Sarkozy cité dans l’affaire Karachi

France La gauche somme le Président de s’expliquer

Nicolas Sarkozy sera-t-il rattrapé par l’affaire Karachi alors qu’il ne s’est pas encore aligné officiellement dans la course à la présidence ? En dépit des accusations, les preuves manquent toujours quant à son implication dans ce dossier. © MYCHELE DANIAU/AFP.

PARIS

De notre envoyée permanente

Pour ceux qui l’ignoraient encore, 2012 sera une année d’élection présidentielle. Et donc d’affaires. Le chef de l’Etat, qui n’a toujours pas annoncé officiellement qu’il serait candidat à un second mandat, a reçu ce lundi une piqûre de rappel. Sur six colonnes à la une, Libération titrait : « Affaire Karachi, Nicolas Sarkozy savait ». Suivaient quatre pages censées étayer son implication personnelle dans un scandale de rétrocommissions en marge de contrats d’armement avec le Pakistan, un scandale qui pourrait être lié à l’attentat qui a coûté la vie à quatorze personnes dont onze Français en 2002.

A l’appui de ces révélations ? Le procès-verbal de l’audition, il y a un mois déjà, d’un ancien fonctionnaire du ministère de la Défense par le juge Renaud Van Ruymbeke. Selon cet homme, Gérard-Philippe Menayas, Nicolas Sarkozy, ministre du Budget au milieu des années nonante, aurait personnellement donné son accord à la création d’une structure financière luxembourgeoise destinée à recevoir les rétrocommissions. L’argent aurait ensuite servi à financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

Le problème est que le fonctionnaire, qui ne fait que livrer ses convictions, ne fournit pas la preuve de ce qu’il avance…

A gauche, Manuel Valls et Pierre Moscovici, porte-parole et directeur de campagne de François Hollande, somment le chef de l’Etat de s’expliquer. Mais la présidence se mure dans le silence.

Ce n’est pas la première fois que le nom de Nicolas Sarkozy est cité dans cette affaire. En septembre dernier déjà, deux proches du Président, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, avaient été mis en examen. L’ancien ministre Brice Hortefeux, autre ami fidèle de Nicolas Sarkozy, avait d’ailleurs été surpris en appelant l’un d’eux au téléphone pour l’avertir : sa femme l’avait lourdement « balancé » aux policiers. La conversation avait été fâcheusement enregistrée pour les besoins de l’enquête…

L’attentat de Karachi s’était produit juste après la présidentielle de 2002 qui avait vu la réélection de Jacques Chirac. L’enquête du juge Bruguière s’était d’abord exclusivement orientée vers Al-Qaïda. Mais le nouveau magistrat en charge du dossier, Jean-Marc Trévidic, privilégie depuis une tout autre piste. L’attentat serait la tragique conséquence d’un règlement de comptes interne à la droite française. Le clan chiraquien aurait interrompu le circuit financier mis en place par le clan Balladur. Les Pakistanais, furieux, se seraient vengés.

L’argent reçu en marge de contrat d’armements (la vente de sous-marins) aurait servi à financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995. Une somme de quinze millions d’euros versée en liquide intrigue les enquêteurs. Pouvait-elle provenir de la vente de T-shirts et autres gadgets de campagne, comme le prétend l’ancien Premier ministre ? Le Conseil constitutionnel, qui valide le financement des compétitions électorales, n’avait à l’époque rien trouvé à redire. Mais l’on sait depuis que l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Roland Dumas, qui présidait alors le conseil des Sages, avait forcé la main des rapporteurs pour qu’ils valident les comptes.

Quoi qu’il en soit, le lien n’a jamais été formellement établi à ce stade avec Nicolas Sarkozy, qui était le porte-parole de la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Après avoir d’abord parlé de « fable », le président a ensuite expliqué qu’il ne s’était jamais occupé du financement de son mentor.

contexte

Le problème.

Le 8 mai 2002, onze Français employés et sous-traitants de la Direction des constructions navales et trois de leurs accompagnateurs pakistanais meurent dans un attentat, à Karachi, au Pakistan. Ils se trouvaient dans un autocar qui les emmenait à la base navale où des sous-marins français étaient assemblés.

L’enjeu.

L’enquête sur l’attentat de Karachi va s’orienter vers l’hypothèse de représailles pakistanaises après l’arrêt de versements de commissions liées à la vente des sous-marins par la France. En arrivant à l’Elysée en 1995, Jacques Chirac en a fait stopper les versements en raison de soupçons de rétrocommissions illégales. Elles auraient financé la campagne présidentielle de son adversaire Edouard Balladur. Dont le porte-parole de l’époque s’appelle Nicolas Sarkozy. Etait-il au courant de cette machination ?

A suivre.

« Libé » cite le témoignage d’un ancien fonctionnaire, lequel affirme que le président Sarkozy savait. Reste à en fournir les preuves. (P.Ma)

MESKENS,JOELLE,MARTIN,PASCAL
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