Kabila confirmé à la présidence

Congo Les pays voisins n’ont pas attendu la Cour pour reconnaître sa victoire

Lorsqu’il s’agit de la République démocratique du Congo, les pays occidentaux, Europe et Etats-Unis, n’ont pas le même point de vue que les voisins africains de la RDC. Ainsi, alors que la Cour suprême de justice chargée de donner les résultats définitifs du scrutin ne s’était pas encore prononcée vendredi sur le recours déposé par l’un des candidats malheureux, Vital Kamerhe, et n’avait pas encore proclamé le résultat définitif de l’élection présidentielle du 28 novembre, les chefs d’État des pays de la région des Grands Lacs, réunis à Kampala, rendaient leur propre verdict. L’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie, le Burundi et la République Centrafricaine ont reconnu la réélection du président Joseph Kabila et appelé « ceux qui ne sont pas satisfaits du résultat de l’élection à l’accepter et à travailler pour reconstruire le pays ». Quant au Rwanda, il préférait attendre la proclamation officielle des résultats pour se prononcer.

Le président ougandais Yoweri Museveni est allé plus loin, estimant que les préoccupations des observateurs n’étaient pas fondées, ajoutant même qu’« il ne revient pas à ces observateurs (étrangers) de diriger des pays ». L’Afrique du Sud a abondé dans le même sens : par la voix de sa ministre des Affaires étrangères Maité Nkoana-Mashabane, elle a jugé « globalement OK » les élections conduites « en accord avec la loi électorale du pays, avec les principes de la communauté de l’Afrique australe et ceux de l’Union africaine ».

Ces prises de position africaines diffèrent fortement des réserves et des critiques émises par les observateurs et les gouvernements occidentaux et semblent confirmer l’implication au Congo de l’Afrique et de nouveaux partenaires émergents. À la veille des élections, alors que d’influents think tanks occidentaux, comme International Crisis group ou le Centre Carter, assuraient que la Commission nationale indépendante (Ceni) ne pourrait organiser le scrutin dans les délais fixés et plaidait pour un report négocié entre les divers protagonistes, c’est l’implication africaine qui a fait basculer la donne : pendant que la Chine organisait un pont aérien pour livrer à temps le matériel électoral et les bulletins de vote, l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Ouganda et même Brazzaville prêtaient avions et hélicoptères afin que tout soit distribué à la date fixée. Par la suite, alors que plusieurs missions occidentales se préparaient à livrer des conclusions très circonspectes – sans remettre toutefois en cause le résultat de l’élection – les observateurs de toutes les missions africaines délivraient un satisfecit global.

Autrement dit, les pays africains, que les exemples de la Côte d’Ivoire et de la Libye ont peut-être refroidis, ont opté pour la stabilité au Congo, incarnée à leurs yeux par le président sortant Joseph Kabila.

Les jours à venir valideront ou non un tel pari. Vital Kamerhe aura été le seul candidat à déposer un recours devant la Cour suprême de justice, accompagné de quinze avocats qui ont mené l’offensive en soulignant des violations de la loi électorale, comme la publication tardive des listes d’électeurs ou la circulation de bulletins de vote déjà cochés. Quant aux autres candidats, dont Etienne Tshisekedi, ils ont refusé de présenter leurs arguments à la Cour suprême, jugeant qu’elle était acquise à Kabila, dix-huit de ses juges ayant été nommés à la veille des élections.

Même s’ils ont critiqué le déroulement du scrutin et surtout le désordre qui a régné dans les centres de compilation des résultats, les pays occidentaux ont tous invité les Congolais à résoudre leurs différends par la voie légale.

Hier soir, la Cour a finalement proclamé Joseph Kabila vainqueur de la présidentielle avec 48,95 % des suffrages, devant l’opposant Etienne Tshisekedi (32,33 %). Les heures à venir auront valeur de test : elles démonteront la capacité de mobilisation de Tshisekedi qui, se détournant des recours juridiques et s’autoproclamant président, veut faire descendre le peuple dans la rue. Mais aussi jusqu’où les forces de sécurité gardent la maîtrise de la situation.

BRAECKMAN,COLETTE
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.