Et revoici le Muppet Show…

Cinéma Le retour des célèbres marionnettes

A la veille du juteux week-end de la Thanksgiving, les cinémas américains viennent de lancer cette semaine sur le marché deux poids lourds du divertissement, censés attirer dans les salles et jusqu’aux fêtes de fin d’années parents et enfants. Nous avons parlé samedi passé du premier, Hugo, signé en 3D par Martin Scorsese, et centré sur les débuts magiques du cinéma. Le second, qui pourrait bien faire un malheur, signe le grand retour des Muppets, les célébrissimes marionnettes créées le 25 septembre 1976 par Jim Henson.

Le hasard du calendrier suggère une inévitable comparaison entre les deux films… intéressante et éloquente en ce que tout ou presque les oppose, formellement parlant.

Ecrit par Jason Segel et Nicholas Stoller, Muppets (sortie belge le 15 février) est l’œuvre de James Bobin. Pour ce fan de la première heure de la série, s’attaquer en 2011 à une légende animée des années 70, c’est faire le choix de la tradition. Et certainement pas de la 3D et des effets spéciaux. Pour lui, c’est carrément un principe sacré, presque philosophique. « Il faut rester fidèle aux marionnettes, car elles sont le cœur du film, défend-il. On ne peut pas prendre Kermit et le faire danser et sauter dans les airs avec des effets spéciaux. L’objet doit se suffire à lui-même et l’objet, ici, c’est une simple main glissée dans une marionnette (…). C’est d’autant plus important que les Muppets de Jim Henson ont toujours été très simples, juste des figures de tissu ou de fourrure, ce qui leur donne un aspect honnête et rassurant. Cela les rend chaleureux. »

Après Tintin et les Schtroumpfs, voici les Muppets qui ressortent de notre grenier à souvenirs au moment où on ne les attendait plus vraiment.

Madeleine de Proust

Associés à l’âge d’or de la télé des années 70 et 80, les Muppets, qui commencent leur vie télévisuelle sur ITV et règnent sans partage jusqu’en 1981, sont l’irrésistible madeleine de Proust de toute une génération, et la semaine passée, dans les salles de cinéma de Manhattan, la moindre apparition des marionnettes déglinguées provoquait lors des bandes-annonces un incroyable sentiment de bien-être et d’euphorie joyeuse parmi les bobos new-yorkais de Central Park West. À l’heure où il faut faire un choix devant les salles de cinéma, ce sont souvent les parents qui tranchent pour leurs enfants. Et donc, gageons que bien des petites têtes blondes feront d’ici peu la connaissance de Kermit la grenouille (la voix française de Roger Carel), Piggy la cochonne (elle, c’était Micheline Dax), Fozzie l’ours, le Grand Gonzo, un chien mélomane (Rowlf) pianotant mélancoliquement la sonate au clair de lune de Beethoven. Mais encore l’orchestre de The Electric Mayhem Band, fouetté à souhait par la batterie folle de Animal. Sans oublier, au balcon, l’inséparable paire de vieux critiques (pas Zemmour et Naulleau, non, non, par pitié). Rien qu’à l’énoncé de ces noms d’oiseaux, avouons : on salive !

Face au retour artisanal des Muppets, Scorsese s’attaque au public familial avec une fable sur les origines du cinéma déclinée en 3D. La 3D proposée par Scorsese est moins spectaculaire qu’intimiste, insiste le réalisateur de Taxi Driver : « les visages gagnent en intimité avec la 3D. Nous percevons les gens de façon différente. Ils sont soudain proches de nous. »

Le maître du cinéma américain gagné à la mode de la 3D ? Les plus cinéphiles de ses fans ne cachent pas leur scepticisme. Dans Hugo, Scorsese rend pourtant hommage au cinéaste Georges Méliès qui, toute sa vie, jongla avec les effets spéciaux comme autant de ficelles magiques. Et voilà ce qui rapproche finalement Hugo des Muppets : du marionnettiste Henson au magicien Méliès, tout est affaire de ficelles.

CROUSSE,NICOLAS
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