Un vote qui soulage l’Europe

Pologne Le parti du Premier ministre sortant gagne les législatives

L’issue du scrutin de ce dimanche était inscrite dans les sondages. Il n’empêche : elle était attendue avec beaucoup d’intérêt dans les milieux européens et dans les autres capitales de l’Union. Car un énorme fossé sépare, sur tout ce qui a trait à l’intégration européenne, les deux grandes formations politiques polonaises.

Une victoire du PiS, le parti ultra-conservateur Droit et Justice, dans l’opposition depuis quatre ans, aurait eu un impact négatif immédiat sur l’Union. Nationale, voire nationaliste, anti-européenne, anti-allemande – et aussi anti-russe –, la formation de Jaroslaw Kaczynski s’est appliquée, durant la campagne, à faire vibrer toutes les cordes sensibles. « Le PiS va l’emporter parce que les Polonais en ont assez de ce pouvoir arrogant face aux faibles et qui se met à genoux devant les puissants, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur », lançait voici quelques jours celui qui avait été Premier ministre de juillet 2006 à novembre 2007.

Les souvenirs de cette période hantent encore les Européens les plus convaincus. Le frère de Jaroslaw, Lech, était alors président de la République, et ils avaient entrepris en tandem – sans doute comme seuls des jumeaux savent le faire – de mettre des bâtons dans les roues de l’Europe. Il s’agissait en l’occurrence de « miner », à défaut de torpiller, le futur Traité de Lisbonne.

UE = Union soviétique

La mort de Lech dans l’accident d’avion de Smolensk, en avril 2010, a peu changé la donne en termes politiques : si elle a rendu Jaroslaw encore plus paranoïaque et encore plus anti-russe, elle ne l’a nullement pour autant rapproché de l’UE. Dans le caléidoscope du PiS, l’Union européenne ressemble toujours à l’Union soviétique, le Berlaymont affiche les contours du Kremlin, et Herman Van Rompuy le profil de Staline…

La vision du Premier ministre sortant, Donald Tusk, est tout autre. Son parti, la Plateforme civique, incarne la droite moderniste et pro-européenne. On l’a vu à l’œuvre dans les enceintes européennes depuis quatre ans : le chef du gouvernement polonais veille bien sûr aux intérêts de son pays, mais dans les limites d’usage. C’est un Européen fervent, qui défendra bec et ongles, par exemple, le maintien d’une politique européenne « de cohésion », c’est-à-dire de solidarité régionale et sociale, digne de ce nom – et donc très profitable à la Pologne.

Cette qualité de bon élève de la classe européenne est clairement apparue depuis le début de la présidence polonaise du Conseil de l’Union, le 1er juillet dernier. Sans arrogance, voire avec une certaine élégance, la Pologne s’est en effet rangée du côté de ceux qui veulent plus d’Europe. Ce fut le cas sur l’espace Schengen, mis à mal par les poussées de fièvre populistes. Et ce fut le cas sur la crise de l’euro, bien que les Polonais n’aient pas encore adopté la monnaie unique. Malgré la crise actuelle, ils continuent d’ailleurs à annoncer leur arrivée prochaine (sans plus de précisions) dans la zone euro.

Il y a douze jours, lorsque le président de la Commission européenne avait prononcé son très combatif « discours sur l’état de l’Union » devant les eurodéputés, on avait pu noter la réaction de Mikolaj Dowgielewicz, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes du gouvernement Tusk, qui l’avait écouté au nom du Conseil de l’Union. Bien des représentants de capitale auraient tiqué. Mikolaj Dowgielewicz a au contraire manifesté une certaine satisfaction face aux « saillies » de José Manuel Barroso. Y réagissant brièvement, il avait notamment dit que son pays préconisait lui aussi « davantage de méthode communautaire et moins d’intergouvernemental ».

Estimations

Coalition majoritaire

La coalition sortante, de la Plateforme civique et du parti paysan PSL, conserverait sa majorité au Parlement avec 239 sièges sur 460. La Plateforme (39,6 % des voix) obtiendrait 212 sièges, et le PSL (8,2 %) en obtiendrait 27. Le PiS ultra-conservateur a obtenu 30,1 % des voix. Le nouveau venu sur la scène politique, le mouvement de gauche anticlérical Ruch Palikota, a décroché 10 % des voix. (afp)

LABAKI,MAROUN,AFP
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