Juillet 1914 : Jean Jaurès à Bruxelles

BRUXELLES

Le député socialiste Jean Jaurès est abattu d’un coup de revolver, au café du Croissant à Paris, le vendredi 31 juillet 1914.

Grand orateur politique, pacifiste et défenseur d’une réconciliation franco-allemande, Jean Jaurès était à Bruxelles le mercredi 29 et le jeudi 30 pour participer aux réunions du Bureau socialiste international. La tension internationale est à son comble alors l’Autriche avait déclaré la guerre à la Serbie le 28 juillet.

Le Soir du 31 juillet 1914 rend compte  de l’ « Imposante manifestation socialiste contre la guerre à Bruxelles » avec son moment fort :  « Le meeting du Cirque royal » :
«Hier soir, au Cirque royal, a eu lieu le grand meeting de protestation contre la guerre, organisé par le Bureau socialiste international, à l’occasion de la conférence qui s’est tenue à la Maison du Peuple (…)
A 7 h 30, l’immense salle était archicomble. Il y a des auditeurs debout dans tous les couloirs et dans la piste. On évalue à 7.000 personnes cette foule où se mêlent aux ouvriers socialistes des bourgeois qui, sans adhérer aux idées d’extrême-gauche, tiennent à exprimer leur horreur de l’effroyable calamité qui menace l’Europe.
Et au dehors, il ne cesse d’arriver du monde. Plusieurs milliers de personnes ont dû rester dans la rue, n’ayant pu pénétrer dans le Cirque, plein à craquer.

La réunion devait commencer à 8 heures, mais le Bureau socialiste international ayant siégé jusqu’à 8 h 15 à la Maison du Peuple, ce n’est qu’à 8 h. 30 qu’arrivèrent les premiers orateurs.

M. Vandersmissen, secrétaire du parti ouvrier, avait demandé à la foule de patienter et pour tromper l’attente un ouvrier assis aux galeries supérieures avait entonné un chant pacifiste de circonstance, dont le refrain était repris en chœur par l’assistance.
Sur la scène sont groupés une quarantaine de drapeaux rouges. L’arrivée d’une délégation d’étudiants libéraux et de jeunes gardes progressistes portant des drapeaux bleus est saluée avec enthousiasme.
(…) Il est près de 8 h 45 quand le leader du parti ouvrier  belge ouvre le meeting.
Au nom du parti ouvrier, dit M. Vandervelde, je salue les membres du Bureau socialiste international, qui sont venus délibérer pour la paix et la fraternité des peuples. (Acclamations)
Deux congrès devaient avoir lieu à Vienne. Le Congrès socialiste n’aura pas lieu parce que Vienne est en état de siège.
Le congrès de la paix n’aura pas lieu non plus parce qu’il aura le sort de celui qui devrait être présidé par le marquis de San Giuliano et qui ne put se tenir en Italie parce que la guerre venait d’être déchaînée en Libye (Hou ! Hou !)
(…)
Discours de M. Jaurès : la volonté de paix de la République française
En rentrant à Paris, dit M. Jaurès , je dirai à mes compatriotes avec quelle émotion, moi qui suis dénoncé comme un sans-patrie, j’ai entendu acclamer ici la France de la grande Révolution.
Nous ne sommes pas ici cependant pour nous abandonner à ces émotions, mais pour mettre en commun nos forces de raison et de sentiment et tâcher d’écarter la guerre. On dirait que les diplomates ont juré d’affoler les peuples.
On négocie : il paraît qu’on se contentera de prendre à la Serbie un peu de son sang (rires) : nous avons donc un peu de répit pour assurer la paix. Mais à quelle épreuve on soumet l’Europe !
(…) Si l’on pouvait lire dans le cœur des gouvernants, on pourrait y voir si vraiment ils sont contents de ce qu’ils ont fait. Il voudraient être grands : ils mènent les peuples au bord de l’abîme : mais au dernier moment, ils hésitent ; le cheval d’Attila effarouche encore mais il trébuche. Cette hésitation des dirigeants, il faut que nous la mettions à profit pour organiser la paix. (…)
Le gouvernement français est le meilleur allié de paix de cet admirable gouvernement anglais qui a pris l’initiative de la conciliation. Et il donne à la Russie des conseils de prudence et de patience.
(…) Hommes humains de tous les pays, voilà l’œuvre de paix et de justice que nous devons accomplir !
Cette péroraison de M. Jaurès est saluée par une longue ovation. Tous les auditeurs sont debout. On agite les chapeaux. Et c’est dans un silence relatif que M. Vandervelde, avant de clôturer le meeting, engage tout le monde au calme durant la manifestation qui va se dérouler.

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