Le rendez-vous des Indignés à la planète

Ils manifestent ce samedi dans 719 villes et 71 pays. C’est en tout cas ce qu’affirme leur site 15october.net. Depuis leur naissance à Madrid le 15 mai, les Indignés n’ont cessé de monter en puissance. Au point d’étendre leur contestation à l’Europe, à l’Amérique et même à un coin d’Asie. Mais au fait, qui sont-ils et que veulent-ils, ces indignés ? La réponse est plurielle.

Les indignés « BELGES » manifesteront samedi dans les rues de Bruxelles de la gare du Nord au Cinquantenaire. Ils espèrent réunir près de 3.000 personnes. © PIRAUX.

Dans leurs rangs, on trouve des étudiants, des chômeurs, des employés. Des hommes et des femmes. Souvent jeunes. « Bobos » parfois. Une addition d’individus. Tous indignés, rarement politisés (du moins à l’origine).

Leurs revendications sont multiples elles aussi, marquées par les contextes nationaux. En Grèce, c’est la crise de la dette qui étrangle le pays. En Espagne, le chômage et l’endettement. Aux Etats-Unis, l’accroissement des inégalités et le manque d’emplois. A Bruxelles, l’Europe et ses manquements sont dans le collimateur. A chaque fois, la crise économique et financière compose le contexte où évolue ce phénomène. « Les Indignés », ce n’est pas encore un mouvement, mais déjà un label. A l’exception de la minorité qui en tire profit, tout le monde a aujourd’hui une bonne raison de dénoncer la financiarisation de l’économie et défendre la santé de la planète. Alors, sans originalité, les Indignés ?

Voire. Car par-delà ces critiques, leur contestation passe par un bras de fer pacifique avec la politique traditionnelle. L’idéalisme exigeant des Indignés réclame une « vraie » démocratie, née de la participation des citoyens et reflétant leurs attentes. Non un pouvoir confisqué par les partis et les appareils rompus, disent-ils, à faire des choix profitables à une extrême minorité. « Nous sommes 99 % », clame le groupe « Occupons Wall Street » à New York. Les requins de la finance constituent le dernier pour cent.

Mais encore ? Les soixante-huitards ont changé la société de grand-papa. Les Verts ont gréé le navire de l’écologie politique. Certains altermondialistes ont cherché à sortir de leur rôle oppositionnel. A la différence de ces mouvements, les Indignés n’ont pas inscrit pour l’instant leur démarche dans un projet concret qu’ils s’en iraient confronter aux programmes des partis. « Pas de leader, pas de porte-parole, pas de projet alternatif, détaille la politologue Sophie Heine (ULB) lorsqu’elle jauge leur organisation. Ils ont une force, celle d’être audibles par tous les citoyens. Mais c’est aussi une faiblesse, car la seule manière de durer dans le temps pour eux est justement de faire le lien avec le politique. Ce qu’ils n’ont pas fait pour l’instant. Par rapport aux altermondialistes, ils représentent à ce titre une régression. » Comme pour confirmer l’analyse, les Indignés ont refusé vendredi de débattre devant le Parlement européen. Un tel débat, affirment-ils, doit se tenir « sur toutes les places » avec « la société entière ».

Cette contestation qui refuse de mettre les mains dans le cambouis de la politique vaut parfois aux Indignés d’être qualifiés de « démagogues », de « populistes de gauche ». Plus fondamentalement, la question de leur survie est déjà posée. Pour Sophie Heine, « si leur idéal démocratique est véritable, il est probable que le lien nécessaire avec la politique se fera par le biais d’acteurs politiques ou d’intellectuels. Ce n’est qu’à ce prix qu’ils échapperont à l’essoufflement qu’a connu le mouvement altermondialiste ».

D’ici là, les Indignés seront d’autant plus guettés par la récupération qu’ils iront de succès en succès. Portés par les médias et les réseaux sociaux, ils en deviendraient presque « hype ». A Wall Street, ils ont reçu la visite de Michael Moore, Noam Chomsky, ou encore du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Même les milliardaires Georges Soros et Warren Buffet ont exprimé leur sympathie. Mais est-ce suffisant pour changer le monde ?

