La Belgique et la France se partagent Dexia

Les marchés apprécieront-ils ? Tombé à 84 centimes, le « titre » Dexia va-t-il retrouver des couleurs ? Réponse ce lundi. Le plan de démembrement du groupe est connu, fruit de tractations intenses ce week-end entre les acteurs français et belges.

Quatre milliards. Ce plan devait encore être avalisé par les administrateurs qui continuaient, dimanche soir, à discuter à l’heure où nous mettons sous presse. Il organise le rachat de Dexia Banque Belgique (DBB) par l’Etat fédéral et de DMA, le pôle banque des communes françaises, par la France. DMA serait vendue, selon certains, 650 à 700 millions. DBB, le pôle bancaire belge, serait racheté en totalité par l’Etat fédéral (via la SFPI, son bras financier). Le prix ? 4 milliards d’euros. 3,7 milliards plus exactement, si l’on tient compte de la rétribution liée aux « garanties » apportées par l’Etat pour ce qui concerne la banque résiduelle, ou « bad bank », une rétribution qui s’élèvera à quelque 300 millions d’euros par an. Dans un deuxième temps, les trois Régions pourraient entrer au capital de la banque belge et détenir une minorité de blocage : 25 %, plus une action,

Banque résiduelle. Resterait donc dans Dexia les autres filiales à vendre et surtout une « bad bank » : un portefeuille d’une centaine de milliards d’obligations invendables sans pertes. Le sort de cette banque résiduelle était au centre des négociations entre la Belgique et la France. Yves Leterme et Didier Reynders (Premier et ministre des Finances en affaires courantes), rejoints par Elio Di Rupo (le formateur, qui se prépare à confectionner le budget de l’Etat et à… prendre les commandes d’un gouvernement de plein exercice), ont opéré à cet égard dimanche après-midi à la résidence du Lambermont, avec un bataillon d’experts.

Résultat : la « clé » de répartition des « garanties », qui pèsent 90 milliards d’euros, apportées par la Belgique, la France et le Luxembourg (les trois Etats impliqués dans le dossier) sera respectivement de 60 %, 36,5 %, et 3,5 %. Des engagements en termes de garanties qui, nous explique-t-on, correspondent aux parts détenues par chacun des Etats dans cette « banque résiduelle », ou « bad bank ».

Intéressement aux plus-values. Pour ce qui concerne plus précisément la reprise de Dexia par l’Etat fédéral (le volet belgo-belge du dossier, si l’on veut), l’accord intervenu (en comité ministériel restreint, puis en conseil des ministres) prévoit la possibilité d’un « intéressement » des actionnaires aux plus-values qui seraient réalisées par l’Etat fédéral dans l’avenir en cas de revente de Dexia. En d’autres termes : le gain réalisé alors serait partagé avec les actionnaires. D’après nos informations, cet « intéressement » serait de 100 % pour les 18 premiers mois, puis se réduirait périodiquement, de 6,25 % tous les six mois.

Quid du Holding communal ? Les Régions dans tout cela ? Et avec elles le Holding communal ? Rudy Demotte, Charles Picqué et Kris Peeters, ministres-présidents wallon, bruxellois, ont exprimé leur inquiétude ces derniers jours, et sont venus en délégation, à deux reprises, au « Seize » pour obtenir des assurances. Il nous revient que le fédéral a très modérément apprécié. Entendu, en substance : nous volons au secours de Dexia, indirectement des entités fédérées, qui sont au premier rang dans la gestion de la banque, qui n’ont pas vu venir grand-chose, et qui nous critiquent en plus…

Inutile de dire que les responsables régionaux ne voient pas les choses sous cet angle. Se réjouissant de voir l’ensemble des acteurs associés aux décisions (c’est le sens de leurs démarches ces derniers jours), ils sont inquiets, disions-nous. Pour eux, il y va, des 120 millions de « papier commercial », des obligations à court terme que les Régions ont investies dans le holding communal, et des 450 millions d’euros de garanties régionales qui couvrent certaines dettes du Holding communal vis-à-vis de Dexia. Ces 450 millions d’euros, les Régions souhaitent ne pas devoir les activer. Cela pèserait sur leur endettement, et grèverait leurs budgets.

Effet domino. Le scénario est plus sombre encore à leurs yeux : si le Holding communal devait être perçu, par les marchés, comme étant en faillite virtuelle, cela pourrait faire se mouvoir les agences de notation, qui pourraient baisser le rating des entités régionales, ce qui, en cascade, rejaillirait sur l’Etat fédéral… L’agence de notation Moody’s a d’ailleurs annoncé vendredi qu’elle surveillait la note belge… L’effet domino. Rien de tel à ce stade.

Mais l’heure est (reste) grave. Après le sauvetage de Dexia, comment sauver la banque des communes ? Yves Leterme et Didier Reynders reçoivent les responsables du Holding ce lundi matin. Certains évoquaient dimanche soir l’hypothèse d’une mise en liquidation. Mais l’Etat fédéral ne reste pas au balcon pour autant, expliquait-on encore : il rachète des actifs de la banque résiduelle dont le Holding est actionnaire ; il garantit cette banque résiduelle ; et l’intéressement aux plus-values (lire plus haut) vaut pour tous les actionnaires de Dexia, donc aussi pour le Holding communal. De surcroît, le Holding, qui a une ligne de crédit de 1 milliard environ chez Dexia, est désormais un « client » désormais de l’Etat fédéral (qui rachète Dexia).

Endettement au fédéral. Quant à l’endettement de l’Etat fédéral dans l’opération Dexia ? La rétribution liée aux garanties de l’Etat fédéral dans la banque résiduelle devrait compenser le surcroît de charge d’intérêts provoqué par l’endettement de 4 milliards d’euros. Résultat : une opération neutre financièrement, soutient-on.

THOMAS,PIERRE-HENRI,COPPI,DAVID
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