Une coalition sans Papandréou

Grèce Accord en fin de soirée dimanche entre socialistes et conservateurs

Le président grec Karolis Papoulios avec le conservateur Antonis Samaras. © AP

ATHÈNES

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Un gouvernement de coalition incluant les socialistes du Pasok et les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND) devrait voir le jour dès ce lundi. Georges Papandréou, Premier ministre sortant après seulement deux ans de mandat n’aura donc pas survécu à la crise économique qui agite le pays depuis 2009.

Il aura fallu trois jours de discussions frénétiques pour que le leader de la ND accepte de plier et de rejoindre ce gouvernement de coalition. Après avoir exigé dans un premier temps des élections immédiates et le départ de Papandréou en préambule à toute discussion, il aura finalement conditionné sa collaboration à la seule démission de Papandréou et obtenu dans la foulée la tenue d’élections une fois l’accord européen du 27 octobre voté. Un Papandréou qui avait de toute façon annoncé dès vendredi soir qu’il était prêt à partir dès la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale. Ce dimanche soir, c’est chose faite et Georges Papandréou s’en va. On saura aujourd’hui qui le remplacera à la tête du gouvernement.

Deux noms circulent toujours pour reprendre la fonction de Premier ministre. D’abord celui d’Angélos Vénizélos, l’actuel ministre des Finances. Adversaire malheureux de Papandréou lors des primaires socialistes de 2007, ce professeur de droit constitutionnel originaire Thessalonique n’avait jamais vraiment digéré d’être ainsi dépossédé de la direction du Pasok. Selon des sources au sein du parti, il s’activerait depuis des semaines pour rallier à sa cause les députés de la majorité.

L’autre candidat proposé, socialiste, vient de la société civile. Economiste et professeur à la faculté d’Athènes, Loukas Papadimos a été vice-président de la Banque centrale européenne jusqu’en 2010. Il fait figure de troisième homme à la fois capable de rassurer les Européens et de collaborer, éventuellement, avec les conservateurs qui n’ont, eux, aucune envie de travailler avec M. Vénizélos qu’ils considèrent comme « n’étant pas à la hauteur » de la situation, avouait hier une source de la ND.

Ce nouveau gouvernement aura pour principale mission la ratification au plus vite de l’accord européen du 27 octobre dernier et qui prévoit notamment une décote de 100 milliards de la dette grecque et près de 130 milliards d’euros de nouveaux prêts. En échange, de nouvelles mesures d’austérité, et notamment de nouveaux impôts, devraient être appliquées.

Les Européens ont d’ores et déjà annoncé qu’ils n’entendaient rien revoir à cet accord et souhaitaient que la Grèce le vote en l’état contrairement au souhait des conservateurs qui voudraient en renégocier les mesures fiscales. Si l’accord est ratifié au parlement alors, et seulement alors, les Européens débloqueront les 8 milliards d’euros de prêts promis depuis 2010 et dont la Grèce a un besoin urgent pour éviter une faillite d’ici au 15 décembre, ainsi que le craignent ouvertement les responsables grecs. Les heures de négociation du week-end se sont d’ailleurs déroulées sous haute pression des Européens qui ont même pour la première fois envisagé la sortie grecque de l’euro. La chancelière allemande ayant même parlé de « dernière chance » donnée à la Grèce.

Le spectacle des divisions politiques grecques aura eu de quoi consterner certes ses partenaires européens mais bien plus encore les Grecs eux-mêmes. Selon des sondages parus hier dans la presse, 43 % des Grecs ne se retrouvent dans aucun dirigeant. Ces mêmes sondages confirment que si des élections devaient se tenir demain, la ND de M. Samaras l’emporterait sur le Pasok avec 10 points d’avance… sans pour autant être assurée de dégager une majorité absolue au parlement. On peut voir dans ces prévisions l’une des sources de l’intransigeance de M. Samaras, si sûr de remporter les prochaines élections – qu’elles aient lieu demain ou dans 3 mois – qu’il hésitait jusqu’ici à se compromettre dans un gouvernement de coalition.

GUILLOT, ADEA
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