Medvedev l’emporte sans gloire

Russie Le parti du président gagne les législatives mais perd la majorité absolue

Dmitri Medvedev et sa femme Svetlana, tout sourire dehors. Méthode Coué car son parti Russie Unie a perdu des plumes lors de ces élections. Et l’hôte du Kremlin apparaît plus que jamais comme le fidèle second de Vladimir Poutine. © MISHA JAPARIDZE./AFP.

PORTRAIT

MOSCOU

De notre correspondant

En arrivant au Kremlin en 2008, Dmitri Medvedev avait promis de moderniser la Russie. Avec le web pour symbole. Aujourd’hui, le pays est devenu en Europe le premier utilisateur d’internet, avec plus de 50 millions de personnes en ligne. Un succès pour le président amateur d’iPad, de blogs et de Twitter. Mais dimanche, pour les législatives gagnées d’avance par Russie Unie, le parti des autorités dont Dmitri Medvedev était la tête de liste, le web s’est pourtant retourné contre lui.

Alors que les médias publics faisaient l’impasse sur les fraudes, les internautes de tout le pays ont témoigné des irrégularités. Une communauté politique virtuelle toujours restreinte en Russie où la propagande à la télévision a écrasé la campagne. Ses critiques ont pourtant affaibli la crédibilité de Dmitri Medvedev et la portée de sa victoire. Ce succès limité confirme le malaise croissant (lire ci-contre).

Même réduite, l’avance de Russie Unie devrait assurer à Dmitri Medvedev la tête du gouvernement. Le chef du Kremlin passera le relais au sommet de l’Etat à l’actuel Premier ministre Vladimir Poutine après la présidentielle du 4 mars. Car tel est le scénario décidé par les deux hommes bien avant les deux scrutins. Certains « kremlinologues » affirment toutefois que la victoire étriquée de Russie Unie servira de prétexte à Vladimir Poutine pour avancer la présidentielle et rompre son pacte, se séparant d’un Dmitri Medvedev affaibli et tenu responsable de cet échec relatif. Une issue improbable. Parce que Vladimir Poutine a la réputation d’un homme de parole. Et parce que, pour respecter leur accord et gagner le soutien de la population, Dmitri Medvedev a calé sa campagne sur les discours et méthodes préférés de son ami.

Dmitri Medvedev, présenté en 2008 comme l’homme du changement, s’est ainsi transformé en défenseur de la « stabilité ». Un thème récurrent qui met en regard la période actuelle avec le chaos des années 90. Pour faire passer le message, Dmitri Medvedev, qui avec ses discours sur la démocratie avait initialement séduit certains libéraux, a repris les lourdes techniques électorales de son mentor. Pas de débats ni de vraies questions. Mais des interventions orchestrées avec des électeurs sélectionnés. Et un discours final en forme d’allocution solennelle à la télévision durant laquelle il a appelé les Russes à « faire le bon choix ». Le président n’a pas cité Russie Unie, mais le message était clair.

Autre technique reprise à Vladimir Poutine : le nationalisme. Dmitri Medvedev avait fait de l’ouverture à l’Ouest une priorité et remporté plusieurs succès (meilleures relations avec les Etats-Unis, nouveau traité sur la réduction de l’arsenal nucléaire, adhésion quasi certaine à l’Organisation mondiale du commerce). Après le soutien indirect à la coalition occidentale en Libye, le réchauffement s’est toutefois récemment gâté sur la Syrie et l’Iran. Mais surtout sur le projet américain de bouclier antimissile en Europe. Renouant avec les tirades nationalistes de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev a lancé un ultimatum à Washington juste avant les législatives. Sa menace de déployer des missiles balistiques à Kaliningrad, aux portes de l’Union européenne, a été largement évoquée dans la presse. Une publicité indirecte pour le président protecteur de la nation qui, lors du dernier congrès de son parti, n’a cessé de parler de « Russie » et de « victoire ».

« Ce ne sont que des discours électoraux…, veut croire Igor Yurgens, président d’Insor, un think tank proche de Dmitri Medvedev. Aujourd’hui, à cause de la campagne, le ton est nationaliste et conservateur. Mais, après les deux scrutins, une rectification du cours politique devrait avoir lieu. Nous ferons tout pour que Dmitri Medvedev devienne un François Fillon en Russie et, comme le Premier ministre en France, dispose d’un vrai pouvoir face au président. »

Dmitri Medvedev sera jugé sur la poursuite de ses promesses initiales. Sceptique face à la vacuité du programme de Russie Unie, l’élite d’affaires l’attend sur la modernisation de l’économie. Un front où les progrès sont lents (construction de Skolkovo, future Silicon Valley russe) ou quasi inexistants (diversification d’une économie toujours dépendante du pétrole et du gaz pour 60 % des exportations).

Aux yeux des Russes, le principal critère pour juger Medvedev sera la lutte anticorruption qui est un échec de son propre aveu. L’omniprésence de l’économie grise ne cesse de croître. Dans l’éducation notamment où, de la garderie d’enfants à l’université, le marché annuel des pots-de-vin brasse 5,5 milliards de dollars. Une corruption au quotidien que les Russes racontent de plus en plus ouvertement… sur le web.

QUENELLE,BENJAMIN
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