Au cœur de la bataille pour reprendre la Maison-Blanche

Etats-Unis Coup d’envoi républicain à la campagne présidentielle avec la tenue du premier caucus en Iowa

New York

De notre envoyé permanent

Au cœur de l’hiver du Midwest, les équipes de campagne et de nombreux volontaires s’activent à convaincre jusqu’au dernier moment les indécis. L’Iowa, Etat de trois millions d’habitants, n’aura même pas eu le temps de se remettre du réveillon du Nouvel An qu’il lui incombe déjà la responsabilité de donner, ce mardi, le coup d’envoi à la campagne électorale pour la présidentielle américaine du 6 novembre 2012 avec la tenue du premier caucus.

Au quartier général du favori à l’investiture, Mitt Romney, on agit avec méthodologie, on scrute les réactions, on organise une téléconférence pour préciser une position. Dans les locaux de l’égérie du Tea Party, Michele Bachmann, on improvise davantage et on perçoit la crainte d’un vote négatif. L’ambition est d’appeler plus de 25.000 habitants de l’Iowa en trois jours. Samedi soir, l’ex-gouverneur du Massachusetts avait des raisons de se réjouir. Les derniers sondages le donnent gagnant à 24 % devant le libertarien et franc-tireur Ron Paul (22 %), l’ultra-religieux Rick Santorum (15 %) et l’ancien président de la Chambre des représentants Newt Gingrich (12 %) en perte de vitesse après une percée qui le plaçait déjà comme le principal contradicteur de Mitt Romney.

Le contexte politico-économique de l’élection présidentielle américaine ajoute à la dramaturgie. Les Etats-Unis connaissent une faible croissance, peinent à créer de l’emploi. Le Congrès a rarement été aussi bloqué. Sur le front de la politique étrangère, l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, voire l’Egypte suscitent de vives craintes à Washington.

Pour le mormon Mitt Romney, c’est l’heure de vérité. Cette fois, le candidat malheureux à l’investiture républicaine de 2008 a mis les moyens. Fort d’un trésor de campagne de 33 millions de dollars, il peut compter sur l’appui des Political Action Committees (PAC), des groupes d’activistes aux ressources importantes. En Iowa, les PAC ont financé une foule de publicités négatives à la télévision visant à détruire l’adversaire. Sentant le danger de la montée en puissance de Newt Gingrich, la campagne de Mitt Romney a vite sévi, lançant une pub évoquant les multiples casseroles de l’ex-président de la Chambre des représentants.

Durant la précampagne électorale de fin 2011, le millionnaire du Massachusetts n’a jamais réussi à s’assurer un avantage décisif face à ses six principaux rivaux. Faute de convictions personnelles bien ancrées, faute de charisme et faute d’un discours courageux pour faire du Parti républicain le vrai parti de l’économie. Il s’est laissé entraîner sur la droite de l’échiquier politique sous les coups de boutoir du Tea Party. Il en a résulté plusieurs volte-face retentissantes à propos de l’avortement, du mariage homosexuel, de la réforme de la Santé ou encore du changement climatique. L’une des critiques adressées à Romney est celle de ne pas s’être élevé au-dessus de la mêlée. Au cours des 16 débats télévisés, aucun des candidats républicains n’a réussi à aller au-delà de la micro-politique politicienne. Michael Bloomberg, maire de New York n’en revient pas. Voyant tous les candidats à l’investiture hormis Jon Hunstman remettre en question la science pour saper la théorie du réchauffement climatique ou celle de l’évolution, il s’est insurgé : « Nous avons des candidats présidentiels qui ne croient pas à la science. (…) Pouvez-vous imaginer une entreprise, quelle que soit sa taille, dont le PDG dirait qu’il ne croit pas à la science ? Il ne finirait pas la journée à son poste. »

Par rapport à 2008, Mitt Romney a décomplexé un peu son discours et a tombé la cravate. La mue produit en partie son effet. Même si l’homme a peur de prendre des risques, il apparaît plus présidentiable que ses concurrents dont les positions sont parfois extrêmes. Quitte à user de l’hyperbole : la présidentielle 2012 est « une élection pour sauver l’âme de l’Amérique ». Ces derniers jours, il n’a eu de cesse de fustiger la politique de Barack Obama qui tenterait d’imiter les systèmes sociaux européens à la dérive. Ses attaques ne sont pas toujours de la meilleure veine. Vendredi, alors qu’il était à West Des Moines, en Iowa, Mitt Romney a décrié le Président en ces termes : « Il est à Hawaii en ce moment même (NDLR : en vacances). Pendant qu’il est là-bas, nous, nous sommes dehors dans le froid, la pluie, le vent parce que, pour nous, les Etats-Unis, c’est important. »

L’objectif immédiat du candidat de la Nouvelle-Angleterre est clair : gagner l’Iowa et dans la foulée la primaire du New Hampshire le 10 janvier. Ce serait une manière d’écrire l’Histoire. Depuis 1976, date à laquelle les deux scrutins ont été placés tout en haut de l’agenda électoral, aucun futur président n’a réussi à gagner les primaires des deux Etats.

En Iowa, Mitt Romney fait face à deux adversaires inattendus : le libertarien Ron Paul, dont le discours anti-gouvernement séduit l’électorat proche du Tea Party, et Rick Santorum, l’ex-sénateur de Pennsylvanie, ultra-religieux, qui convainc l’électorat conservateur et évangélique. Mais personne ne les voit remporter l’investiture.

PRIMAIRES, MODE D’EMPLOI

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Le long processus de désignation des candidats à l’élection présidentielle américaine du 6 novembre 2012 commence le 3 janvier en Iowa et s’achèvera le 26 juin en Utah. Il se caractérise par la tenue de primaires et de caucus qui permettront de déterminer les délégués qui participeront à la convention républicaine qui se tiendra à Tampa en Floride du 27 au 30 août et à la convention démocrate à Charlotte en Caroline du Nord du 3 au 6 septembre.

Les primaires sont un scrutin interne au parti pour désigner le candidat à la présidentielle. Elles peuvent être fermées et réservés aux membres du parti ou ouvertes et laisser la possibilité à des électeurs sans carte de parti de participer au vote. Un électeur ne peut pas voter une fois chez les démocrates et une fois chez les républicains. Il ne peut s’exprimer qu’une fois. Jusqu’en 2010, le candidat républicain qui arrivait en tête d’une primaire emportait la totalité des délégués de l’Etat. Désormais, 36 Etats ont réformé leur système et le gain de chacun est proportionnel à son score. Conséquence : le futur adversaire de Barack Obama aura besoin de plus de temps pour obtenir les 1.144 délégués nécessaires.

Les caucus sont un type de primaires qui ressemblent davantage à une assemblée de citoyens. Ils se tiennent chez un particulier, dans une école, à l’église.

En Iowa, Etat du centre des Etats-Unis, il y aura ce mardi 1.774 caucus. La participation moyenne des caucus de l’Iowa ne dépasse pas 6 % de l’électorat. En 2008, elle fut exceptionnellement élevée (16 %). Premier Etat américain à ouvrir la course à l’investiture, l’Iowa bénéficie d’une couverture médiatique qui n’est pas proportionnelle à son importance. Seuls trois candidats à la présidentielle ont gagné le caucus d’Iowa et l’élection à la Maison-Blanche depuis 1972 : Jimmy Carter, George W. Bush et Barack Obama. Mais il est important d’occuper les trois premières places pour ne pas risquer la marginalisation. .

BUSSARD,STEPHANE,BELGA
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