Le roi est tout nu : fin de partie pour le Cavaliere

© AP Photo/Gregorio Borgia

récit de notre correspondante à  Rome

Silvio Berlusconi est prêt à donner sa démission. Mais pas immédiatement. Seulement après avoir fait approuver à la Chambre et au Sénat la Loi de stabilité qui contient les mesures anti-crise promises aux partenaires européens. Ce sera probablement avant la fin du mois…

C’est du moins ce que l’on a appris mardi soir, à l’issue de la rencontre entre le président de la République Giorgio Napolitano et le chef du gouvernement Silvio Berlusconi, venu au Quirinal après un vote de confiance qui a clairement démontré que le gouvernement actuel n’a plus de majorité à la Chambre.

« 308, seulement 308 ? » Silvio Berlusconi n’en a pas cru ses oreilles lorsque le président de la Chambre Gianfranco Fini a annoncé, à 16 h 30, les résultats de ce vote. Assis entre ses alliés de la Ligue du Nord Umberto Bossi et Roberto Maroni, le Cavaliere s’est même mis à refaire tous les comptes, incrédule. Seuls 308 députés (sur 630) ont voté la confiance et un s’est abstenu. Les autres, la majorité, bien que présents dans l’hémicycle, ont choisi de ne pas prendre part au vote.

En réalité, il n’était pas question hier de voter contre le texte soumis à la Chambre mais d’approuver un compte rendu du budget de l’Etat pour l’année 2010 qui, s’il ne passait pas, aurait risqué de tout paralyser. Ce n’était pas le moment ! La Commission européenne, qui enverra ses inspecteurs à Rome ce mercredi, ne vient-elle pas de qualifier la situation en Italie de « très inquiétante » ? Les taux d’emprunt sur le marché obligataire ont encore augmenté, le spread est à plus de 500 points !

Mais revenons à la Chambre, Piazza Montecitorio, où Silvio Berlusconi est encore sous le choc. Ce chiffre de 308 sur un total de 630 députés, bien que largement suffisant pour faire adopter le compte rendu puisqu’il n’y a pas de votes contraires, est bien plus bas que toutes les prévisions les plus pessimistes. Car Berlusconi était certain de frôler la majorité absolue des 316 voix. Jusqu’au dernier moment, il a tenté de persuader, l’un après l’autre, tous les mécontents de son parti, le PDL (Peuple des Libertés) qui, depuis quelque temps déjà, réclament un autre gouvernement et une ouverture aux centristes. Mais les défections ont été plus nombreuses que prévu.

« Le vote d’aujourd’hui certifie qu’il n’y a plus de majorité » a constaté, triomphant, Pier Luigi Bersani, secrétaire du plus important parti de l’opposition, le Parti démocrate (PD), en invitant Berlusconi à prendre acte de cette nouvelle situation et à donner sa démission. S’il ne le fait pas, l’opposition prendra l’initiative, a menacé Bersani, qui a évoqué déjà à plusieurs reprises l’éventuel recours à une motion de défiance contre le gouvernement.

Silvio Berlusconi l’a écouté en silence, tête baissée, en prenant des notes. « Effectivement, il y a un problème de chiffres », a-t-il admis en parlant avec les siens, tous atterrés. « Maintenant il faut réfléchir à ce que nous allons faire », a-il murmuré, l’air défait, avant de se retirer avec eux pour une énième réunion.

Dès lors, il ne pouvait éviter de se rendre chez le président Giorgio Napolitano. « Mais pas pour démissionner ! », aurait-il assuré. La veille, lundi, il avait décidé de poser au plus vite la question de confiance sur les mesures promises à Bruxelles, au Sénat (où il a encore la majorité) puis à la Chambre, « pour regarder dans les yeux ceux qui essaieraient de me trahir ». Une trahison qui ne concernerait pas seulement sa personne ou son gouvernement mais… l’Italie. « 308 voix, 8 traîtres », a-t-il griffonné sur un bout de papier.

Si lundi soir, l’hypothèse d’une démission avait semblé s’éloigner après les « fausses alertes » de la matinée, mardi matin, la survie du gouvernement Berlusconi était devenue de nouveau incertaine. L’indispensable et imprévisible allié Umberto Bossi a demandé au Cavaliere non pas de faire « un pas en arrière » comme l’avaient exprimé d’autres avant lui, mais de faire « un pas de côté ». Autrement dit, de laisser la place non pas à un technicien ni à un gouvernement d’unité nationale, mais à l’un de ses plus proches, l’ancien ministre de la Justice, nommé depuis quelques mois secrétaire du PDL, Angelino Alfano. Silvio Berlusconi n’avait guère apprécié et avait déclaré que « s’il devait mourir, il le ferait au Parlement ».

LUKSIC,VANJA
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