Fin de partie imminente pour Georges Papandréou

Union européenne Volte-face : le Premier ministre grec renonce au référendum

Georges Papandréou a été contraint de revenir sur son idée de référendum, notamment par d’éminents membres de son propre gouvernement. © afp.

reportage à Athènes, de notre correspondante

La Grèce vient de vivre un véritable marathon politique où, le temps d’une journée, les plus folles rumeurs ont couru quand à une éventuelle chute du gouvernement du socialiste Georges Papandréou.

Après avoir annoncé lundi, à la stupeur générale, la tenue d’un référendum sur le plan de sauvetage financier mis au point par les Européens le 26 octobre, le Premier ministre a dû faire face non seulement à la colère de ses partenaires européens, mais aussi à une fronde sans précédent au sein de sa majorité. L’ultimatum franco-allemand posé mercredi à Papandréou, visant à imposer et la date et la question – « Oui ou non au maintien de la Grèce dans la zone euro ? » – de ce référendum, a été vécu comme une humiliation supplémentaire par la société grecque. « Consulter son peuple de manière démocratique sur un accord qui modifie en profondeur notre avenir est tout de même un droit dont personne ne devrait s’offusquer, s’indignait jeudi matin une jeune étudiante en sciences politiques. La réaction dictatoriale des Européens. »

Plus globalement, le peuple grec n’a pas compris les motivations de son Premier ministre, objet de toutes les critiques. Dès jeudi matin, deux « pointures » de son gouvernement, le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, et le ministre du Développement, Michalis Chryssohoïdis, se sont prononcés contre la tenue de ce référendum ; très vite suivis par trois députés socialistes. Dès lors, Georges Papandréou avait perdu sa majorité absolue au Parlement, et n’était ainsi plus en mesure, ni de faire voter le principe d’un référendum ni de faire voter par ses seules troupes l’accord européen du 26 octobre. Une impasse que certains commentateurs grecs affirment avoir été voulue, dans le but d’obliger le parti d’opposition Nouvelle Démocratie (ND) à former un gouvernement d’unité nationale.

Tactique ou non, aujourd’hui, Georges Papandréou a renoncé – dans une volte-face impressionnante – à son projet de référendum et semble s’être entendu avec Antonis Samaras, chef du parti ND, pour former un gouvernement de transition qui tiendrait le temps de faire adopter par le Parlement le plan d’allégement de la dette négocié la semaine dernière. « Nous avons accepté le principe d’un gouvernement de transition à la condition que se tiennent, une fois l’accord du 26 octobre voté, des élections anticipées », précisait hier le député ND Kyriakos Mitsokakis. L’aile dure de l’opposition, qui voulait contraindre Papandréou à la démission et à la tenue d’élections immédiates, semble encore contenue par un Samaras prêt à patienter le temps de rassurer les bailleurs de fonds du pays. Mais il aura fallu des heures de négociation dans un Parlement à l’ambiance électrique pour arriver à ce compromis encore très fragile.

Ce coup de bluff politique aura peut-être eu le mérite de prolonger de quelques semaines le gouvernement d’un Papandréou de plus en plus contesté depuis l’accord du 26 par sa propre majorité et par la rue. « Depuis qu’il était revenu de Bruxelles avec ce plan d’allégement de la dette assorti de nouvelles mesures d’austérité, tout le monde le traitait de menteur et de traître, analyse Valia Aranitou, professeur en sciences politiques à l’université de Crète, et tous réclamaient sa tête. » Un sursis donc, mais obtenu au prix d’une énorme panique dans les chancelleries européennes et par un chaos total sur des marchés déjà très instables. Des conséquences graves certainement sous-estimées par un Georges Papandréou écartelé entre les promesses faites aux partenaires européens et la difficulté de mettre en œuvre ces mêmes promesses dans une société grecque très éprouvée par plusieurs plans d’austérité successifs. Encore un peu de la crédibilité grecque qui s’évapore…

GUILLOT, ADEA
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