Proche-Orient Israéliens et Palestiniens pour une fois mus par le même bonheur

Journée porte de prisons ouverte

À Mitzpeh Illa Le retour au nid de l’icône vivante

À Mitzpeh Illa, la population israélienne est en liesse après le retour dans sa ville natale du soldat Gilad Shalit : des milliers de proches déploient la bannière étoilée. © MENAHEM KAHANA/AFP

reportage

Mitzpeh Illa (Israël)

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL.

Comme il est bon de te revoir ». Pour accueillir Gilad Shalit, les habitants de Mitzpeh Illa, son village de Galilée occidentale, avaient revêtu ce tee-shirt imprimé à la va-vite dès l’annonce de la conclusion d’un accord indirect entre le Hamas et Israël. Ils avaient aussi orné d’œillets blancs la petite route qui mène à la maison familiale de l’ex-otage. Sur les façades, les voisins avaient hissé le drapeau israélien et beaucoup dansaient lorsque la camionnette aux vitres teintées transportant le soldat Shalit est arrivée à bon port, ce mardi après-midi, onze heures après avoir quitté Gaza.

« C’est un moment que je ne pensais pas vivre un jour, raconte Orna Lavi, amie d’enfance. Les négociations avec le Hamas ont duré tellement longtemps que j’ai souvent cru qu’il ne reviendrait jamais. Ou alors, dans un cercueil ».

Autour de Mitzpeh Illa, des centaines de policiers tenteront pendant plusieurs semaines encore de canaliser les supporters venus déposer des dessins ou des cadeaux. Car au fil des cinq ans et quatre mois de sa détention, ce tankiste aujourd’hui âgé de 25 ans est devenu un héros national. Une icône dont le portrait a été diffusée à des millions d’exemplaires et dont l’histoire est racontée sous la forme d’un conte dans les jardins d’enfants.

Le long de la route, des centaines d’Israéliens ont campé trois jours dans leur voiture pour avoir une chance d’apercevoir le soldat. Et de lui offrir des fleurs. Des millions d’autres, scotchés à leur radio et à leur télévision, ont suivi minute par minute son retour en Israël.

« Savoir Shalit vivant est un soulagement, affirme Shimon Cohen, un policier retraité appelé à reprendre du service pour maintenir l’ordre. Mais libérer 477 terroristes dans un premier temps et 550 autres dans les semaines à venir pour le récupérer reste en travers de la gorge. Ces tueurs sont responsables de la mort de plus de 600 civils israéliens. Il est inacceptable de les voir faire le signe de la victoire devant une foule qui les accueille comme des héros à Gaza et en Cisjordanie. J’espère qu’on les “liquidera” un jour ou l’autre ».

« Un moment de communion »

Des propos partagés par de nombreux Israéliens croisés sur la route. Au cours d’une conférence de presse organisée peu après avoir accueilli Shalit sur la base aérienne de Tel Nof, le Premier ministre Netanyahou a d’ailleurs confirmé que les Palestiniens libérés qui reprendraient leurs activités terroristes seraient éliminés.

Affaibli, amaigri, tenant mal sur ses jambes et ému, Gilad Shalit a dû être soigné avant de gagner le village. En voyant sa frêle silhouette sortir de l’hélicoptère qui l’avait transporté, les journalistes israéliens qui commentaient l’événement ont eu du mal à retenir leurs larmes. « C’est un moment de communion nationale comme aucun autre pays n’en connaît, s’est exclamée Yonit Levy, la présentatrice vedette de la deuxième chaîne. Cette épreuve nous a collectivement rendus plus forts ».

À Gaza Un rare moment de liesse étreint l’enclave

À Ramallah comme à Gaza, la libération massive de détenus palestiniens a poussé la population dans la rue : « On ne croyait pas les revoir vivants. » © AHMAD GHARABLI/AFP

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Gaza (Territoires palestiniens)

Des centaines de milliers de Palestiniens ont réservé mardi, à Gaza-City, un accueil triomphal aux prisonniers libérés par Israël en échange de Gilad Shalit. Un moment de liesse populaire rare dans cette enclave, contrôlée par le Hamas depuis juin 2007. Quelques heures auparavant, le convoi transportant 296 prisonniers répartis dans huit autobus était entré par le point de passage de Rafah, à la frontière avec l’Egypte.

Au même moment, en Cisjordanie, un convoi de plusieurs autobus acheminait 117 détenus à Ramallah pour un accueil officiel par le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas. Contrairement au Hamas, l’AP, qui considère l’accord entre Israël et le Hamas comme un « camouflet » parce qu’il l’affaiblit, n’avait pas mis les petits plats dans les grands afin d’accueillir les ex-détenus. La cérémonie a duré moins de deux heures et la population n’avait pas été mobilisée. « Par la grâce de Dieu, nous verrons bientôt rentrer tous nos prisonniers », a déclaré Mahmoud Abbas, qui a évoqué les négociations en cours avec le Hamas en vue d’une union nationale.

A contrario, à Rafah, les prisonniers libérés ont été chaudement salués par des centaines de leurs proches et par des dignitaires du Hamas parmi lesquels le « Premier ministre » de Gaza Ismaïl Hanyeh. Certains anciens détenus faisaient le signe de la victoire, d’autres embrassaient le sol . « C’est une joie indescriptible de voir mes enfants, s’est exclamé Raëd Abou Lebdeh, condamné par la justice israélienne à quatre fois la perpétuité. Je suis triste que les autres ne soient pas encore sortis (il reste 4.400 « détenus de sécurité » en Israël, NDLR) mais nous les libérerons bientôt ».

A l’occasion du retour de ses « héros », le Hamas avait proclamé la journée fériée et mobilisé les élèves des écoles ainsi que les fonctionnaires. Lorsqu’ils sont arrivés à Rafah, les ex-prisonniers ont embrassé les personnes venues les accueillir. Ils ont traversé une haie d’honneur pendant que la foule leur lançait des pétales de fleurs. Leur convoi est ensuite reparti vers Gaza-City où une foule énorme de quelque 200.000 personnes l’attendait place de la Katiba.

« Nous pensions qu’ils mourraient »

« C’est un très beau jour pour nous de les voir libres parce que nous pensions qu’ils mourraient dans les prisons israéliennes », a déclaré Haj Saleh Hammouda (63 ans), venu attendre les ex-détenus sur la place pavoisée des drapeaux de toutes les organisations palestiniennes, y compris du Fatah.

A Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville annexée par Israël) où quelques détenus libérés sont également arrivés, la police israélienne avait interdit les signes rappelant le Hamas. Les familles s’étaient retrouvées près du Mont des Oliviers où elles ont attendu leurs proches durant plusieurs heures. Ceux-ci ont ensuite été entraînés dans les ruelles de la Vieille ville où certains, tel Alaa Batzan, un vieillard devenu aveugle en détention, ont été portés en triomphe.

DUMONT,SERGE,AFP

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