Avant la manif’, les Indignés s’organisent à Bruxelles

Samedi, les 600 Indignés du bâtiment universitaire de l’HUB se regrouperont à 13 h 30 au parc Elisabeth, à Koekelberg. Ils espèrent bien qu’au moins 1.500 sympathisants viendront gonfler leurs rangs. Une fois rassemblés, les manifestants prendront la direction de la gare du Nord, passeront quai du Charbonnage, place de la Bourse, place Madou, rue Belliard et rue de la Loi, pour finir au parc du Cinquantenaire.

Vendredi après-midi, tous les groupes de travail étaient en ébullition. Le comité artistique avait transformé la bibliothèque de l’HUB en atelier de confection d’affiches, de pancartes et de sculptures pour renforcer le visuel de leurs slogans. Pour ce dernier jour, beaucoup étaient venus aider les étudiants des beaux-arts ou autres créatifs affectés à cette tâche.

Le groupe des peace-keepers revoyait ses techniques pour apaiser les esprits en cas de confrontation avec les forces de police. Pendant ce temps, la brigade des clowns et le groupe de Samba répétaient leurs numéros dans le parc pour afficher leurs convictions pacifistes et inviter, sur une note festive, les citoyens à se joindre à eux.

Les derniers marcheurs sont arrivés à 17 heures, vendredi, au parc Elisabeth. Il s’agissait, en fait, d’un groupe de 16 Indignés hollandais venus à vélo. La trentaine de marcheurs allemands était, quant à elle, arrivée jeudi. Ces marches venaient s’ajouter à celles des 70 Espagnols et Français qui ont convergé sur Bruxelles, samedi dernier, après avoir réalisé un relais humain gigantesque pour parcourir les 1.700 km qui séparent Madrid de notre capitale. Les délégations anglaise, grecque et italienne ainsi que les Indignés européens et américains ayant spontanément fait le déplacement, sont donc prêts à manifester.

La jeune Niki, victime d’une bavure policière

Un groupe d’une trentaine d’Indignés menait une assemblée populaire, mercredi en fin d’après-midi, dans le hall de réception de la Tour Dexia, place Rogier. Le système bancaire et monétaire étant, à leurs yeux, la racine symbolique de problèmes structurels majeurs dans nos sociétés, ils tenaient à discuter de la nationalisation de Dexia, première banque fauchée par la crise des dettes en Europe.

La direction de la banque a prévenu les policiers de l’intrusion des Indignés en leurs locaux. Sept manifestants ont été menottés et mis au sol. Un policier en civil a alors asséné un coup de poing et un coup de pied à l’une d’entre eux, Niki, une Grecque de 18 ans qui avait fait le déplacement pour le rassemblement du 23 juillet à Madrid, puis participé à la marche espagnole vers Bruxelles.

Sonnée et marquée par les coups reçus, Niki est allée consulter le groupe des juristes des Indignés, le soir même. Olivier Stein, son avocat, a dès lors déposé une plainte. Elle s’est ensuite rendue à l’hôpital Saint-Pierre pour s’assurer qu’elle n’avait pas de fracture.

Les images de cet abus policier ont été filmées par des Indignés et diffusées sur internet et vers les médias. En réaction, les policiers de la zone Nord ont ouvert une enquête interne. Niki a fait sa déposition au commissariat d’Evere vendredi après-midi. Un procès-verbal pour coups et blessures volontaires a été dressé à l’encontre du policier. Ce dernier a été suspendu de ses fonctions pour quatre mois et interpellé, en début d’après-midi, à son domicile. Le policier, qui n’a jamais eu de problème disciplinaire en quinze années de service, a reconnu la matérialité des faits. Il a été mis à disposition du parquet.

