Matias Suarez, un Gaucho en or

Matias Suarez est devenu le 15e Anderlechtois de l’histoire à inscrire son nom au palmarès du Soulier d’or. Un trophée remis en présence (sur scène) d’Elio Di Rupo, le Premier ministre. © VIRGINIE LEFOUR/belga.

Après Paul Okon (Océanie), Aruna Dindane et Mbark Boussoufa (Afrique), le Soulier d’or s’est ouvert de nouveaux horizons, en portant au pinacle un représentant du continent américain. Matias Suarez est donc devenu, devant le parterre du casino d’Ostende, le premier Sud-Américain, et par la force des choses le premier Argentin, à inscrire son nom au palmarès du Soulier d’or.

Une demi-surprise, malgré l’incertitude qui planait sur le scrutin et le nombre (6) de candidats à la consécration, parmi lesquels on pointait Thibaut Courtois (Genk), Axel Witsel (Standard/Benfica), Ivan Perisic (FC Bruges/Dortmund), Vadis Odjidja (FC Bruges) et Guillaume Gillet (Anderlecht). Mais, au bout du compte, comme on pouvait le présager, la majorité des suffrages (et des premières places) s’est portée sur le nom de l’attaquant anderlechtois.

A l’issue du premier round, un premier éliminé de marque pouvait déjà ranger le nœud papillon au fond de la poche de son smoking : Thibaut Courtois, parti durant l’intersaison pour un écolage international à l’Atletico Madrid, savait qu’il resterait bloqué à 193 voix (étrangement porté à 196 finalement, sans annulation de bulletin). Avec 211 points, Axel Witsel, en revanche, pouvait continuer à espérer malgré un départ à Benfica qui lui interdisait de faire grimper les compteurs pour la seconde moitié de l’année civile.

Tout profit pour ceux dont les huissiers chargés du dépouillement n’avaient pas encore pu lire dans les cartes : Matias Suarez, Guillaume Gillet et Vadis Odjidja, les trois figures marquantes de la moitié de saison actuelle, partis de loin sur la première partie de l’année civile où ils s’étaient montrés plus discrets que la concurrence.

Au décompte final, c’est l’Argentin qui fut le plus convaincant vis-à-vis de l’électeur (presse, anciens sélectionneurs, dirigeants de l’Union belge, coachs de D 1). Il est vrai que le nombre de votes valables étant bien supérieur par rapport au premier tour (101 contre 129), la cote de Suarez valait bien une piécette au jeu des pronostics de seconde partie du prime time de VTM.

Avec 230 voix toutes récoltées après juin, soit 19 de plus que son dauphin Axel Witsel et 34 d’avance sur Thibaut Courtois, qui ont complété le podium, Matias Suarez a donc fait parler le talent. On pourra évidemment ergoter sur son manque de régularité et le taxer de lauréat « à la Gilles De Bilde » (vainqueur en 1994 sur le seul second tour puisque son statut de joueur de D 2 à Alost l’avait empêché de prétendre à la moindre unité avant le basculement du mois de juin), mais toujours est-il qu’au bout du (dé)compte, il le tient son Soulier d’or, le gaucho devenu, l’espace d’un soir, le roi de la pampa !

A 23 ans, fort d’un titre de leader des goléadors de l’Europa League (7 buts en phase de poule), il va commencer à être sollicité. Bien avant les trois coups de la kermesse breughelienne orchestrée hier soir, il avait très explicitement souligné qu’il n’envisageait un départ d’Anderlecht que par la grande porte. Et donc, sur un titre, ce printemps-ci, qu’il promet au bon peuple du parc Astrid qui, pour lui rendre hommage, va devoir se mettre à la mode des papelitos, cette pluie multicolore de papiers qui teinte le ciel des stades argentins.

Fort de la promesse de son 15e Soulier d’or (pour un total de 21 avec les cumuls de Paul Van Himst, Jef Jurion, Pär Zetterberg et Mbark Boussoufa) de ne pas monter dans le premier avion pour l’étranger, Anderlecht va donc pouvoir préparer au mieux l’après-Suarez qui se dessine déjà. Acheté à Belgrano, club alors en Nacional B, pour 2,4 millions en juillet 2008, combien en vaudra-t-il cet été ? Cela promet évidemment d’être le premier point à l’ordre du jour du prochain Comité de direction du Sporting. Lequel ne manquera pas d’annoncer la couleur en plaçant la barre le plus haut possible, aux environs de 15 millions comme on peut le supposer. Avant, probablement de nuancer son chiffre de départ.

C’est la règle du jeu, et elle ne risque pas de décourager les candidats acquéreurs. A l’heure actuelle, la presse anglaise relaie jour après jour la rumeur d’un intérêt concret (et bientôt chiffré) d’Arsenal pour Suarez. Arsène Wenger, le manager des Gunners, s’est multiplié en compliments à son égard, ce qui n’a évidemment pas manqué de susciter des commentaires de ce côté-ci du Channel. Mais sans aucun dialogue officiel entre les deux clubs à ce stade-ci des considérations.

D’ici à ce que la saison régulière s’achève, que les Playoffs 1 rendent leur verdict et que sa situation personnelle se décante. Matias Suarez prendra le temps de savourer la préséance obtenue par rapport à deux autres compatriotes d’Anderlecht, que l’on attendait avant lui au palmarès du Soulier d’or : Nicolas Frutos, miné en son temps par les blessures, et Lucas Biglia, qui a lui aussi payé au grand comptant son opération à l’épaule.

Et qui sait, entre-temps, « Mati-le-Gaucho » fêtera-t-il sa première sélection en équipe nationale d’Argentine ? Le sélectionneur Alejandro Sabella aura-t-il l’attention attirée par les performances de l’Anderlechtois en Europa League. A l’heure de la mondiovision perpétuelle, Suarez peut raisonnablement penser qu’il ne passera plus très longtemps inaperçu dans son pays d’origine. Où depuis l’arrivée des premiers Conquistadors au 15e siècle, on connaît le prix de l’or…

LARSIMONT,FREDERIC
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