Le premier vaccin antimalaria est né

Paludisme. Les résultats d’essai sur 6.000 enfants confirment son efficacité

800.000 personnes meurent chaque année de la malaria. La grande majorité d'entre eux sont des enfant © AP/Karel Prinsloo

Il aura fallu plus d’une génération pour en prouver l’efficacité sur un grand nombre de patients : mardi soir ont été dévoilés à Seattle les résultats de l’étude de phase 3 (dernière avant l’enregistrement du médicament), du premier vaccin antimalaria au monde. C’est aussi le premier vaccin à prouver chez d’aussi nombreux patients une action contre une maladie provoquée par un parasite, le Plasmodium falciparum, variété la plus mortelle du parasite du paludisme. Six mille enfants de onze pays d’Afrique, âgés de 5 à 17 mois ont reçu 3 doses du vaccin RTS, S, développé depuis 1987 par GSK Biologicals, notamment en Belgique. Après un an, le risque des enfants de souffrir d’un épisode de malaria clinique était réduit de 56 %. Celui de souffrir d’une malaria sévère l’était de 47 %. Or, la malaria peut entraîner le décès, même si des soins sont délivrés, en provoquant de fortes fièvres et frissons et en provoquant de lourds dommages au sang, au cerveau et aux reins.
Environ la moitié de la réduction du risque, c’est à la fois énorme, car les estimations font état de 230 millions de personnes atteintes par la maladie et de 800.000 décès par an dans le monde. Et faible, car de nombreux vaccinés développent quand même la maladie. « Le vrai espoir de ce type de vaccin est qu’il s’ajoute aux armes actuellement utilisées comme l’utilisation de moustiquaires autour des lits, l’emploi d’insecticides, la lutte contre les eaux stagnantes, mais aussi le diagnostic et le traitement de la maladie », explique le professeur Frédérique Jacobs, chef de service des Maladies infectieuses à l’hôpital universitaire Erasme (ULB).

Conserver l’effet dans le temps

Mais, s’il se confirme, ce renfort n’aura pas lieu avant 2015, au plus tôt. Les scientifiques attendent dans les prochains mois les résultats d’un autre essai chez des enfants vaccinés plus jeunes. Il faut surtout vérifier si l’effet se prolonge dans le temps : des premiers résultats sur 16.000 enfants montrent que la réduction du risque n’atteint plus que 35 %après 12 mois. Fin 2012, un premier enregistrement du vaccin, après que les autorités sanitaires auront pesé avantages et risques du nouveau vaccin, permettra sans doute d’en vérifier l’efficacité dans plusieurs paystests, où des millions de jeunes enfants seront vaccinés. Heureusement, aucune hausse d’événements médicaux sévères n’a été constatée par rapport à une autre vaccination. Mais le pourcentage en reste élevé : 20 % des enfants en ont souffert durant l’essai. Toutefois, les auteurs des résultats publiés mardi dans le New England journal of medecine ne les attribuent pas à la vaccination, mais au contexte sanitaire général. « Ce sont des résultats très encourageants, d’autant que nous constatons l’apparition rapide de résistance aux traitements utilisés comme la malaria et qu’aucun nouveau médicament n’est annoncé à court terme », confirme le professeur Frédérique Jacobs.

FRÉDÉRIC SOUMOIS

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