Littérature : Alexis Jenni remporte le Goncourt

« De l’art français de la guerre », un premier roman primé

Cohue habituelle dans la salle du restaurant parisien Drouant où les jurés du Goncourt attendent leur lauréat 2011, Alexis Jenni. © BERTRAND GUAY/AFP.

Le centenaire de Gallimard peut s’achever dans l’allégresse : le prix Goncourt n’a pas échappé, dès le premier tour de vote, au favori, Alexis Jenni, casaque blanche, liserés rouges, pour De l’art français de la guerre. Il a obtenu cinq voix tandis que trois se portaient sur un autre roman paru chez le même Gallimard, Du domaine des Murmures, de Carole Martinez. On a trouvé, pour la littérature, l’équivalent de l’écurie Red Bull en Formule1 !

Les lecteurs d’Alexis Jenni – déjà nombreux, ils vont se multiplier – ont apprécié l’ambition, la maîtrise et l’audace avec laquelle il empoigne, sur les terrains des combats les plus rudes, l’histoire de la violence des hommes.

L’histoire dure vingt ans pour Victorien Salagnon, le personnage principal. Il a été présent sur les champs de bataille en France, en Indochine et en Algérie. Il est allé au contact de ceux qu’on appelait les ennemis. Mais, surtout, il a peint, trouvant dans un art de l’encre inspiré par la tradition chinoise le moyen de renouer avec un monde moins agité et, peut-être, avec lui-même.

Des années plus tard, le narrateur de L’art français de la guerre rencontre Salagnon, se lie avec l’étrange bonhomme dont il apprend l’histoire par bribes, reconstituant les haines anciennes dont le présent résonne encore, rencontrant les effets actuels de la « pourriture coloniale » sur laquelle s’est bâtie une société où l’on juge tant d’hommes à leur race, tout en récusant le mot. A posteriori, il fait l’apprentissage de la guerre, jusqu’à accepter qu’elle existe, comme il accepte l’amitié entre Salagnon et Mariani, compagnon d’armes dont il est resté proche malgré leurs divergences.

On ne sait ce qu’il faut admirer le plus dans le roman d’Alexis Jenni : l’art du détail ou la vue d’ensemble. Dans l’alternance de chapitres à la première et à la troisième personne, il s’autorise à passer naturellement de l’un à l’autre point de vue, finissant par les réconcilier alors que cela semblait, au début, impossible. Il est vrai qu’il prend son temps pour y parvenir : le livre est épais. Il ne nous a cependant jamais semblé pécher par excès de longueur, chacun de ses éléments se trouvant à sa place et participant à ce somptueux ensemble.

MAURY,PIERRE
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