Netanyahou a l’Iran dans son viseur

Moyen-Orient Le Premier israélien se prépare à un choc majeur avec Téhéran

TEL-AVIV

DE NOTRE CORRESPONDANT

Faut-il attaquer les installations nucléaires iraniennes ? » Cette question est au centre d’un important débat en Israël. Elle soulève de violentes polémiques et pousse certains responsables chargés du dossier, tel le ministre du Renseignements Dan Meridor à considérer comme « irresponsable » tout dirigeant de l’Etat hébreu qui prendrait publiquement position à ce propos. Quant à son collègue des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, il affirme que ce débat « cause du tort » à son pays mais que « toutes les options concernant l’Iran sont sur la table ».

Tout a commencé jeudi dernier lorsque Nahum Barnea, éditorialiste du quotidien populaire Yediot Aharonot, a publié en Une de son journal un long article affirmant que le Premier ministre Binyamin Netanyahou et son ministre de la Défense Ehoud Barak prépareraient une offensive éclair sur les sites nucléaires de Téhéran. Cela, malgré l’opposition de l’état-major de l’armée ainsi que du Mossad et de l’Aman (les Renseignements militaires). A l’en croire, Netanyahou aurait accepté d’échanger Gilad Shalit contre 1.027 détenus palestiniens afin de se débarrasser de ce dossier et d’avoir les mains libres pour s’occuper d’une affaire plus importante à leurs yeux : la « menace iranienne ». L’attaque aurait donc été planifiée d’ici à la fin de l’année. En tout cas, avant la fin de l’hiver.

Barak s’est empressé de démentir le Yediot, mais cela n’a pas dissuadé d’autres médias d’enquêter. Kol Israël (la radio publique) a ainsi découvert qu’au cours de la réunion du cabinet restreint qui précédait de quelques heures la libération de Shalit, les débats n’ont pas porté sur l’échange avec le Hamas mais sur la question iranienne. Quant au Haaretz, il affirme que Netanyahou aurait réussi à convaincre Lieberman de la nécessité d’attaquer rapidement. Il disposerait de ce fait d’une majorité au sein du cabinet.

Nouveau missile balistique

En principe, ces « fuites » ultra-sensibles n’auraient jamais dû passer le cap de la censure militaire. Pour les sceptiques, cette anomalie démontrerait que ces « révélations » visent à créer une tension qui appuierait la nouvelle campagne israélienne en faveur du renforcement des sanctions internationales frappant l’Iran.

Une campagne renforcée ce mercredi par le lancement d’un nouveau missile balistique israélien susceptible de transporter une charge nucléaire. Et par la confirmation que des chasseurs bombardiers F-16 de l’Etat hébreu ont, la semaine dernière en Sardaigne, participé avec des escadrilles de l’Otan à la simulation d’attaques à longue distance.

Mais d’autres commentateurs estiment que les informations publiées depuis jeudi dernier se basent sur du concret. Et qu’elles proviendraient de membres de l’establishment affolés par les projets du tandem Netanyahou-Barak. Les mêmes appellent d’ailleurs leurs dirigeants à prendre au sérieux les déclarations du chef d’état-major de l’armée iranienne promettant de « punir » Israël et les Etats-Unis en cas d’attaque sur ses installations nucléaires. Ils rappellent aussi qu’en juin, après son départ à la retraite, le légendaire patron du Mossad Meïr Dagan avait qualifié toute attaque sur l’Iran de « stupidité aventureuse ».

Lorsqu’il était en fonction, Dagan, associé au directeur général de la Sûreté générale Youval Diskin et au chef d’état-major Gaby Ashkenazi, avait bataillé pour convaincre Netanyahou et Barak de renoncer à attaquer l’Iran. Le problème, c’est qu’ils ne disposent plus d’aucune influence aujourd’hui.

DUMONT,SERGE
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