Un séisme cause entre 500 et 1.000 morts

Turquie 70 corps retrouvés les premières heures, et bien d’autres décès probables

quarante-cinq bâtiments se sont effondrés dans la seule province de Van, et le bilan final pourrait se monter à mille tués. © AP

ISTANBUL

De notre correspondante

Les victimes du tremblement de terre ont passé leur première nuit dans le froid, sur des matelas posés à même le sol, dans les rues. Il était 13 h 41 hier dimanche lorsque la région de Van, située dans l’est de la Turquie, a été frappée par une secousse de 7,2 sur l’échelle ouverte de Richter. Ressentie jusque dans le nord de l’Irak, cette secousse de 25 secondes a engendré des scènes de panique, avec des milliers de personnes envahissant les rues, enveloppées par la poussière des décombres, alors que les sirènes des ambulances perçaient le silence.

Dimanche soir, 70 premiers corps avaient été retirés des décombres mais vu le nombre de bâtiments qui se sont effondrés, ce bilan pourrait approcher le millier de mort, estime l’observatoire sismique de Kandilli. Dans la ville la plus touchée, Ercis (75.000 habitants), une trentaine d’immeubles se sont effondrés dont un dortoir d’étudiants. L’hôpital public de cette localité avait accueilli dimanche soir plus d’un millier de blessés.

Les équipes de secours ont assez rapidement réagi même si de nombreuses zones restaient sans secours pour le premier soir. Le Croissant rouge a envoyé sur place des couvertures, du matériel de chauffage et plus de 1 .163 tentes pour accueillir les rescapés. A Ercis, le stade a été transformé en centre d’accueil ; à Van, deux hôpitaux de campagne ont été montés. Plus de 500 membres du personnel hospitalier et deux bataillons militaires ont aussi été dépêchés sur zone tandis qu’à Ankara, une cellule de crise a immédiatement été mise en place. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan s’est par ailleurs rendu sur place dans la soirée. Les secours et le travail des grues sont toutefois rendus très difficiles par la vaste coupure d’électricité qui a suivi les secousses. A Ercis, seuls deux générateurs fonctionnaient dimanche soir.

« Les premières 24 heures sont les plus importantes dans ce genre de situation, explique Eyup Muhcu, président de la chambre des architectes. Les premiers réflexes sont les plus importants. »

Allemagne, Grèce, Suisse, Azerbaïdjan, Etats-Unis, de nombreux pays ont proposé leur aide à la Turquie. Parmi eux se trouve aussi Israël avec qui Ankara est pourtant en délicatesse. « Nous sommes prêts à répondre à toute demande », a déclaré le ministre israélien de la Défense Ehoud Barack.

Constructions déficientes

Ce tremblement de terre (et les dizaines de secousses qui continuaient d’être ressenties dimanche soir) est le plus violent depuis celui qui frappa Istanbul et sa région en août 1999. D’une magnitude de 7.6, il fit plus de 170.000 morts. « Nous avons parcouru une distance importante depuis ce drame, expliquait hier soir, sur la chaîne de télévision CNN Turk, Ahmet Mete Isikara, de l’association Ahder spécialisée dans la prévention des catastrophes naturelles. A Istanbul par exemple, la plupart des écoles, des ponts et des bâtiments publics ont été restaurés ou reconstruits selon les normes antisismiques. Mais cela ne suffit pas. Il faut absolument modifier nos standards de construction et les appliquer sur l’ensemble du territoire. Nous ne pouvons accepter comme une fatalité le fait que nous habitions sur une zone sismique. »

Depuis le séisme de 1999, la loi a été modifiée en profondeur, imposant des mesures antisismiques pour les nouveaux bâtiments. « Le problème est l’absence de contrôle crédible, se plaint Eyup Muhcu, de la chambre des architectes. Des régions comme Van ont vu leur population quasiment tripler en vingt ans du fait de l’exode rural, et cette urbanisation s’est faite de manière sauvage. »

NERBOLLIER,DELPHINE
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