Le commissaire Roland Thiébault, porte-parole de la zone Nord « déplore ce qui s’est passé. La police ne peut pas admettre ce type de comportement ». Niki se fait, quant à elle, la porte-parole des victimes de violence policière : « Pendant la marche, j’ai été arrêtée quatre fois de manière brutale. Cette fois était la plus violente. Mais j’ai eu la chance d’avoir été filmée. Les violences policières ont été fréquentes envers les Indignés. Je voudrais dénoncer cette hypocrisie de la police qui sait très bien comment cela se passe. Ses collègues n’ont d’ailleurs pas réagi après qu’il m’a frappée. »

Etats-Unis

Les manifestations sporadiques d’Indignés se sont multipliées depuis trois semaines à travers les Etats-Unis. Tout a été lancé le 17 septembre par le collectif « Occupons Wall Street », à New York. La vague de mobilisation des Indignés américains s’est gonflée des déçus du président Obama et des traditionnels opposants à l’élite politique et économique du pays. Les manifestants de Wall Street ont obtenu hier une petite « victoire », au moins provisoire, avec le report des opérations de nettoyage du square qu’ils occupent au cœur du quartier financier.

Chili

Depuis cinq mois, les étudiants chiliens sont mobilisés pour demander un enseignement public de qualité et gratuit – et la fin des solutions ultralibérales dans le système éducatif, dont les jeunes ont été à leurs yeux les premières victimes. Ils ont vite rejoint

le mouvement international des Indignés. Avec les syndicats, ils ont appelé hier à une grève générale pour le 19 octobre, en réaction à la répression policière des manifestations pour une réforme de l’éducation.

Royaume-Uni

Le mouvement des Indignés a démarré tardivement au Royaume-Uni. Une assemblée générale baptisée « Bloquer le pont » s’est tenue dimanche dernier sur le pont de Westminster, à Londres, attirant 400 personnes. Elle a invité tous les Indignés potentiels du pays à se mobiliser ce samedi. Le collectif « OccupyLSX » (Occupy London Stock Exchange, la bourse londonienne), l’un des acteurs du mouvement britannique des Indignés, entend s’installer aujourd’hui au cœur de la City.

Espagne

Le mouvement de contestation des Indignés est parti d’Espagne en mai. Depuis la Puerta del Sol, à Madrid, les jeunes Espagnols ont exprimé leur exaspération face à la crise économique et au chômage, qui touche près de la moitié des 25 ans dans le pays. Symbole de la crise en Espagne depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008 et l’explosion du chômage, les

expulsions de propriétaires surendettés sont de plus en plus contestées : elles sont devenues l’une des cibles des Indignés.

Belgique

Des centaines d’Indignés européens sont arrivés à Bruxelles ces derniers jours. Ce samedi, les Indignés espèrent être 2.000 à défiler dans les rues de la capitale.

Italie

Jusqu’à 200.000 Indignés sont attendus ce samedi à Rome pour une grande manifestation, où les forces de l’ordre craignent des échauffourées avec les franges plus extrémistes du cortège. Pour cette manifestation, la totalité des syndicats, des associations étudiantes et lycéennes et les Indignés ont appelé à défiler dans les rues de la capitale. C’est dire que les revendications seront des plus diverses.

Suisse

Même la Suisse s’est réveillée ! Des occupations symboliques sont programmées ce samedi dans plusieurs villes de la Confédération. Pourquoi s’indigner en Suisse ? Réponse d’un militant suisse : « Pour résoudre un problème global, il faut une solution globale. Et, en matière de place financière, la Suisse joue un rôle essentiel dans le monde entier. »

Grèce

Depuis le mois de mai et durant tout l’été, la place Syntagma, à Athènes, a été le théâtre de grands rassemblements d’Indignés. La crise de la dette aidant, ils ont été jusqu’à 50.000 à s’y réunir et, on parie, à s’y installer. Le mouvement s’est essoufflé depuis la rentrée. Ce samedi matin, l’Adedy, le grand syndicat des fonctionnaires grecs, appelle à une manifestation place Syntagma, avant celle des Indignés, prévue pour l’après-midi.

Asie

La vague des Indignés a touché même l’Asie, où des manifestations ont eu lieu devant certains centres financiers, par exemple Manille.

MARTIN,PASCAL,DELAROUZEE, OPHELIE
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