L’atome iranien attise les tensions

Moyen-Orient L’AIEA rend public un rapport qui évoque ses « inquiétudes »

LE PRÉSIDENT Mahmoud Ahmadinejad visite en 2008 l’usine nucléaire de Natanz. © AFP.

Rarement un rapport de l’AIEA aura-t-il été attendu avec une telle impatience. L’Agence internationale de l’énergie atomique a fait patienter tout le monde, mardi à Vienne, avant de diffuser en fin de journée le précieux document qui concerne le programme nucléaire iranien.

Le rapport pourrait faire date car il est le plus sévère jamais établi contre les intentions nucléaires supposées du régime iranien. « L’agence a de sérieuses inquiétudes concernant une possible dimension militaire du programme nucléaire iranien », écrit l’AIEA, qui dit s’appuyer sur des informations « crédibles ».

« Ces informations indiquent que l’Iran a mené des activités visant à développer un engin explosif nucléaire. Elles indiquent aussi qu’avant 2003, ces activités se sont déroulées dans le cadre d’un programme structuré, et que certaines activités pourraient toujours être en cours. »

L’AIEA critique à nouveau l’absence de coopération des autorités iraniennes et le non-respect de leurs obligations découlant de leur adhésion au traité de non-prolifération nucléaire.

Les Occidentaux, Washington en tête, avaient fait savoir qu’ils utiliseraient le rapport non seulement pour durcir leurs propres sanctions contre l’Iran, mais aussi pour convaincre les très réticentes Russie et Chine d’accepter de traduire ce durcissement dans de nouvelles résolutions au Conseil de sécurité des Nations unies. On doit s’attendre à une intense activité diplomatique en ce sens ces prochaines semaines.

En Israël, seule puissance nucléaire régionale (non-signataire du traité susmentionné), le gouvernement a déjà débattu ces derniers jours de l’opportunité de bombarder les installations nucléaires iraniennes connues. Tout le pays est tenu en haleine par cette question qui fait même l’objet de sondages. Des exercices d’alerte ont eu lieu et des manœuvres de l’aviation militaire menées jusqu’en Sardaigne – une distance supérieure à celle qui sépare le pays de l’Iran – ont reçu une ample publicité médiatique.

Ces bruits de bottes ne laissent évidemment pas les Iraniens indifférents. Qui multiplient les déclarations de défiance. Le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré mardi qu’il n’y avait « aucune preuve sérieuse que l’Iran est en train de fabriquer une ogive nucléaire ».

« L’Iran punira Israël si… »

Et Ali Akbar Salehi d’ajouter : « Nous n’avons cessé de répéter que nous n’allons pas fabriquer d’armes nucléaires. Notre position a toujours été de ne pas utiliser notre programme nucléaire à des fins autres que pacifiques ».

La semaine dernière, le chef d’état-major des forces iraniennes, le général Hassan Firouzabadi, avait averti : « L’Iran punira Israël en cas d’attaque. Mais les Etats-Unis savent que toute attaque du régime sioniste contre l’Iran leur causera aussi de sérieux dommages. »

La guerre se profile-t-elle donc à l’horizon ? Cette perspective effraie la communauté internationale. A Washington, Barack Obama hésite, qui sent dans le cou le souffle des républicains qui font assaut de loyauté envers Israël. Mais la Russie, par exemple, a rappelé sa position par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov : « Ce serait une très grave erreur, aux conséquences imprévisibles. »

Enfin, Paris, qui a longtemps adopté une position en flèche contre le supposé programme nucléaire militaire iranien, s’est fait plus mesuré. Alain Juppé, premier diplomate de l’Hexagone, a commenté une attaque israélienne : « Cela pourrait créer une situation totalement déstabilisatrice pour la région. Nous avons pris des sanctions que nous ne cessons de compléter. On peut encore les durcir pour faire pression sur l’Iran . »

LOOS,BAUDOUIN
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