France. Service « people » minimum

Carla Bruni a accouché d’une fille, mais le président est resté aux affaires

Nicolas Sarkozy a fait une brève apparition, mercredi après-midi, à la clinique parisienne où devait accoucher dans la soirée son épouse. Puis il est parti en Allemagne. Il n’est revenu à la clinique que vers 23 heures, après la naissance de sa fille. Un président « sérieux ». © AP.

PARIS

De notre envoyée permanente

Une visite d’à peine une demi-heure à la clinique de La Muette, dans le XVIe arrondissement de Paris, avant de filer mercredi après-midi à Francfort pour y rencontrer Angela Merkel, à quelques jours du sommet de Bruxelles sur la crise de la dette. Si Nicolas Sarkozy avait voulu montrer que son bonheur privé passait après son devoir de président, il ne s’y serait pas pris autrement. Carla Bruni a ensuite accouché, hier soir, de son deuxième enfant, une fille. En l’absence du président – revenu à la clinique vers 23 heures, à son retour d’Allemagne.

L’Elysée avait déjà fait savoir qu’il n’y aurait pas la moindre photo du bébé. Tout juste le nouveau père, qui devrait être lundi soir sur TF1 et France 2, acceptera-t-il sans doute de répondre à une brève question sur l’heureux événement. Service « people » minimum.

Le président ne surjouera donc pas la séquence « dragées ». Pas plus que le couple n’avait médiatisé la grossesse de Carla Bruni, au début de l’année. En pleine crise économique, l’Elysée ne veut pas donner l’impression de se détourner de la gravité de sa mission. Afficher sa joie, ce serait prendre le risque de commettre une gaffe à l’égard de millions de Français qui souffrent.

Au-delà de la situation mondiale, Nicolas Sarkozy ne veut plus retomber dans les erreurs du passé. La mise en scène de sa vie privée a été partie prenante de sa conquête politique. Pour le meilleur comme pour le pire. En 2004, lorsqu’il s’empare de l’UMP, le parti créé par Jacques Chirac, le visage de son troisième fils, Louis, s’affiche alors sur des écrans géants. « Bonne chance mon papa ! », lance le bambin devant des milliers de personnes. Cette exposition de la vie intime, assumée façon Kennedy, a son revers. Lorsque sa femme Cécilia rencontre le publicitaire Richard Attias, Nicolas Sarkozy enrage de voir les photos du nouveau couple publiées dans Paris Match, à l’été 2005. Alain Genestar, qui dirige alors le magazine, est viré. Mais quand Cécilia revient, les photographes sont à nouveau les bienvenus. A l’été 2006, les caméras immortalisent les retrouvailles en pirogue en Guyane.

La politique a ses raisons avec lesquelles le cœur doit composer… Le soir du 6 mai 2007, au moment de la victoire, Cécilia se fait prier pour s’afficher avec le nouveau président. Elle a rechigné à voter. Nicolas Sarkozy se rattrapera lors de son investiture à l’Elysée. Il n’y en aura alors que pour sa famille. Les filles de Cécilia, avec ses propres fils. Une famille moderne et recomposée, sous les lambris vieillots de la république… Plus rude est la chute, quand Cécilia part pour de bon. Il divorce en octobre 2007, une première (déjà) sous la Ve république. Mais le président fraîchement élu ne résiste pas à la tentation de s’exposer à nouveau. Quand il rencontre Carla Bruni, deux mois plus tard, il laisse les photographes saisir la nouvelle idylle à Eurodisney. Un conte de fées qui doit aussi devenir un conte politique. En janvier 2008, lors de sa première grande conférence de presse en tant que président, Nicolas Sarkozy lâche cette confidence devant la presse mondiale médusée : « Avec Carla, c’est du sérieux ! »

Le couple s’expose. Il ne protège d’ailleurs pas encore le fils de Carla Bruni, Aurélien, qui apparaît sur les épaules de son nouveau beau-père, à Petra en Jordanie.

Mais les remontées du terrain sont catastrophiques. Les élus de droite racontent l’incompréhension de la frange la plus conservatrice de l’électorat sarkozyste : le président file le parfait amour avec une jolie mannequin mangeuse d’hommes alors que la France souffre. L’épisode du fils Jean ajoute au malaise. En 2009, Nicolas Sarkozy échoue à le propulser à la tête de l’Epad, qui gère le centre d’affaires de la Défense. La séquence accentue le désamour de l’opinion. Depuis, le couple a retenu la leçon. La discrétion s’impose.

Alors que la campagne présidentielle de 2012 se profile, Dominique Strauss-Kahn apparaît longtemps comme l’adversaire le plus probable. Face à lui, Nicolas Sarkozy pourrait passer pour un « pasteur méthodiste », s’amuse-t-il jusqu’au printemps dernier. Mais survient l’affaire de Manhattan. On connaît la suite. C’est François Hollande qui enfile l’habit du candidat socialiste. Un « homme normal » qui, avec sa nouvelle compagne Valérie Trierweiler, promet une « présidence normale ». Dans ce nouveau casting, le président sortant ne peut plus miser sur le contraste des deux vies privées.

A un an près, Sarkozy et Hollande ont le même âge (56 et 57 ans). Tous deux ont désormais quatre enfants. Et tous deux ont refait leur vie. La séquence « père de famille » ne jouera qu’à la marge dans le match présidentiel. Pour les spécialistes de l’opinion, le « divin enfant » ne pourrait apporter au candidat que deux ou trois points, tout au plus. Un tout petit effet rose…

naissance hier soir

Un bébé à l’Elysée : c’est une première

Comme l’était déjà le divorce et le remariage du président. Nicolas Sarkozy, 56 ans, était déjà le père de trois garçons : Pierre (26 ans), DJ et producteur de rap mieux connu sous le nom de Mosey, Jean (25 ans), vice-président du conseil général des Hauts de Seine, nés de son premier mariage avec Marie-Dominique Culioli, et Louis, 14 ans, né de son union avec Cécilia Albéniz Ciganer. Nicolas Sarkozy est également grand-père d’un petit Solal, fils de Jean et Jessica Sarkozy, âgé d’un an et demi.

Carla Bruni, 43 ans, avait déjà de son côté un premier enfant : Aurélien (10 ans), dont le père est le philosophe Raphaël Enthoven.

MESKENS,JOELLE
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