Décembre, Belgique : avis de tempête sociale

PALAIS 12 DU HEYSEL, MARDI MATIN : 6.000 militants syndicaux, FGTB et CSC très majoritairement, CGSLB aussi, lancent un « avertissement » aux négociateurs fédéraux, et projettent une manifestaON AURA TOUJOURS RAISON DE L’OUVRIR tion nationale à Bruxelles, le 2 décembre, avant, vraisemblablement une grève générale. © BRUNO DALIMONTE.

Reportage

Ce n’est pas – seulement – l’effet du beau temps : l’immense Palais 12 du Heysel, où se tient le meeting et se dressent les tribunes officielles, dégorge en permanence une foule de militants syndicaux, trop nombreux, 6.000 ou 7.000, qui battent la semelle sous le soleil froid. La bière, la clope, les « camarades » : ça chauffe. Dehors, une chorale, en chasubles rouges, chante : Eloge d’une révolution, de Bertolt Brecht. Extrême gauche, PTB, « comités action Europe », « alters » gravitent tout autour ; ils ont comme repris du poil de la bête. Une nouvelle jeunesse, au temps des « indignés ». La vague sociale monte. Elle charrie tout.

Le calendrier est prêt : manifestation nationale (FGTB, CSC, CGSLB) contre l’austérité le 2 décembre à Bruxelles ; rassemblement spécial sidérurgie, le 7 décembre à Liège ; et grève générale, vraisemblablement on parle du 19 décembre. La première depuis Guy Verhofstadt et le pacte de générations, en 2004. Et une belle entrée en matière – ironie de l’histoire, cruelle de nos temps – pour le futur nouveau locataire du « Seize », Elio Di Rupo. Entre le marteau à droite et l’enclume à gauche, certains redoutent pour le pressenti Premier socialiste un scénario à la Papandréou : la rigueur, la rue, au revoir et merci pour tout. A lui de jouer.

« Camarades, il faut les arrêter ! Arrêter leurs délires ! »

Dans l’écho assourdissant du Palais 12, on entend quand même Anne Demelenne, présidente de la FGTB, crier plus fort et mettre en garde les « négociateurs gouvernementaux » contre les tentatives de la « droite libérale et du VLD », qui attaquent les allocations de chômage, les prépensions, les pensions, l’index : « Camarades !, lance-t-elle, il faut les arrêter ! Les arrêter dans leurs délires ! Ils sont devenus fous ! L’austérité n’est pas la solution, mais le problème. » La secrétaire générale de la FGTB propose « trois pistes » alternatives : supprimer les cadeaux fiscaux aux entreprises, en particulier les intérêts notionnels ; taxer le capital ; lutter contre la fraude fiscale. Dont gain pour l’Etat : « Au moins les 11 milliards recherchés. » Le compte est bon. Le message ne passe pas ? « Si nous ne sommes pas entendus, le mois de décembre sera chaud avec, s’il le faut, une grève générale ! » Hourras et pétards.

Claude Rolin, pour la CSC, cite la Grèce et l’austérité ravageuse, l’Allemagne « où deux millions et demi de personnes sont tombées dans la pauvreté entre 2005 et 2010 », et ponctue : « Est-ce cela la voie que l’Europe doit prendre ? Le chemin que la Belgique doit emprunter ? » Réponse : « Noooon… »

Trêve de discours ? Quoique. Ceux de Marc Leemans, prochain président de la CSC : « En négociations, les partis libéraux font le forcing, c’est normal, mais que font les autres, pourquoi sont-ils si conciliants ? C’est révoltant ! » ; et de Rudy De Leeuw, président de la FGTB : « De nos jours, un casino est mieux régulé que les banques ! », ne clôturent pas le meeting en douceur. Les leaders syndicaux ont le souci de ne pas se laisser déborder par la « base ». L’ABC du métier. Aujourd’hui, ils cognent autant qu’elle le veut. Car le quidam n’en pense pas moins. Jean-Pierre, FGTB, Namur : « Qu’ils aillent chercher l’argent ailleurs que dans la poche des ouvriers ! Les banquiers, Electrabel, et toute la compagnie ! » Frédérike, FGTB-ABVV, Gand : « J’ai des petits-enfants, ils auront besoin d’écoles, de crèches, pas de toutes ces sociétés financières qui réalisent leurs profits et nous laissent leurs pertes. » Kris, ACV-CSC, Bruxelles : « Ils cassent ce que les travailleurs ont mis plus de cinquante ans à construire : l’Etat social. Là, c’est le début d’une action plus large, plus grande, croyez-moi. » Thierry, Johan, CSC, Brabant wallon : «

On sent une forte mobilisation des gens, ils commencent à avoir peur. La grève générale ? Impossible de dire où tout ça s’arrêtera. Aujourd’hui, c’est un avertissement. » Rolando, FGTB, Charleroi : « La vie est trop chère, les salaires ne suivent pas, l’index ne suffit pas. »

Au milieu des siens aux portes du Palais 12, Daniel Richard évalue, satisfait : « On a très peu mobilisé dans les entreprises, juste le nécessaire, et vous voyez le monde ici ? » Secrétaire de la FGTB Verviers, il n’a pas de doutes : « Nous, sans rameuter, nous sommes 120 aujourd’hui… J’imagine le 2 décembre à Bruxelles… Ça sent la grève générale. » Lui y travaille. Le PS ?, le gouvernement ? « On vit mal la carte blanche des députés socialistes (dans Le Soir du 7 novembre), qui disent qu’ils prendront leurs responsabilités même si leur cœur est dans la rue »…

Un tract de la FGTB nous vole dans les mains. Il proclame : « Voilà comment on s’en sortira. » Un livret rouge. Les utopistes !

COPPI,DAVID
Cette entrée a été publiée dans Belgique, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.