Tous avec Cristina Kirchner

Argentine. La présidente a été réélue triomphalement

Cristina Kirchner : les larmes du bonheur de la victoire après celles du deuil d’un mari parti trop tôt. © DANIEL GARCIA/AFP.

PORTRAIT

Les Argentins aiment les histoires d’amour et de politique tragiques : après avoir adulé le couple Juan Peron-Evita – « la pasionaria des pauvres » qui mourut à 33 ans en 1952 –, ils viennent de faire un triomphe à Cristina Kirchner. La présidente d’Argentine a en effet été réélue dimanche au premier tour de la présidentielle avec plus de 53 % des voix, écrasant son principal rival, Hermes Binner, qui n’a obtenu que 17 %.

Il y a un an, la popularité de la flamboyante Cristina était en berne : après trois ans à la présidence, elle avait souffert d’un long conflit avec les agriculteurs. Mais le 27 octobre 2010 mourait subitement son mari, l’ex-président Nestor Kirchner : crise cardiaque. Un drame qui a ému les Argentins et humanisé une présidente trop sophistiquée, dure, avide de pouvoir.

Mais si, au-delà de ses touchantes larmes de veuve, Cristina Kirchner est ainsi plébiscitée, c’est aussi parce qu’elle a réussi à convaincre de multiples pans de la société qu’elle était la meilleure. Les très pauvres tout d’abord. Comme son ex-collègue Lula au Brésil, elle a créé une allocation universelle par enfant qui permet aux familles les plus modestes de se nourrir et d’envoyer les enfants à l’école. Cela a permis de sortir de la misère dix millions de personnes, qui lui en sont immensément reconnaissantes.

La classe moyenne ensuite, qui avait plongé dans la pauvreté lors de la crise de 2001 : faillite de l’Etat, disparition des économies placées en banque, le coup avait été plus que rude. En quelques mois, cinq présidents s’étaient succédé, augmentant la méfiance et le mépris des Argentins pour la classe politique.

Le cinquième, Eduardo Duhalde, avait réussi à stabiliser la situation. Mais c’est Nestor Kirchner, élu en 2003, qui fera renaître le pays : taux de croissance de plus de 8 %, chute du chômage, le pays a bien remonté la pente. Et lorsqu’en 2007, Cristina gagne les élections et succède à son mari qui ne voulait pas se représenter, la « success story » continue, dopée par une hausse internationale des prix de ses principaux produits d’exportation.

La classe moyenne a donc retrouvé le goût de consommer, d’acheter à crédit. Nombreux sont aussi les patrons qui approuvent la politique kirchnériste qui les protège de la concurrence étrangère tout en leur faisant payer très peu d’impôt.

Mais, comme son mari, Cristina Kirchner est aussi adulée par les défenseurs des droits humains, et notamment les Mères et Grands-mères de la place de Mai : ils ont fait annuler les lois d’amnistie qui protégeaient les tortionnaires des années de dictature (1976-1983). De nombreux procès sont en cours dans un pays qui retrouve sa dignité et le sens des valeurs.

Une grande partie des intellectuels de gauche et des artistes ont aussi rallié le camp de la présidente : elle est progressiste et, détail important, a augmenté sensiblement les budgets alloués aux universités et à la recherche, des secteurs abandonnés pendant des décennies.

Longtemps, beaucoup ont cru que Cristina était la jolie marionnette de son mari. Grossière erreur : les Kirchner formaient un couple très égalitaire et, avant l’élection de Nestor, elle était plus connue que lui. C’est elle qui a écrit le discours d’investiture de Nestor en 2003. Et, ayant dompté le très puissant appareil du parti péroniste, elle continue à dicter l’agenda politique, seul maître à bord, refusant par exemple toute interview, tout débat. Rarement l’expression « main de fer (manucurée) dans un gant de velours » a été aussi bien incarnée…

KIESEL,VERONIQUE
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.