Le Renaudot à Emmanuel Carrère

Sylvain Tesson a manqué de chance. Favori du prix Renaudot essai, il s’est trouvé amené, au deuxième tour, sur le terrain du roman où son Dans les forêts de Sibérie (Gallimard, encore) n’a obtenu que quatre voix contre six à Limonov, d’Emmanuel Carrère (P.O.L., du groupe… Gallimard).

La lutte était inégale même si l’étiquette « roman », que ne porte d’ailleurs pas le livre d’Emmanuel Carrère, ne lui convient pas tout à fait non plus. Peu importe : un écrivain est à l’œuvre, et même deux puisque le personnage du titre en est un autre. Du genre maudit et absolument convaincu de son talent, méprisant le monde entier, n’aimant que lui, passé de la richesse à la clochardisation, ou le contraire, plusieurs fois, terminant dans la peau d’un chef de parti néofasciste après avoir voulu être, plus radicalement encore, chef de guerre.

Limonov est une énigme, plusieurs individualités derrière le même visage, et une énigme qu’Emmanuel Carrère ne résout pas. Une chose est certaine : le personnage n’est pas sympathique et il peut se rendre détestable, y compris pour celui qui écrit sa vie. Mais c’est la croix que porte le lauréat du Renaudot : visiter l’empire du mal, approcher la monstruosité. Il le fait avec un talent si évident qu’il réussit un grand livre malgré toutes ses ambiguïtés, ou grâce à elles.

Gérard Guégan, prix Renaudot essai, s’est attaqué à une figure plus lointaine mais aussi complexe dans Fontenoy ne reviendra pas (Stock). Jean Fontenoy, écrivain et journaliste, a adopté une trajectoire qui l’a conduit au suicide en 1945. Il était alors à Berlin en compagnie des derniers Français restés fidèles au nazisme lors de la débâcle allemande.

Enfin, Linda Lê a reçu le Renaudot poche pour Lettre morte (Bourgois).

P.35 La polémique François Busnel et Delphine de Vigan

MAURY,PIERRE
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