Le premier album d’un supergroupe

Musique Un projet musical autour de cinq pointures rock, soul, world et reggae

L’idée est venue de Dave Stewart, qui dit s’être inspiré des sons qu’il entendait par la fenêtre de sa résidence jamaïcaine : « J’entendais trois sound-systems à la fois qui jouaient tous des musiques différentes. J’ai toujours aimé ça, de même que les orchestres indiens. J’ai dit à Mick : “comment pourrions nous fusionner ça ?” », a-t-il expliqué à Rolling Stone.

Mais qu’est-ce qu’un « Supergroupe » ?

Le concept est né à la fin les années 60. Un « supergroupe » est un groupe formé par des musiciens issus de différentes formations renommées et qui décident de se réunir pour enregistrer ou tourner ensemble le temps d’un ou plusieurs disques.

Comme les Cream fondé en 1966 au Royaume-Uni, trois grands noms du blues et du jazz : Eric Clapton des Yarbirds, Ginger Baker et Jack Bruce du Graham Bond Organisation. En à peine deux ans d’existence, la formation marquera l’histoire du rock, anticipant la naissance du hard-rock.

Deux ans plus tard aux Etats-Unis, David Crosby (The Byrds), Stephen Stills (Buffalo Spingfield) et Graham Nash (The Hollies) se retrouvent dans le chalet de Joni Mitchell en Californie à chanter et composer ensemble : Crosby, Still & Nash est né. Il deviendra un classique de la pop, synonyme d’harmonies vocales et de guitares sèches.

Par la suite peu de « supergroupes » remporteront autant l’adhésion du public que ces deux formations. (afp)

Comment vieillir gracieusement ?

Comment vieillir gracieusement ? Telle est la question que doit se poser quotidiennement Mick Jagger, 68 ans, ci-devant chanteur du « plus grand groupe rock de tous les temps », les Rolling Stones (qui, au fait, fêteront leurs 50 ans en avril prochain). Il aurait dû prendre exemple sur son vieux complice Keith Richards qui, en publiant récemment son autobiographie (1), a montré que son amour pour la musique, sa relation charnelle avec la guitare, son sens de l’humour et sa modestie étaient intacts. Ainsi que sa mémoire, malgré ce qu’il est enfilé dans le cornet – et ça, c’est un miracle médical (comme le fait qu’il ne soit pas encore mort, contrairement aux morveux de 27 ans qui tombent comme des mouches).

Au lieu de ça, trente ans pile après son dernier vrai tube (Start Me Up, des Rolling Stones, remonte en effet à 1981, ce qui commence à faire long), Mick Jagger a concocté avec ses nouveaux superamis un superprojet qu’il espère supercommercial et qu’il a baptisé Superheavy. Un chouette nom pour un non-événement artistique d’ampleur fukushimesque. Avant de passer en revue ses complices, rappelons que Mick, dont la fortune personnelle est estimée, bon an mal an, à 300 millions de dollars, avait publié en 2001 un album catastrophique (Goddess In The Doorway) sonnant le glas d’une carrière solo qui n’avait jamais marché ; on raconte que le jour de sa sortie, malgré une campagne promotionnelle massive, il ne s’en était écoulé que 583 exemplaires dans toute l’Angleterre. Le futur Sir Mick (Elizabeth II l’a anobli deux ans plus tard) avait pourtant appelé à la rescousse le ban et l’arrière-ban de ses amis rock-stars, y compris Bono, Lenny Kravitz, Wyclef Jean, Pete Townshend des Who, Joe Perry d’Aerosmith et Rob Thomas de Matchbox Twenty. Sans effet. Alors que faire ? Mick a trouvé la formule, enfin il le croit : le supermétissage Superheavy !

Sauf que… Ça fait trente ans qu’on nous les concasse avec les « musiques métisses », une imposture dont je me suis toujours méfié, malgré ses côtés sympas (le côté « on est tous une chouette bande de copains, que l’on soit cubains, maghrébins, maliens, indiens, aborigènes, rastas ou inuits et on va mélanger nos musiques sans frontières »). Parce qu’enfin, hormis quelques initiatives d’authentiques et sincères musicologues (au hasard, Crammed Discs en Belgique, Peter Gabriel et son label Real World, David Byrne et Luaka Bop, et toute l’œuvre de Ry Cooder), qu’est-ce que la world music et le métissage nous ont offert en trois décennies, de vraiment révolutionnaire ? Le premier qui répond Yéké Yéké de Mory Kanté se prend une claque…

Avec Superheavy, on atteint le sommet du gloubiboulga métissé. Avec d’abord celui qu’on surnomme « le Mozart de Madras », A.R. Rahman ; Bollywood lui doit des centaines de bandes originales, dont celle de Slumdog Millionaire. On aurait aimé mieux entendre ses arrangements, souvent noyés dans la production pesante de Jagger et de l’ex-moitié d’Eurythmics, Dave Stewart, un garçon éminemment sympathique mais qui n’a rien produit d’excitant depuis 1990 (Jack Talking, avec les Spiritual Cowboys).

Joss Stone, elle, avait fait sensation à 16 ans en publiant The Soul Sessions (2003) en démontrant qu’elle avait plus d’âme et de coffre que toutes les Beyoncé de la terre, mais dont la carrière s’est peu à peu délitée, faute de ne pouvoir conquérir le marché américain (2) Superheavy comprend aussi le plus jeune et le moins talentueux des fils de Bob Marley, Damian. Un bô gosse, certes, avec dreads jusqu’aux fesses (il est aussi le fils de Cindy Breakspeare, Miss Monde 1976), qui n’a pas connu son père (mort avant son troisième anniversaire) et dont la carrière patinait depuis Welcome To Jamrock, un tube pseudo-dancehall navrant, en 2005.

Alors, faut tout jeter de cet album de Superheavy ? À peu près. On retiendra deux titres quasi-solo de Mick (One Day One Night et Never Gonna Change, qui a un faux air de Wild Horses des Stones), mais évitez de grâce la chanson à message I Can’t Take It No More, où Mick nous apprend que les politiciens, c’est pas des gentils. Ah oui, le clip de Miracle Worker est rigolo, surtout quand le frétillant Jagger est à l’image, en « Doctor Trick », vêtu d’un costume rose absolument pimpant.

(1) Life, éditions Robert Laffont.

(2) On lui pardonne tout pour une version renversante de « Son Of A Preacher Man », en hommage à Dusty Springfield, lors des U.K. Music Hall Of Fame en 2006 ; allez le revoir sur YouTube de notre part et essayez de retenir vos larmes, pour voir…

Super Heavy

Polydor

14 euros.

AFP
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