Les Bourses hissent le drapeau blanc

Finances Le BEL 20 est passé sous 2.000 points

Trop, c’est trop. L’accumulation de mauvaises nouvelles a eu raison de ce qui restait de confiance dans les marchés financiers, et ce jeudi, la Bourse a vécu une des pires séances de son histoire récente. En clôturant en baisse de 5,34 %, le BEL 20, l’indice phare de Bruxelles, accuse la onzième baisse la plus importante de ses 20 ans d’existence. Il a même un moment crevé le plancher des 2.000 points, ce qu’il n’avait plus fait depuis le 13 juillet 2009. Dexia (- 11,4 %), Colruyt (- 10 %), Bekaert (- 9,4 %), Ageas (- 8,8 %), KBC (- 7 %) ont été particulièrement chahutées. Ailleurs la situation n’était pas spécialement meilleure. Euronext Paris cédait 5,3 %, Amsterdam 4,4 %, Francfort 5 %, Londres 4,7 %… En France, les banques Crédit Agricole et Société générale ont cédé pas loin de 10 %. La capitulation est générale.

La morosité ne date pas d’hier. Depuis l’éclatement en 2008 de la crise des subprimes, ces crédits hypothécaires américains de mauvaise qualité, les marchés boursiers subissent des coups de boutoirs. Mais ils se sont multipliés depuis le mois de mai de cette année, lorsqu’il est apparu que l’Europe ne trouvait pas de solution pour sauver la Grèce, ou plutôt pour lui permettre de rembourser l’intégralité de sa dette. Depuis ce moment, la Bourse a baissé d’une trentaine de pour cent.

Cette crise de la dette grecque et des institutions européennes, et la menace de contagion aux autres pays fragiles de la zone euro ébranlent en effet les banques qui vont sans doute devoir prendre des pertes substantielles. Dans un rapport publié mercredi le Fonds monétaire international (FMI) estime qu’avec la crise, le risque qui pèse sur les banques européennes a augmenté de 300 milliards d’euros. Le FMI, et désormais la Commission européenne estiment que les banques les plus faibles vont devoir se recapitaliser.

Hors Europe, la situation n’est pas folichonne non plus. Les Etats-Unis sont confrontés à un gros problème d’endettement, de chômage et de crise immobilière. Et le Japon, avec une dette qui est plus du double du PIB et les conséquences du tsunami, n’est pas fringant.

Pourquoi ce mini-krach aujourd’hui ? Depuis quelques jours, cependant, la déprime s’est muée en quasi-panique : le dernier conseil des ministres européens des Finances qui s’est tenu vendredi en Pologne a témoigné de l’impuissance de l’Europe à trouver une solution à la crise grecque. On renâcle même à verser les 8 milliards d’euros dont la Grèce a besoin pour payer ses débiteurs le mois prochain. Certains ministres évoquent publiquement un défaut de paiement de l’Etat grec, une hypothèse qui devient de plus en plus probable. Du coup, la situation est quelque peu similaire à celle de 2008 où la faillite de Lehman Brothers avait jeté une suspicion générale sur les banques, qui ne voulaient plus se prêter entre elles. Aujourd’hui aussi, les investisseurs, les Américains spécialement, se méfient des banques européennes et ne veulent plus leur prêter de l’argent. Ce qui explique la décision prise par les banques centrales voici quelques jours d’ouvrir les robinets en dollars.

En outre, les dernières nouvelles de l’économie mondiale ne sont pas bonnes. Ces derniers jours, plusieurs grandes institutions, comme la Banque centrale européenne ou le Fonds monétaire international, ont revu leurs estimations de croissance à la baisse. Ce mercredi soir, la Réserve fédérale américaine a mis en place une nouvelle opération destinée à abaisser les taux américains à long terme, pour donner un peu d’oxygène à son économie, mais elle a parallèlement mis en garde contre, dit- elle, « les risques importants » qui pèsent sur la reprise économique.

Qui est touché ? Face à cette peur générale et au risque de gel, comme en 2008, du système financier mondial, les investisseurs se réfugient dans les emprunts d’Etat. Ou du moins, dans les titres d’Etat qui ne sont pas susceptibles de faire faillite. Les taux des obligations belges sont ainsi en baisse, en dessous de 3,7 % sur 10 ans. Ce qui ne s’était plus vu depuis fin novembre de l’an dernier. Mais le refuge par excellence reste les obligations allemandes, qui ne procurent plus que 1,67 % sur 10 ans !

En revanche, les actions des banques, mais aussi des groupes industriels (Nyrstar, Bekaert…) qui surfaient sur la croissance mondiale sont parmi les premières victimes de ce mini- krach. De même que les matières premières. On anticipe désormais une croissance languissante, et la demande pour le cuivre, le soja ou le pétrole devrait donc baisser. C’est donc une bonne nouvelle pour les automobilistes : les cours du pétrole ont chuté ce jeudi de 6 %, le baril passant en dessous de 81 dollars à New York. L’euro, lui, atteint son plus bas niveau depuis dix ans face au yen, alors qu’il ne faut plus que 1,34 dollar pour un euro (en juillet, il en fallait 1,44). Oui, le drapeau blanc flotte un peu partout sur les marchés.

THOMAS,PIERRE-HENRI
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