Après 541 jours, voici le gouvernement Papillon

Elio Di Rupo, Premier ministre© PIERRE-YVES THIENPONT.

Elio Di Rupo se souviendra longtemps de la Saint-Nicolas 2011… C’est aujourd’hui, en effet, que le gouvernement Di Rupo prêtera serment entre les mains du Roi et, dans la foulée, se réunira pour la première fois au Seize, rue de la Loi. Un jour éminemment symbolique mais le Royaume ne sera véritablement sorti de la plus longue crise politique de son histoire que samedi, lorsque le Parlement votera la confiance au gouvernement fédéral. D’ici là, le programme est serré : mercredi après-midi, Elio Di Rupo lira sa déclaration de politique générale à la Chambre (pas possible le matin : les Parlements des communautés fêtent leurs quarante ans). Jeudi, place aux débats : chaque groupe aura une heure pour s’exprimer. En soirée (et vendredi, toute la journée), le Premier ministre assistera à son premier Sommet européen.

Que retenir de ce gouvernement, présidé pour la première fois depuis 1974 par un Wallon ?

La cohabitation Di Rupo/Reynders

Piquant : Elio Di Rupo et Didier Reynders, le premier au « Seize », le second aux Affaires étrangères et européennes, composeront, à eux deux principalement, l’« image » de la Belgique en Europe et dans le monde… Une forme de « cohabitation » à la française, entre d’irréductibles adversaires politiques : on a en mémoire le duo infernal Mitterrand-Chirac, le premier à l’Elysée, le second à Matignon.

A noter que le casting dévoilé hier rompt avec une longue tradition de sur-représentation flamande aux postes internationaux. Hormis la Défense, chevillée au corps de Pieter De Crem (CD&V), tous les postes à visibilité extérieure sont cette fois dévolus à des francophones (la Coopération au Développement revenant au PS).

Les libéraux tirent le gros lot

Tant du côté francophone que flamand, les libéraux s’en sortent très bien par rapport à leur poids électoral. Côté francophone, le MR décroche trois portefeuilles (voir ci-dessous). Et, surtout, Charles Michel rafle de belles compétences pour les siens. Certes, le Mouvement réformateur lâche les Finances, chères à Didier Reynders, mais il hérite, en échange, des Affaires étrangères, poste prestigieux, pour le vice-Premier. Sabine Laruelle garde ses compétences, qui lui vont comme un gant (indépendants, PME et Agriculture), de quoi choyer Walter-le-libraire, cœur de cible (électorale) de Charles Michel. Olivier Chastel, lui, hérite du Budget… Alexander De Croo s’en tire au moins aussi bien, avec des compétences visibles et, surtout, sensibles pour ses électeurs, Justice, Asile/Immigration et Pensions. De l’avis de beaucoup, les libéraux sont les grands gagnants de la dernière nuit de négociation. Si ce n’est le CD&V, qui occupe les très convoitées Finances, Fonction publique, Défense.

Les socialistes paient le prix

Le PS a payé un lourd tribut pour le Seize. D’autant que, pour se garantir une législature moins mouvementée, Elio Di Rupo a voulu garder le perchoir de la Chambre : un poste-clé, mais qui « coûte » aussi cher qu’un portefeuille ministériel. Dans la répartition des compétences aussi, le PS a dû lâcher. Bien sûr, il garde les Affaires sociales et la Santé pour Laurette Onkelinx (le temple de la Sécu, un enjeu majeur pour les prochains mois). Mais le second ministre socialiste récolte, lui, les entreprises publiques (lourd en termes de poids politique puisqu’on parle de la Poste, de la SNCB, de Belgacom… mais pas hyper-visible), la politique scientifique, la coopération au développement et la politique des grandes villes pour Paul Magnette. Le décalage avec les bleus apparaît dans les chiffres : 2 ministres d’un côté (sans compter le Premier ministre, évidemment), 3 de l’autre, alors que le groupe parlementaire MR pèse un peu plus de la moitié du socialiste. Charles Michel s’est plaint souvent de n’avoir pas obtenu de contrepartie aux concessions faites par le MR (exit les FDF…) dans le dossier institutionnel, et de n’avoir pas obtenu non plus de garantie sur sa participation aux majorités régionales… En héritant de gros portefeuilles fédéraux, les bleus de Charles Michel ont potentiellement les moyens de se distinguer durant la législature restante (deux ans et demi), à côté d’un Premier socialiste.

On prend les mêmes et on…

Si les partis s’échangent allégrement les compétences, les ministres, eux, restent, pour la plupart. Côté francophone, tous les ministres et secrétaires d’Etat étaient déjà membres du gouvernement Leterme. Pareil, côté flamand, pour les ministres VLD et CD&V. Sept petits nouveaux, seulement (sur dix-neuf postes !) : les deux ministres SP.A (et pour cause, ils étaient jusqu’ici dans l’opposition) et les quatre secrétaires d’Etat flamands.

La parité sexuelle n’est pas assurée

Six femmes, seulement, sur dix-neuf, on a connu mieux, en termes d’égalité des sexes !

Une mauvaise note, à cet égard, pour le CD&V : malgré la pression des femmes du parti, rien n’y a fait, Wouter Beke n’a désigné que des hommes au sein du gouvernement fédéral. Lot de consolation : la présidence du Sénat, que conserve Sabine de Bethune.

Un gouvernement aminci ?

Quand le gouvernement Leterme a prêté serment, en 2008, il comptait quinze ministres et sept secrétaires d’Etat. Cette fois, on est passé à treize ministres (Elio Di Rupo étant « asexué linguistique ») et six secrétaires d’Etat. Stricto sensu, c’est donc un gouvernement plus « light » que celui de son prédécesseur, n’en déplaise à Bart De Wever. Mais, symboliquement, la réduction du nombre de ministres semble effacée par l’inflation du nombre de secrétaires d’Etat. Dans les rangs de la majorité, on défend la formule. « Il reste deux ans et demi à peine, pour mener de grandes réformes, beaucoup de ministres seront nouveaux dans leur département, il ne faut pas surcharger leur barque. » D’où l’ajout de secrétaires d’Etat. En particulier pour la réforme de l’Etat, LE chantier de la législature, confié à deux secrétaires d’Etat (Melchior Wathelet et le chef de groupe CD&V à la Chambre, Servais Verherstraeten). Ce sont les deux hommes, avec le président de la Chambre (André Flahaut), qui auront la maîtrise du calendrier et du chantier institutionnels. Contrairement à d’autres législatures, il s’agit cette fois d’une mission de la plus haute importance.

De même, Maggie De Block, en charge de l’asile, devrait avoir de quoi s’occuper ! Ce sera peut-être moins le cas d’autres secrétaires d’Etat…

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