Gilad Shalit, le héros malgré lui

Proche-Orient Le jeune soldat israélien aux mains du Hamas sera libéré ce mardi

L’UN DES RARES témoignages de la captivité de Gilad Shalit : une vidéo transmise par le Hamas en octobre 2009. © AFP

PORTRAIT

TEL-AVIV

DE NOTRE CORRESPONDANT

A priori, personne n’aurait jamais dû entendre parler de Gilad Shalit. Car ce soldat israélo-français n’avait pas vocation à devenir l’enjeu de négociations internationales qui ont duré plus de cinq ans et qui ont impliqué une bonne dizaine de présidents, des émirs, une chancelière allemande, un secrétaire général des Nations unies ainsi que le pape.

Né le 28 août 1986 à Nahariya (Haute Galilée) et domicilié à Mitzpeh Illa, un petit village pastoral composé de villas avec jardins, Gilad Shalit est en effet le prototype de l’Israélien ordinaire. Un enfant élevé dans une famille de la classe moyenne. Un élève sans histoire mais introverti qui a mené des études sans accroc avant d’être appelé à servir dans Tsahal (l’armée) à l’âge de 19 ans. A Mitzpeh Illa, la plupart des jeunes gens ont postulé dans ces nombreuses unités spéciales fleurant bon la testostérone et les actions musclées. Gilad Shalit n’a rien demandé du tout, lui. En raison de son « profil » médiocre (une note attribuée sur la base d’examens physiques et psychotechniques), il est allé là où on l’a envoyé : dans les blindés.

Affecté au 71e bataillon du 188e régiment, ce passionné de sciences et d’informatique a d’abord passé quelques mois dans le nord d’Israël avant de se retrouver dans un char « Merkava » en position devant Kerem Shalom, l’un des points de passage entre l’Etat hébreu et la bande de Gaza. C’est là que son destin a basculé à l’aube du 25 juin 2006 lorsqu’un commando palestinien composé de militants de l’Armée de l’Islam, des Comités de résistance populaire, ainsi que du Jihad islamique a attaqué la position qu’il était censé défendre. L’opération avait été soigneusement préparée. Durant plus d’un an, les Palestiniens avaient creusé au nez et à la barbe des Israéliens un tunnel de 960 mètres de long les menant à l’intérieur de l’Etat hébreu et leur permettant de prendre leurs ennemis à revers.

Pourtant, le Shabak (la Sûreté générale israélienne) et l’Aman (les Renseignements militaires) avaient prévenu l’état-major de Tsahal qu’une attaque palestinienne se déroulerait ce jour-là. Mais Gilad Shalit et ses compagnons d’infortune n’en avaient pas été informés. Deux d’entre eux, dont le commandant du char, ont alors été tués, trois autres soldats ont été blessés.

Gilad Shalit n’a pas la mentalité d’un combattant et tout porte à croire qu’il ne s’est pas beaucoup défendu. Légèrement blessé à la main et sans doute choqué, il a été traîné sur plusieurs dizaines de mètres par ses ravisseurs qui l’ont ainsi emmené dans la bande de Gaza.

Enfermé sous la garde de kamikazes prêts à se faire exploser avec lui si les Israéliens tentaient de le libérer, le caporal – promu sergent durant sa détention – a ensuite complètement disparu. Malgré les énormes efforts déployés par le Shabak, par l’Aman et par le Mossad pour le localiser.

A-t-il appris qu’Ehoud Olmert, alors Premier ministre, s’était engagé devant la Knesset à « retourner chaque pierre de Gaza » pour le retrouver ? Que des dizaines d’élus palestiniens ont été arrêtés en Cisjordanie afin de servir de monnaie d’échange ? Et que l’armée israélienne a envahi la bande de Gaza trois jours plus tard dans le cadre de l’opération « Pluie d’été » ? Le Hamas, qui venait d’acheter Shalit à ses ravisseurs afin de l’utiliser comme moyen de pression sur l’« ennemi sioniste », affirme que certains des obus israéliens tirés durant cette offensive sont tombés à côté de la cache où le tankiste était enfermé. Que celle-ci a tremblé et que son locataire a vraiment eu peur à ce moment-là.

Etant donné la politique de silence absolu imposée par ses ravisseurs, le tankiste s’est peu manifesté durant sa détention. Sauf lorsque le Hamas voulait rappeler son existence à une opinion publique israélienne qui commençait à l’oublier. Une ou deux lettres manuscrites, un enregistrement audio diffusé sur internet ainsi qu’une cassette vidéo dans laquelle il est affublé de l’uniforme vert bouteille : tels sont les signes de vie qu’il a été autorisé à donner durant 5 ans. « Sur la vidéo, il semble un peu mal à l’aise avec le texte qu’on le force à lire mais c’est l’impression qu’il donne au premier abord », affirment ses compagnons de régiment, démobilisés depuis longtemps. « C’est une apparence trompeuse car il est beaucoup plus fort qu’on le croit ».

« A la fin des études, Gilad Shalit était un garçon timoré mais fort agréable lorsqu’il se sentait en confiance. Il parlait à voix basse et envoyait des poèmes à ses rares petites amies et parfois nous nous moquions de lui », se souviennent Yaël Danaï et les autres ex-camarades d’école qui ont milité afin d’obtenir sa libération. « Comment le retrouverons-nous après 1640 jours de détention ? A l’instar de Noam et Aviva, ses parents qui ont effectué plusieurs fois le tour du monde pour attirer l’attention de la communauté internationale sur le cas de leur fils, il n’aura sans doute qu’une seule envie : retomber enfin dans cet anonymat qui lui sied si bien ».

LES PALESTINIENS

La liste des détenus à libérer

Comme prévu, l’administration pénitentiaire israélienne a publié dès samedi soir la liste du premier contingent de « détenus de sécurité » palestiniens échangés contre Gilad Shalit. Surprise : ils seront 477 et non 450 comme annoncé. En outre, on y trouve une centaine de militants du Fatah (le parti de Mahmoud Abbas au pouvoir en Cisjordanie), 9 habitants de Jérusalem-Est ainsi qu’un Druze du plateau du Golan.

S’y ajoutent six Arabes israéliens qu’une partie de leur communauté se prépare à accueillir en héros. Le « Mouvement islamique » (le pendant israélien des Frères musulmans) a d’ailleurs déjà organisé une première réunion publique géante dans le stade d’Oum-el-Fahem, son bastion. D’autres festivités se dérouleront tout au long de la semaine à venir.

Malgré les différents recours introduits devant la Cour suprême d’Israël par les associations de victimes du terrorisme, les préparatifs en vue de la libération des 477 Palestiniens ont bel et bien débuté. Les hommes ont été réunis dans une aile spéciale du camp de Ketsiot pour y subir des examens médicaux et y effectuer les démarches administratives. Dans ce cadre, ils devront signer une déclaration sur l’honneur par laquelle ils s’engagent à renoncer au terrorisme. Même procédure pour les 21 femmes, dans l’établissement de haute sécurité de Sharon, au nord de Tel-Aviv. S. D.

DUMONT,SERGE
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