Un film muet qui fait du bruit

Cinéma Les Golden Globes couronnent « The Artist »

L’équipe en joie de « The Artist » : le producteur Thomas Langmann, les acteurs Missi Pyle, Uggie the Dog, Jean Dujardin, et le réalisateur Michel Hazanavicius. © AFP.

Dimanche soir, pour la soixante-neuvième cérémonie des Golden Globes, on aurait presque pu croire à la résurrection de Jacques Martin et de son émission du dimanche : L’École des fans, qui mettait aux prises différents apprentis chanteurs, notés dès la fin de leur prestation. Le célèbre animateur concluait chacune des sessions, où s’affrontait une demi-douzaine de galopins, par le légendaire : « tout le monde a gagné ».

Eh bien, c’est à peu près ce qui s’est passé dimanche : tout le monde, ou presque, a gagné. Ce qui confirme que, cette année, aucun film ne se dégage, et que la course reste du coup très ouverte pour les Oscar, qui se dérouleront le 26 février au Kodak Theatre de Hollywood.

Sept films se partagent les prix les plus prestigieux : Hugo repart avec le Golden Globe du meilleur réalisateur (Martin Scorsese), Minuit à Paris avec celui du meilleur scénario (Woody Allen). Meryl Streep (La Dame de fer) et Michelle Williams (My week with Marilyn) décrochent respectivement les prix d’interprétation féminine dans un drame et dans une comédie. Steven Spielberg offre aux amoureux de Tintin le prix du meilleur film d’animation.

Quant à la catégorie suprême (meilleur film de 2011), elle récompense The Descendants (et son interprète George Clooney), côté film dramatique, ainsi que The Artist (et Jean Dujardin) dans le versant étiqueté comique.

Le Français Michel Hazanavicius, qui a rendu hommage dimanche soir au travail de lobbying et de promotion réalisé par Harvey Weinstein, distributeur américain du film et ancien patron de Miramax, n’a pas manqué d’intelligemment souligner que son film, pur exercice de style (il est muet et en noir et blanc), était une déclaration d’amour à Hollywood. « Ce soir, c’est un peu comme quand vous écrivez une lettre d’amour et qu’on vous répond. C’est extrêmement touchant. »

Jean Dujardin, filmé par le téléphone portable de son épouse Alexandra Lamy au moment de la réception de son prix, a quant à lui expliqué qu’on lui avait prédit qu’il ne pourrait jamais faire de cinéma car il avait « le visage trop expressif, trop gros ». « Je n’y peux rien, mes sourcils sont indépendants », a-t-il ajouté en riant, avant d’ajouter, plus sérieux : « J’ai toujours suivi mon instinct et me suis battu pour mes rêves. Alors je veux vous remercier de m’avoir prouvé le contraire ce soir. »

C’est la première fois dans l’histoire des Golden Globes qu’un film français reçoit le prix de la meilleure comédie, confirmant son statut actuel de – léger – favori dans la course aux Oscar. La route vers l’Oscar du meilleur film n’est, ceci dit, pas aussi royale qu’on le prétend, pour le film de Michel Hazanavicius. À titre de point de comparaison, sur les dix dernières cérémonies des Oscar, seuls trois films vainqueurs aux Golden Globes ont décroché la timbale aux Oscar : Un homme d’exception (2002), Le Seigneur des Anneaux – Le Retour du roi (2004) et Slumdog millionaire (2009). À l’inverse, des films tels que The Aviator, Brokeback Mountain, Atonement, Avatar ou The Social Network, qui s’étaient imposés aux Golden Globes, se sont tous fait coiffer sur le fil, respectivement par Million dollar baby, Collision, No country for old men, Démineurs et Le discours d’un roi.

Enfin, notons que le splendide film de l’Iranien Asghar Farhadi, Une séparation, élu film de l’année par les lecteurs du Soir, a privé les frères Dardenne du prix du meilleur film étranger. Ne soyons pas chauvins : c’est un prix mille fois mérité.

CROUSSE,NICOLAS
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