours comme le montrent également les récents scores électoraux à la hausse des sociaux-démocrates.

MARTIN,PASCAL
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