Le plus dur commence pour Rajoy

Espagne Le Parti Populaire obtient la majorité absolue, les socialistes en déroute

MARIANO RAJOY salue ses partisans après avoir voté, dimanche à Madrid : la crise et les mesures qu’elle impose réduiront la marge de manœuvre du nouveau gouvernement. © MORENATTI/ AP.

ANALYSE

MADRID

DE NOTRE CORRESPONDANT

Le raz-de-marée annoncé depuis des semaines a bien eu lieu. Le Parti Populaire a obtenu la majorité absolue lors des élections législatives anticipées. Avec 44,5 % des suffrages après le dépouillement de plus de 95 % des bulletins, la droite pourra gouverner en solitaire au cours des quatre prochaines années, forte de 186 députés sur les 350 que compte le Congrès. Mariano Rajoy succède à José Luis Rodriguez Zapatero dont la formation, le Parti socialiste ouvrier espagnol, encaisse sa pire défaite électorale depuis le retour de la démocratie en Espagne. Son candidat Alfredo Perez Rubalcaba recueille moins de 29 % des votes. Les socialistes rejoignent les rangs de l’opposition avec 110 députés – 59 de moins qu’en 2008 ! – après sept ans passés au gouvernement. Ils paient au prix fort leur gestion de la crise économique qui secoue le pays depuis maintenant trois ans, et ils ne sont pas parvenus à mobiliser leur électorat. Environ un tiers des électeurs ont choisi de ne pas se rendre aux urnes dimanche.

Cette large victoire du Parti Populaire octroie à Mariano Rajoy un pouvoir quasiment absolu dans la péninsule. Déjà grand vainqueur des élections municipales et régionales en mai dernier, le PP contrôle désormais tous les niveaux de pouvoir en Espagne. Jamais avant Mariano Rajoy un président du gouvernement n’avait réussi à être majoritaire à la fois dans les mairies, les communautés autonomes et au Congrès des députés à Madrid. Le nouvel homme fort de l’Espagne a assuré qu’il utilisera ce pouvoir pour « combattre avec l’aide de tous son seul ennemi, la crise économique. »

Le prochain chef du gouvernement aura face à lui un hémicycle complètement redessiné par rapport à 2008. La déroute des socialistes ne profite pas qu’à la droite puisque de nombreux partis minoritaires font irruption dans l’assemblée ou augmentent considérablement leur nombre de représentants. C’est le cas de la formation écolo-communiste Izquierda Unida de Cayo Lara, qui a visiblement réussi à attirer une partie du vote des indignés. Elle recueille 11 députés alors qu’elle n’en avait que deux lors de la précédente législature. Le parti centriste Union Progreso y Democracia sort également renforcé de ce scrutin, avec 5 parlementaires contre un seul en 2008.

Percée des indépendantistes

Les partis nationalistes ont aussi été à la fête lors de la journée électorale d’hier. Les Catalans de Convergencia y Union renforcent leur position de troisième force au Congrès avec 16 représentants, contre 10 en 2008. Mais la percée la plus significative de la journée électorale est celle de la coalition basque Amaiur, qui regroupe plusieurs formations de la gauche indépendantiste et séparatiste issues de la mouvance de Batasuna, le bras politique d’ETA interdit en 2003. Pour sa première participation à des élections législatives, Amaiur pourra disposer de son propre groupe parlementaire avec 7 députés. Un mois après l’annonce de la fin de la lutte armée de la part de l’organisation terroriste basque, l’arrivée de représentants indépendantistes à Madrid ouvre obligatoirement un nouveau scénario de dialogue politique sur le Pays Basque que la droite ne pourra pas négliger.

C’est un des nombreux défis qui attendent le Parti Populaire et Mariano Rajoy. Ce dernier a répété durant la campagne électorale qu’il dialoguerait avec toutes les forces politiques présentes au Congrès des députés. Les résultats électoraux lui donnent une marge de manœuvre suffisante pour décider de ne pas le faire mais on imagine mal le dirigeant conservateur ne pas chercher des alliances de gouvernement pour mener à bien sa politique qui passera par de nouvelles mesures d’austérité pour éloigner l’Espagne d’un sauvetage européen. Rien ne dit qu’il pourra compter sur les socialistes, immergés depuis hier soir dans une crise dont la magnitude est inconnue. Le plus dur commence pour Mariano Rajoy qui, dans les circonstances actuelles en Europe, aura à peine le temps de savourer sa victoire.

BONTOUX, GUILLAUME
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