La droite, combien de divisions ?

France Dominique de Villepin : encore un caillou sur la route de Nicolas Sarkozy

À force de rendez-vous pour sceller sinon la réconciliation, du moins l’armistice, Sarkozy croyait avoir découragé Villepin. Il n’en est rien. © EPa.

PARIS

De notre envoyée permanente

Il n’y en aura à peu près qu’un (en dehors de lui-même) pour se féliciter de la candidature à la présidentielle de Dominique de Villepin. Jean-Pierre Grand, son dernier grognard, celui-là même qui a repris les commandes de son parti, « République solidaire », s’est réjoui que « son courage » puisse porter un « projet politique ambitieux face à la crise ». Pour le reste, la droite fait la soupe à la grimace au lendemain de la déclaration de l’ancien Premier ministre. L’homme, qui rêvait en 2003 de faire ployer les Etats-Unis lors de la crise irakienne, n’a bien sûr pas les moyens de mettre la France à ses genoux. Tout juste pèse-t-il deux petits pour cent dans les sondages. Mais son jusqu’au-boutisme agace dans le camp présidentiel où, à coups de rendez-vous organisés pour sceller sinon la réconciliation du moins l’armistice, on pensait avoir apprivoisé le meilleur ennemi intime de Nicolas Sarkozy. L’Elysée tablait sur un renoncement. Il lui faudra composer avec cette candidature qui disperse encore un peu plus le camp de la majorité.

La gauche ravie

Après François Bayrou (quand même issu de la droite même s’il prétend ne plus vouloir ni d’elle ni de la gauche), après Hervé Morin, après Corinne Lepage, après Nicolas Dupont-Aignan, après Christine Boutin et sans compter le « chasseur » Frédéric Nihous, cela commence à faire beaucoup de monde du même côté de la grille de départ (lire ci-dessous)… La majorité craint un émiettement des candidatures. Un scénario comparable à celui de la gauche en 2002, lorsque la dispersion des prétendants à l’Elysée avait conduit à l’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour au profit de Jean-Marie Le Pen.

Certes, l’heure n’est pas à l’affolement. La candidature de Marine Le Pen ne décolle pas, même si la présidente du Front national reste bien campée à la troisième place et Nicolas Sarkozy continue de disposer d’un socle de premier tour qui le maintient à l’abri du scénario catastrophe. Mais on n’est jamais trop prudent, d’autant que François Bayrou réussit une percée après l’annonce de sa candidature la semaine dernière : il passe de 7 à 13 %.

La droite, du coup, ne ménage pas ses efforts. Les uns jouent la calinothérapie. C’est la version : « Dominique, on a besoin de toi ». D’autres se raisonnent : l’homme a beau être têtu, il n’a ni troupes, ni argent ni même les 500 parrainages indispensables à une candidature. D’autres encore manient l’ironie. « Dominique, n’est-ce pas celui qui a œuvré auprès de Jacques Chirac en 1997 pour la dissolution de l’Assemblée nationale, avec l’issue que l’on sait ? » Les derniers, enfin, déversent le fiel. Comme Alain Minc, « visiteur du soir » de Nicolas Sarkozy. « A force de faire l’intéressant et de se prendre pour le général de Gaulle, tout ça se terminera de manière un peu pitoyable pour lui », a-t-il balancé.

Mais la candidature de Dominique de Villepin ira-t-elle seulement à son terme ? L’ancien Premier ministre n’est pas seulement en méforme politique. Sur le plan judiciaire, aussi, il n’en a pas fini avec les ennuis même s’il a été définitivement relaxé dans l’affaire Clearstream. Son nom est à présent cité dans d’autres affaires : l’affaire Karachi (un attentat au Pakistan qui pourrait être lié à des rétrocommissions en marge de contrats d’armement), l’affaire Bourgi (les valises de billets de la Françafrique) ainsi qu’une affaire de corruption autour du groupe « Relais et châteaux ». Autant de dossiers dans lesquels Dominique de Villepin proteste de son innocence mais qui pourraient lui valoir d’être entendu par la justice. La droite ne désespère pas de le voir jeter l’éponge en cours de campagne. « On peut être candidat en décembre et soutien en mars », glisse le député UMP Eric Raoult.

En attendant, la gauche ne boude pas son plaisir. « Dominique de Villepin est un homme de convictions », a noté François Hollande. « Il a une vision du rôle de la France dans le monde », a renchéri son porte-parole Manuel Valls. Comme les temps changent… Il y a à peine six ans, celui qui était alors le locataire de Matignon était la bête noire de la gauche…

MESKENS,JOELLE
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