« Tatie Danielle », une vie de secret et de combat

L’Ex-première dame de France s’est éteinte mardi à 87 ans. Toute la classe politique salue son combat pour les libertés. Avant l’heure, elle était déjà une indignée.

PARIS

De notre envoyée permanente

Depuis quelques jours déjà, la France s’attendait à son départ. Elle avait été hospitalisée la semaine dernière et son « pauvre petit cœur » comme elle l’avait elle-même désigné un jour, promettait de ne plus battre longtemps. Le mois dernier, déjà, lors du vingt-cinquième anniversaire de sa fondation, France Libertés, elle était apparue très fatiguée. Mais c’est peu dire que son décès a bouleversé la France.

A 87 ans, Danielle Mitterrand n’était pas seulement le symbole d’une époque passée, celle de la dernière victoire de la gauche à une élection présidentielle. Elle était aussi une icône moderne, une indignée avant l’heure…

Rarement hommage aura été aussi unanime dans toute la classe politique. Pour tout dire, seule Marine Le Pen, la présidente du Front national, n’a pas participé au concert…

Le parti socialiste, bien sûr, a rivalisé de compliments pour saluer la mémoire de l’ex-première dame que le peuple de gauche surnommait affectueusement « Tatie Danielle ». « Une grande dame dont on est fier », pour le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault. « Une femme courage », selon son vieil ami Jack Lang. François Hollande y est allé d’un point de presse exceptionnel pour saluer sa mémoire et « sa grande influence morale ». Quoi de plus normal pour le parti socialiste ? Le chagrin est évidemment sincère. Comme le dit Serge Moati, compagnon de route de François Mitterrand, dans une métaphore bouillonnante, Danielle Mitterrand était « un volcan de tendresse toujours en éruption ». Mais en pleine campagne présidentielle, le décès de Danielle Mitterrand ravive aussi à gauche la nostalgie de la victoire. En mai dernier déjà, le trentième anniversaire du 10 mai 1981, jour de l’accession à l’Elysée de « l’homme à la rose », avait été davantage célébré que le vingtième ou le vingt-cinquième. Ce n’était évidemment pas un hasard. Le PS rêve de renouveler en mai prochain cette victoire historique qu’il n’a plus vécue depuis. Danielle Mitterrand, femme de cœur, d’engagement (très) à gauche,

mais aussi d’entêtement comme elle le concédait elle-même, devient l’icône d’une social-démocratie souvent taxée de « gauche molle ». Comme s’il fallait au parti socialiste de 2011 prouver sa filiation et son héritage pour espérer l’emporter au printemps…

Que le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ait, lui aussi, salué la mémoire de la fondatrice de « France libertés » n’est pas plus surprenant. Cette femme qui jusqu’à sa mort se sera battue pour de grandes causes et notamment pour l’accès à l’eau dans les pays en développement, avait aussi des accents révolutionnaires. Aux côtés des Indiens de Chiapas, des Kurdes ou des opposants marocains, elle fut de tous les combats. Au point parfois de s’égarer comme lorsqu’elle vantait sans réserve le régime castriste à Cuba…

Moins banal est l’hommage de… Nicolas Sarkozy. « A sa juste place, elle a su servir la France que nous aimons », a salué le Président dans un communiqué, en soulignant « le parcours exemplaire d’une femme qui n’abdiqua jamais ses valeurs et poursuivit jusqu’au bout de ses forces les combats qu’elle jugeait justes. » L’hommage d’un homme de droite à une femme de gauche qui n’est pas sans rappeler le vibrant éloge de Jacques Chirac lors de la mort de… François Mitterrand en 1996. Un éloge aussi appuyé que précipité ? Le communiqué de l’Elysée était truffé de fautes (lire ci-dessous)…

L’émotion suscitée par la mort de Danielle Mitterrand n’étonne guère. La disparition de l’ancienne première dame trouve une résonance particulière dans l’actualité. Au moment où les indignés se révoltent contre les excès d’un capitalisme sans scrupule, cette femme de 87 ans devient soudain une héroïne moderne dont beaucoup veulent se revendiquer. Et une figure à récupérer ? Un modèle, en tout cas, pour ceux qui veulent croire qu’en dépit de la toute-puissance des marchés, les idées et le combat politique peuvent encore transformer le monde.

MESKENS,JOELLE
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