La parade mortelle d’un géant

Malgré sa haute technologie, le géant des mers n’a pas pu repérer le rocher qui l’éventra. L’eau s’est engouffrée en quelques minutes dans le navire, le faisant chavirer. ©AP

L’histoire maritime retiendra sans doute le naufrage de l’impérial Costa Concordia, vendredi soir au large de l’île de Giglio, au large de la Toscane, comme l’un des plus stupides jamais enregistrés.

Ce géant des mers, fleuron de la flotte du croisiériste Costa, baladait ses 3.200 touristes et 1.029 membres d’équipage autour de la Méditerranée.

Vers 21 h 30, des passagers aperçurent, très proches du navire, les lueurs des maisons de l’île de Giglio. Du haut de sa passerelle de commandement, le capitaine Francesco Schettino s’était décidé, une fois de plus, à passer tout près de l’île « pour saluer les habitants à coups de sirène » et exposer sa splendeur lumineuse dans la nuit : une parade coutumière des commandants de paquebots surnommée « l’inchino » (la « révérence »).

En août dernier, le maire de Giglio avait ainsi adressé un message au commandant du Concordia, le remerciant de « l’incroyable spectacle » créé par le passage de son navire si près des côtes de l’île. « Cette fois-ci, ça a mal tourné », a admis le maire.

Le Concordia s’est encastré sur des rochers, à 300 mètres de l’île.

Son flanc a été déchiré sur près de 80 mètres.

Les passagers, surpris dans les salles de loisirs, les restaurants ou dans leurs chambres, ont d’abord cru à un gros hoquet des moteurs avant que le monstre des mers commence à gîter sur son flanc. Ce fut la panique.

« Tout le monde poussait, tentait de passer au-dessus des autres pour trouver un gilet de sauvetage », a témoigné un passager. « On se volait les gilets de sauvetage entre nous », a admis une passagère. Des désespérés sautaient à l’eau : 100 d’entre eux seront retirés vivants des flots.

Les chaloupes rechignaient à rejoindre l’eau. Et l’équipage semblait incapable d’assumer son devoir d’assistance : des marins (parmi lesquels 300 Philippins) tentaient de se sauver en premier. Le pianiste du restaurant a plongé à l’eau pour rejoindre la côte. Nikky Eeckhout, un membre belge de l’équipage, dont c’était le premier voyage, a attesté, hier à son arrivée à l’aéroport de Charleroi, de cet état de panique généralisée.

Des haut-parleurs invitaient les passagers à « ne pas paniquer ». « On n’a jamais vu un officier », s’est plaint un rescapé français.

L’alerte aux gardes-côtes n’a été donnée que 50 minutes après la collision du navire avec le rocher « le Scole ». Le signal de l’abandon du navire a été donné 22 h 10.

Une heure plus tard, alors que des centaines de passagers se trouvaient encore à bord, le capitaine Francesco Schettino était retrouvé, exténué, sur le rivage. L’abandon de son navire lui a valu, tout comme à son second, d’être arrêté, également pour homicide involontaire.

Les secours ont dénombré cinq victimes : deux Français, un Péruvien membre de l’équipage, et deux septuagénaires italiens retrouvés à l’intérieur de l’épave, noyés et encore revêtus de leurs gilets de sauvetage.

Hier soir, le bilan des disparus s’établissait à quinze personnes dont les autorités demeuraient sans nouvelles. Soixante blessés ont dû recevoir des soins ou être hospitalisés.

Le gigantesque navire demeure en équilibre précaire au bord d’une faille. Les plongeurs, qui recherchent toujours d’autres victimes, redoutent que le Costa Concordia finisse par glisser et être totalement englouti. Sur la plage du Giglio, les premiers souvenirs commencent à arriver : une pantoufle, un frigo…

METDEPENNINGEN,MARC
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